Politique

Toujours une justice de classe

Lycée Bergson. Procès des violences policières : le procès renvoyé aux calendes grecques…

Publié le 14 octobre 2016

Les images de la violence policière contre des lycéens du lycée Bergson expérimentant leurs premiers blocages et manifestations avaient choqué tout le monde. Une génération entière apprenait dans la douleur ce que la violence d’État signifie et avec quelle impunité elle est assénée à grands coups de matraque sur la tête. Cependant, il semble que la roue tourne depuis quelques temps pour les auteurs des violences commises contre les lycéens et lycéennes du lycée du XIXème arrondissement de Paris. En effet, plusieurs instructions ont été ouvertes et plusieurs élèves souhaitent se porter partie civile. Ils ont décidé de parler et de ne plus laisser faire.

Boris Lefebvre

La répression policière dont les lycéens du lycée Bergson ont été victimes le 24 mars 2016 est loin de se limiter à l’impressionnante vidéo du lycéen frappé au visage après qu’un agent des forces de répression lui ait sommé de se lever. De nombreux jeunes ont subi les violences gratuites, et simplement destinées à briser leur détermination, de la part de la police. À l’occasion du procès d’un des policiers auteur de violences ce jour, le tribunal correctionnel de Paris a ordonné ce vendredi un supplément d’information pour prendre connaissance des autres cas de violences et donner aux victimes l’occasion de porter plainte. Ce supplément renvoie le procès au 16 juin 2017 pour laisser aux témoins le temps se constituer partie civile, mais aussi de le renvoyer aux calendes grecques et après les présidentielles.

Au matin du 24 mars, les événements se sont rapidement enchaînés et moins de deux heures après la première intervention des forces de répression on ne comptait plus les cas de violence policière tellement ces derniers était nombreux. Après quelques jets d’œuf sur la police, un premier élève est interpellé et des forces de police supplémentaires sont envoyées sur les lieux. Leur objectif : d’autres interpellations. Les policiers avancent donc en rang, derrière leurs boucliers. Ils donnent la charge et parviennent à arrêter quelques lycéens. L’un d’entre eux, immobilisé au sol et n’opposant plus aucune résistance, entouré par trois agents, va être frappé au visage par un agent qui reconnaît lui-même « avoir usé à tort d’une force disproportionnée ». Frappé d’un coup de poing en plein visage, le nez en sang, projeté sur le dos, le jeune est embarqué au poste et relâché quelques heures après. Il s’en sortira néanmoins avec une incapacité totale de travail (ITT) de six jours. Mais, son cas ne tombera pas dans les oubliettes de la répression policière. Filmé lors de son arrestation, les images de la violence policière vont être largement diffusées et imprimer au mouvement une tonalité anti-répression inattendue. Le procès du policier responsable de ces violences se tiendra le 10 novembre.

Si l’aspect spectaculaire de la vidéo du lycéen de Bergson a marqué les esprits par sa brutalité, il ne faudrait pas en oublier les nombreuses autres scènes de répression qui se sont déroulées ce même jour. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) investigue sur un autre agent de police en civil aux actes de violence répétés : balayettes, coups de matraque dans le dos, strangulations... alors que les élèves étaient parfaitement calmes En proie à la confusion, l’agent se défend en arguant de l’arrogance des jeunes avant d’admettre que ses gestes étaient « illégitimes ». Son procès a débuté le vendredi 14 octobre mais est reporté au 16 juin 2017. Arié Alimi, avocat des lycéens, souhaiterait que les deux affaires soient jugées le 10 novembre. Elles témoignent, en effet, d’une même violence exercée au même endroit et sous les ordres d’un même commandement. Les lycéens de Bergson ont subi en une journée la violence de l’État dans la rue mais aussi dans les commissariats pendant les gardes à vue, comme une enquête préliminaire ouverte récemment le souligne.

Loin d’être de simples « bavures », comme l’on veut nous le faire croire, ou de simples gestes involontaires, non-prémédités, commis sous le coup de la pression, ces actes de violence sont l’effet de forces de polices chauffées à blanc, dont l’impunité et les pouvoirs ont été largement étendus sous l’état d’urgence, et d’une institution policière structurellement dressée à la violence.