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Histoire

Il y a 73 ans, l’insurrection de Varsovie

Le 1er août 1944, Varsovie se soulevait contre l'occupant nazi. L'insurrection qui durera 63 jours se fera écraser dans le sang, sous les yeux de l'Armée Rouge à qui Staline avait ordonné de ne pas intervenir.

L’invasion de la Pologne par le IIIème Reich, le 1er septembre 1939, précipite l’Europe dans la Seconde Guerre Mondiale, qui sera la guerre la plus meurtrière des impérialistes. Hitler et Staline, à travers le pacte germano-soviétique, se mettent d’accord pour se partager la Pologne. Le 17 septembre, l’URSS envahit à son tour le pays. Les Polonais subiront la barbarie nazie et l’occupation stalinienne jusqu’au 22 juin 1941, lorsque Hitler déclenche l’opération Barbarossa afin d’envahir l’URSS. L’Allemagne contrôlera la Pologne jusqu’en 1945.

A l’été 1942, néanmoins, la progression de la Wehrmacht est bloquée devant Stalingrad. Le 22 juin, l’Armée Rouge entame l’opération Bagration qui repoussera, à terme, les troupes allemandes jusqu’en Pologne. En 1944, cependant, les troupes soviétiques s’arrêteront devant Varsovie, sur ordre de Staline.

Face à l’avancée soviétique, la résistance polonaise décide de déclencher, le 1er août 1944, un soulèvement contre l’occupant nazi afin de se libérer elle-même, et ainsi empêcher Staline d’imposer son pouvoir après avoir repris la ville.

En effet, Staline qui avait pensé le projet dès février 43, a chargé ses partisans d’administrer les territoires polonais abandonnés par les troupes hitlériennes à partir du 1er août 1944 depuis la ville de Lublin, créant ainsi un deuxième gouvernement, concurrent de celui en exil à Londres depuis 1939. De plus, les Polonais n’ont pas oublié le massacre de Katyn, l’un des plus importants meurtres de masse perpétrés par le NKVD soviétique, sur ordre de Staline et de Béria, au printemps 1940, contre des milliers de Polonais (22.000 sans doute), notamment des officiers d’active et de réserve.


Fosse de Katyń

L’insurrection, de l’espoir au désespoir

Malgré tout, les combattants polonais comptaient sur le soutien de l’armée rouge et pensaient bénéficier de ravitaillement aérien de la part des alliés. Mais l’armée rouge ne dépassera pas la Vistule, laissant les Polonais se faire massacrer pour ne pas avoir de résistance face à leur gouvernement fantoche une fois rentrés dans la ville. Radio-Moscou ne manquera pas d’appeler le « peuple frère » à prendre les armes en lui promettant le soutien de l’Armée rouge, qui n’arrivera jamais. L’insurrection contre l’occupant nazi commence néanmoins dans la capitale polonaise.

Bataille de rue pendant l’insurrection de Varsovie en 1944, photo de Tomaszewski

A 17 h, le 1er août 1944, une bombe explose dans le quartier général de la Gestapo, signal du déclenchement du soulèvement dont les nazis ont eu vent. La résistance, en grande partie des membres de l’Armia Krajowa (pro-gouvernement polonais en exil) et dans une moindre mesure l’Armia Ludowa (communiste), tente de prendre les points stratégiques de la ville. Dans la vieille ville et dans une partie du quartier Wola, l’ensemble des objectifs est quasiment atteint, à la différence du reste de la capitale. Dans le quartier de Mokotow, c’est un échec total. Sur la rive droite de la Vistule, la concentration en troupes allemandes se révèle si forte que les résistants se voient rapidement contraints de regagner leurs caches. Rapidement, les insurgés sont obligés d’adopter une position défensive. L’ensemble des habitants se joignent à l’initiative et érigent des barricades dans toute la ville. Dès le 4 août, des renforts allemands, notamment une colonne de blindés, arrivent et contre-attaquent. Le lendemain, les troupes allemandes reprennent l’ancien ghetto et le quartier de Wola, qui sera la cible d’une répression systématique et terrible.

SS dans les rues de Varsovie

Entre le 5 et le 8 août, la Pologne va faire face au plus grand massacre de son histoire. Les nazis vont tuer entre 50 000 et 100 000 personnes. Le but ? Étouffer dès le départ toute tentative d’insurrection en terrorisant les habitants de Varsovie, et briser la volonté de se battre des Polonais pour ne pas s’engager dans un combat de rue qui assurerait de nombreuses pertes chez l’occupant. Mais les nazis se rendent bientôt compte qu’ils n’ont fait qu’augmenter la détermination des Polonais. Dans le quartier de Wola, les troupes nazies assassinent sans faire de distinction, aussi bien les vieillards, les femmes et les enfants que les insurgés faits prisonniers, les malades, les blessés et les personnels soignant des hôpitaux du quartier, dont quelques-uns sont brûlés vifs, d’autres égorgés ou abattus à la mitrailleuse. Certains civils sont rassemblés dans les caves des immeubles et les Allemands y mettent le feu. Les troupes n’ont pas obéi aux ordres qui demandaient de stopper le massacre systématique, ils ont continué à violer, massacrer, torturer et brûler tout sur leur passage. Les tristement célèbres divisions Kaminski et Dirlewanger ont participé activement à ce massacre. Jusqu’à mi-septembre, chaque combattant capturé était exécuté sur place.


Résistant polonais rendant les armes à l’armée allemande


Massacre de Wola

Le 7 août, d’autres renforts allemands arrivent et la population civile est alors utilisée comme bouclier humain dans les offensives allemandes. Les Allemands cherchent des succès spectaculaires et rapide pour décourager les combattants polonais. Mais ils échouent à reprendre rapidement certains quartiers des mains des résistants.

Entre le 9 et 18 août, les combats font rage notamment autour de la vieille ville et près de la place Bankowy. La vieille ville tient jusqu’à la fin du mois d’août. Le 2 septembre, les combattants de la vieille ville passent par les égouts pour se retirer dans les autres parties de la ville et continuer le combat. Environ 5.300 hommes et femmes ont fui par les égouts, qui étaient un important moyen de communication de l’insurrection. Quelques bastions (notamment la Grand-Poste, place Napoléon, au centre-ville) sont défendus héroïquement par les insurgés jusqu’à la capitulation. L’aviation allemande bombarde et l’artillerie pilonne la ville en quasi-permanence. L’armée allemande utilise le mortier géant Thor qui tire des obus de plus de deux tonnes. Les insurgés, eux, sont faiblement armés, moins d’une arme pour deux combattants, et ne disposent pas d’armes lourdes si ce n’est quelques panzerfausts récupérés aux soldats allemands lors des combats. Pendant tous les combats, la résistance polonaise a communiqué avec le monde extérieur par la radio, mais malgré les appels à l’aide, les troupes soviétiques, déployées autour de la ville, n’ont jamais répondu.


Le plus haut bâtiment de Varsovie d’alors touché par un obus de Thor

Des Polonais livrés à eux-mêmes

L’Armée Rouge arrive le 10 septembre aux bords de la Vistule. Elle ne bougera plus jusqu’au mois de janvier. Des émissaires de la résistance polonaise réussissent à rejoindre les troupes soviétiques et proposent la formation d’un régiment mixte afin de se coordonner pour envahir la ville, mais les agents du NKVD les arrêtent immédiatement. Seule la 1ère armée polonaise intégrée aux troupes soviétiques tentera de traverser la Vistule et d’aider le peuple de Varsovie. Ils arrivent, malgré le manque de coordination et l’absence de soutien du reste de l’armée rouge, à conquérir l’Est de la ville le 14 septembre. Le 24, ils sont obligés de repasser la Vistule devant la contre-offensive allemande.

Les Alliés ont brillé par leur non intervention et leur non prise de position face à Staline. Ce dernier leur a refusé l’accès à leurs bases aériennes afin de ravitailler les insurgés. Ils étaient alors obligés de partir d’Italie mais le coût était trop élevé. Seuls les pilotes polonais de l’aviation britannique et deux escadrons sud-africains continueront à ravitailler comme ils pouvaient Varsovie. Le 1er septembre 1944, le chef suprême des armées polonaises à Londres, le général Kazimierz Sosnkowski, à l’occasion du cinquième anniversaire du début de la Seconde Guerre Mondiale, lance une déclaration lourde d’accusations pour les Alliés : « cinq ans sont passés depuis le jour où la Pologne, avec l’encouragement et les garanties du gouvernement britannique, se lança dans le combat contre la puissance allemande (…) Aujourd’hui, depuis un mois les combattants de l’Armia Krajowa ensemble avec le peuple de Varsovie, saignent en solitaires sur les barricades dans la lutte inégale avec un adversaire surpuissant. (…) Le peuple de Varsovie a été laissé à lui-même sur le front de la guerre commune contre les Allemands – voici la tragique et monstrueuse énigme, laquelle nous Polonais, n’arrivons pas à déchiffrer dans le contexte de la supériorité technique des Alliés cette cinquième année de la guerre. (…) Les experts nous expliquent que l’aide à Varsovie est techniquement difficile, on nous fait la leçon d’optimisation des coûts et des profits. Si compter il faut, alors souvenons-nous que les pilotes de chasse polonais durant la bataille d’Angleterre ont perdu plus de 40 % d’hommes — 15 % des avions ont été perdus durant les essais visant à porter de l’aide à Varsovie. (…) Si les habitants de la capitale polonaise devaient périr sous les ruines, si la passivité, l’indifférence ou le calcul froid les aient laissés se faire massacrer — alors sur la conscience du monde pèserait un poids de souffrance horrible inédit dans l’histoire. »

Un bilan catastrophique

Ce poids ne semble pas insurmontable pour les puissances impérialistes puisqu’ils vivent très bien avec celui de tous les autres massacres dont ils sont responsables à travers l’histoire.

Les insurgés tiennent pendant soixante-trois jours. Certains bastions tiennent toujours le 2 octobre lors de la capitulation. Les membres de l’AK sont emmenés en captivité en Allemagne sur ordre d’Hitler qui leur donne le statut de prisonniers de guerre. Les civils sont décimés par les exécutions de masse et par les maladies. Le bilan de la bataille de Varsovie est compris entre 220.000 et 250.000 morts en deux mois. Sur une population d’1,3 million de personnes en 1939, Varsovie ne compte plus que 350.000 habitants en 1945. 18.000 soldats de la résistance sont morts pendant l’insurrection, 25.000 ont été blessés, et entre 160.000 et 180 000.civils ont perdu la vie. Les pertes allemandes sont lourdes : 17.000 morts et 9.000 blessés. Les survivants de Varsovie sont évacués et parqués dans des camps de transit aux portes de la ville, puis une grande partie est déportée, soit vers des camps de concentration, soit vers des camps de travail. 25% de la ville ont été détruits pendant les combats. Sur ordre personnel d’Hitler, 35 % supplémentaires ont été dynamités. Si à ce lourd bilan on ajoute le bombardement de la ville en septembre 1939 et les destructions liées à l’anéantissement du ghetto de Varsovie en 1943, à la fin de la guerre, la ville a été rasée à hauteur de 85 %.


Varsovie en 1948

Le 17 janvier 1945, cinq mois après le début de l’insurrection, Staline ordonne à l’Armée Rouge de rentrer dans la capitale polonaise. Il ne s’y trouve plus personne susceptible de contester l’autorité stalinienne. Les communistes polonais n’ont aucune peine à s’installer au pouvoir. On estime que les Allemands ont tué au moins 1,9 millions de Polonais non juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et exterminé au moins 3 millions de citoyens juifs de Pologne, soit 11% de la population.




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