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Politique

Le troisième tour de la présidentielle

Les législatives : enjeux majeurs et résultats incertains

De la présidentielle suivie dans la foulée d’élections législatives, c’est normalement, pour un président fraîchement élu, la garantie de trouver une majorité de gouvernement au Parlement. En 2017, le théorème sera-t-il à nouveau démontré ? Macron veut y croire mais en bien des endroits, les résultats des législatives restent de véritables inconnues.

Macron n’a pas encore tout gagné

Au soir de son élection, Macron a salué son propre succès en faisant le V de la victoire. Certains commentateurs ont alors fait remarquer qu’il oubliait une partie importante qui restait à jouer, celle des législatives. À l’occasion de cette présidentielle au caractère inédit, le paysage politique et les systèmes d’alliances ont été profondément bouleversés et l’effondrement des piliers de l’alternance, PS et LR, a représenté un fait politique majeur.

Tout en pariant officiellement sur le fait que les Français ne feront pas mentir le théorème qui veut que les choix des électeurs soient « cohérents » entre la présidentielle et les législatives, Macron sait qu’il est difficile de faire des pronostics sur la composition de l’Assemblée après le 18 juin. En marche !, vieux d’à peine un an, ne compte aucun élu, Marine Le Pen n’est forte que de deux députés FN, les quatre premiers candidats ont obtenu entre 19,5% et 24% des voix. Dans un contexte où les ennemis deviennent amis, où de jeunes loups apparaissent, où de vieux routards dérapent et où « chacun cherche son chat », rien n’est complètement assuré.

Or, l’élection du nouveau président n’aura une réelle traduction politique que s’il obtient au moins une majorité relative, sinon la majorité absolue à l’Assemblée. Conscient de cet enjeu, Macron cherche à mettre tous les atouts de son côté. Les deux bras largement ouverts beaucoup à droite et un peu à « gauche », il va même jusqu’à tolérer la double appartenance sous condition d’inscription en préfecture avec l’étiquette La République en marche ! (LREM).

En cas de majorité absolue, il aura les mains libres pour déployer le rouleau compresseur de sa politique entièrement dévouée au MEDEF et ennemie des travailleurs. Il pourra sans difficulté appliquer son programme à commencer par le vote d’une loi d’habilitation lui permettant de pratiquer la réforme du Code du travail par ordonnances. En cas de majorité relative, il sera contraint de passer des accords avec ceux qui seront prêts à le suivre. En cas de défaite, la situation deviendrait ingouvernable.

Des partis … des hommes et des femmes

Chacun mesure en effet les enjeux de ces législatives et effectue tous les calculs et éventuellement toutes les compromissions nécessaires soit pour se maintenir, soit pour se refaire une santé.

Macron, part en campagne avec des visages nouveaux, peu de « vieux » politiciens et une promesse de 50% de candidats issus de « la société civile » et n’ayant « aucun mandat d’aucune sorte ». Ce profil, avantageux en termes d’image de changement, présente des risques en termes de notoriété locale ; faiblesse est en partie compensée par la loi contre le cumul des mandats qui s’applique pour la première fois aux députés, alors que 40% des sortants sont en situation de cumul.

Malgré la claque essuyée par Fillon, la droite, avec son chef de file Baroin, espère bien obtenir aux législatives une majorité qui lui permette d’imposer une cohabitation. Les sondages, qui donnent actuellement une faible différence entre LREM (24 à 26% des intentions de vote) et LR (22%), pourraient autoriser cet espoir. Faute d’une victoire, Les Républicains seront contraints de sauver les meubles en préservant le maximum d’élus, quitte à faire taire momentanément les divergences entre les Juppéistes prêts à « travailler » avec Macron et les partisans d’un redressement à droite.

Les législatives, avec le scrutin uninominal à deux tours, sont historiquement délicates pour le FN. Annonçant au départ un objectif de 50 députés, le Front national a revu à la baisse ses ambitions et s’estimera probablement heureux s’il atteint le seuil des 15 députés élus exigé pour constituer un groupe parlementaire. Les amours interrompues avec Dupont-Aignan ne vont d’ailleurs pas leur faciliter la tâche.

Mélenchon, quant à lui, fort de ses 19,6% de voix au premier tour de la présidentielle, prévoit de présenter 577 candidats insoumis dans toute la France. Les négociations pour des désistements réciproques entre le PCF et la FI ayant échoué, ils présenteront, dans de nombreuses circonscriptions, des candidats concurrents. Si, comme certains le supposent, Mélenchon rêve d’être Premier ministre, il faudra qu’il bénéficie au second tour d’un désistement massif pour avoir quelques chances d’y parvenir.

Hamon, pour sa part, continue à affirmer « sans ambiguïté » qu’il continuera à s’opposer au projet Macron. Son vœu de constituer, pour les législatives, un « maximum de candidatures d’union à gauche » rassemblant socialistes, écologistes, communistes et insoumis est tombé dans un silence sidéral, sauf le faible écho venant des écologistes.

Quant aux deux partis d’extrême gauche présents à la présidentielle, le NPA et LO, ils ne sont pas parvenus à un accord pour des candidatures communes. Menant campagne aux législatives, dans le même esprit qui a poussé Philippe Poutou et Nathalie Arthaud à être présents à la présidentielle pour faire entendre la voix des travailleurs, ils utiliseront la campagne pour développer leurs programmes. LO présentera des candidats dans toutes les circonscriptions. Le NPA, de son côté, a fait le choix, pour des raisons notamment financières, de ne présenter des candidats que dans quelques circonscriptions où ce peut être une opportunité de gagner de nouveaux militants. Ailleurs, les choix dépendent beaucoup des situations locales.

Au petit jeu des triangulaires…toujours l’incertitude

Si la règle du scrutin uninominal à deux tours s’appliquait dans les mêmes conditions aux présidentielles qu’aux législatives, les résultats du premier tour auraient probablement donné lieu à une quadrangulaire ! Il est très difficile actuellement de prévoir combien de duels, de triangulaires, voire de quadrangulaires peuvent avoir lieu au second tour des législatives le 18 juin prochain. Les scores obtenus par le FN, s’ils se confirment, peuvent imposer dans de nombreuses circonscriptions des triangulaires.

Par ailleurs, le taux de participation, traditionnellement plus faible aux législatives qu’aux présidentielles, joue sur le score qui doit être atteint pour participer au second tour.

Avec une participation relativement forte (70% des suffrages exprimés) il faut atteindre un seuil de 17,86% pour être présent au second tour. Avec une participation faible (50%), le seuil passe à 25%. Le contexte particulier de ces élections peut jouer dans les deux sens. Soit une forte participation dans la foulée de l’intérêt porté à la présidentielle, soit une abstention importante liée à la dispersion des candidatures ou à un coup d’arrêt porté à la politique de Macron telle qu’elle se profile dès les premiers jours de son quinquennat.

Un épisode politique de la première importance en tout cas.




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