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Culture et Sport

Œuvre militante

Le jeune Karl Marx : de la rencontre avec Engels au Manifeste

Raoul Peck s'était déjà illustré avec des documentaires chocs et militants, à l'image de I am not your negro, sorti en début d'année, mais c'est avec un long métrage sur la jeunesse du philosophe qui a voulu changer le monde plutôt que l'interpréter qu'il nous revient en force dans cette époque où le capitalisme n'en finit pas d'être en crise.

Le film de Raoul Peck retrace la vie mouvementée de Karl Marx de 1842 à 1848, soit de ses débuts à la Gazette rhénane jusqu’à la publication avec Engels du Manifeste du parti communiste, un mois avant le printemps des peuples qui a embrasé l’Europe. Dans cette période d’effervescence révolutionnaire, la pensée et l’action de Marx se construisent par opposition avec les penseurs allemands issus des Jeunes hégéliens, avec les anarchistes comme Proudhon ou Bakounine en France et avec la Ligue des Justes en Angleterre. La force du film est de parvenir à rendre concrète ces oppositions théoriques et politiques parfois complexes en les incarnant dans des personnages bien trempés.

Mais Marx ne serait pas celui qu’il allait devenir sans l’amitié profonde et sincère qui l’unit à Engels avec qui il partage un sens de l’humour incisif et un penchant pour les bons cigares. Ce dernier, fils de bourgeois qui a renié sa classe, lui ouvre les portes de la classe ouvrière anglaise, pointe avancée du prolétariat alors naissant, et lui fait découvrir les économistes anglais, premiers théoriciens du capitalisme. Les plans dans les usines de Manchester montrent la dureté des conditions de travail auxquelles sont soumis les ouvriers irlandais et la violence du patronat industriel du XIXème siècle.

Au gré des discussions et polémiques qui rythment le vie de Marx et au fil de ses expulsions successives d’Allemagne et de France, on assiste à la naissance d’une pensée qui se veut en prise directe avec son époque et avec la politique d’émancipation à mener. Entre la scène d’ouverture où l’on entend Marx lire des extraits de son texte sur le vol de bois alors que les paysans pauvres se font réprimer par la cavalerie prussienne et la scène où Engels parvient à imposer le mot d’ordre « Prolétaire de tous les pays, unissez-vous ! » au congrès de la Ligue des Justes, le film parvient à nouer l’individuel, le collectif, la pensée et l’action dans un seul et même mouvement.

Le film de Raoul Peck parvient à rendre compte de la maturation d’une doctrine qui allait porter des générations de travailleurs sans didactisme, en montrant que la vie de Marx n’était en aucun cas coupée de ses préoccupations théoriques. Le film montre l’espoir dont est porteur le camp des opprimés et des exploités et comment celui-ci continue de vivre dans nos luttes actuelles.




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