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Débats

Les luttes de classes en Allemagne

Soirée internationaliste. Intervention de Karsten, salarié d’Amazon

Karsten travaille à Brieselang, une ville de la périphérie de Berlin, sur le site du géant d’internet Amazon. Qui dit économie numérique, ne dit pas disparition du salariat et de la combativité ouvrière, loin de là. Comme il le raconte dans son intervention lors de la soirée internationaliste du 5 décembre contre la guerre et l’Etat d’urgence, la multinationale n’a pas été épargnée par les grèves au cours de ces deux dernières années.

« Cela fait plus de deux ans qu’il y a des grèves chez Amazon, mais malheureusement, nous n’avons pas encore obtenu de convention collective. Brieselang est le dernier site à avoir ouvert en Allemagne et nous ne sommes pas encore en capacité de faire grève, parce que beaucoup ont des contrats à durée déterminée et ont peur de ne pas être renouvelés ou de se voir refuser l’accès au CDI. Mais nous avons pu nouer des contacts avec les collègues d’autres régions et nous apprenons beaucoup de leurs expériences. Nous nous sommes rendus dans différents sites du groupe et avons beaucoup appris des luttes des collègues avec l’espoir de ne pas répéter les maladies infantiles des grévistes débutants.

On a changé notre façon de faire grève. Avant on faisait grève sur une journée ou une semaine, maintenant on fait grève de façon à bloquer l’activité de l’entreprise. Amazon a essayé de s’adapter pour contrer les mobilisations. Lorsque qu’approchent les périodes de Noël et de Pâques la boite s’attend à ce qu’on fasse grève et elle s’y prépare en délocalisant temporairement une partie de son activité. En bloquant les entrées et sorties des centres logistiques, on peut faire en sorte que les marchandises ne soient pas transférées en Pologne ou en France. On a fait des piquets pour que les poids lourds ne puissent pas quitter les sites et nous avons installé un campement à l’entrée pour montrer aux chefs que nous sommes là, que nous comptons rester et que c’est sérieux.

On s’est aussi liés aux collègues de Pologne. L’année dernière un nouveau site y a été ouvert et on a essayé de leur donner des conseils et de leur expliquer comment fonctionne la boite. On a pu constater que ce sont les mêmes méthodes qui sont employées contre les salariés dans les deux pays. Et on s’est rendu compte que les sites de Pologne ont été créés pour briser les grèves en Allemagne. Quand on fait grève, les salariés de Pologne ont deux fois plus de travail. Pour les vingt ans d’Amazon, une journée de promotions était organisée et comme il y avait une grève sur l’un des sites allemands, les collègues de Pologne ont dû travailler 11h par jour au lieu de 10. Et comme on s’était entendu avec eux en avance, pour ne pas porter préjudice aux grévistes en Allemagne, ils ont tout fait pour travailler très lentement lors de cette heure supplémentaire imposée.

Les travailleurs d’Amazon se sont aussi solidarisés avec les autres mouvements de grève en Allemagne : la grève des crèches, de la Poste et des chemins de fer. La lutte continue, à Amazon comme dans d’autres secteurs, et s’il y a bien une leçon à retenir, c’est que pour combattre une multinationale comme celle-ci, la solidarité internationale est indispensable ! 
Vive la solidarité internationale ! »




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