Notre classe

Des salariés de Goodyear condamnés à de la prison ferme

Manu Georget (ex-Philips) : « Le procès fait aux camarades de Goodyear est un procès à toute une génération de militants ouvriers »

Publié le 13 janvier 2016

Manu Georget

Manu Georget fut l’un des référents de la vague de luttes ouvrières contre les fermetures d’usine et les licenciements qui traversèrent le pays entre 2009 et 2010. Après avoir animé la mobilisation ouvrière de Philips à Dreux et tenté de faire converger les luttes de l’époque, il est aujourd’hui correspondant de Révolution Permanente. Il revient ici sur la condamnation des ouvriers de Goodyear.

Comment ne pas être scandalisé suite à la sanction pénale envers mes camarades de Goodyear ? 24 mois de prison, dont 9 fermes, pour des syndicalistes combatifs, c’est du jamais vu en France ! Il est évident que le gouvernement cherche à en faire un exemple, à envoyer un message fort à l’encontre de quiconque voudrait se révolter, contester la loi Macron, dénoncer la réforme du code de travail ; c’est un message à ceux, qui comme les salariés d’Air France, protestent contre leur licenciement…

Moi, je fais partie de cette génération de militants ouvriers qui, lorsque la crise du capitalisme a commencé à se traduire en France par des centaines de fermetures d’usines, a essayé de se battre avec les moyens qu’elle avait. A côté de la lutte des ouvriers et ouvrières de Philips, il y avait à cette époque de nombreux autres combats : Molex, Continental, Caterpillar, Total, Sanofi, New Fabris… et Goodyear.

Nous avons essayé de monter une sorte de coalition de boites en lutte derrière une revendication commune : non aux licenciements ! Je partageais déjà , notamment avec mes camarades de Goodyear, la conviction que nous devions nous battre pour le maintien de nos emplois et non pour de simples indemnités de départ. Perdre son emploi, c’est aussi perdre sa dignité, c’est risquer de voir sa famille dans le besoin, au point où certains de notre génération se suicidèrent après la fermeture de leur usine.
A Philips, nous n’avons pas séquestré notre patron ou des cadres mais cela a été fait dans de très nombreuses usines. C’était une méthode de lutte, certes radicale, mais qui correspondait à l’état d’esprit de nombreux travailleurs et travailleuses exaspérés par des licenciements totalement injustes et par la perspective du chômage. C’était aussi une façon d’attirer le regard des grands médias qui, en temps normal, parlent très peu des combats de notre classe. A Philips, nous avons fait tourner l’usine par nous-mêmes pendant une dizaine de jours et nous avons produit des « télés sous contrôle ouvrier ». Le procès actuellement fait aux camarades de Goodyear est, en ce sens, un procès à toute une génération de militants ouvriers dont je fais partie.

Les actions menées par les ouvriers de Philips sortaient de la légalité. Bien qu’il s’agissse d’une justice de classe jouant en notre défaveur, elles n’ont pas été sanctionnées par des peines aussi dures que celles que subissent aujourd’hui mes camarades de Goodyear. Nous n’avons pas été en mesure d’empêcher la fermeture de nos usines, ni nos licenciements ; cependant nous avons construit un rapport de force qui sut imposer au gouvernement et aux patrons une limite à leurs mesures répressives.
Si, aujourd’hui, les mêmes se permettent de frapper aussi fort, c’est qu’ils croient s’affronter à un ennemi plus faible et moins organisé. A nous de leur montrer qu’ils ont tort en mettant en place une grande campagne unitaire de soutien aux camarades de Goodyear.
Crions haut et fort que nous sommes tous des Goodyear et qu’on ne se laissera pas faire !

Intervention de Manu Georget au Meeting contre les licenciements et pour la convergence des luttes à Sciences Po Paris le 24 janvier 2013 :