Genres et Sexualités

Derrière la fête et le « pinkwashing », l’émergence d’un pôle radical

Marche des Fiertés 2016. Le bruit de leurs bottes, le son de nos colères

Publié le 4 juillet 2016

La Marche des Fiertés, quoique puisse chercher à en faire l’État et les entreprises adeptes du « pinkwashing », n’est pas seulement une simple fête. C’est un événement politique. Et cette année, plus encore sans doute que les années précédentes, son caractère politique a retenti dans la capitale malgré les limites imposées par l’état d’urgence et l’Euro de football. Au son de milliers de voix, avoir le droit d’être et d’aimer.

Mathilde Brunel

Orlando présent ! Vos guerres, nos morts

A en croire les médias, la Marche des Fiertés lesbiennes, gaies, bies et trans (LGBT) se résumerait à deux faits d’actualité : un défilé hautement surveillé et une polémique interne aux réactionnaires du Front National – où l’on se divise sur le droit de célébrer « le communautarisme gay »... Comme si, encore une fois, d’autres devaient expliquer aux personnes LGBTI le cadre dans lequel doivent se placer leurs revendications. Un cadre en effet très « surveillé », pour ne pas dire militaire. Tout au long du parcours, un nombre impressionnant de CRS couvraient la manifestation, fusils à la main, fouillant les manifestants à l’entrée, et parfois allant jusqu’à se placer en hauteur, sur les toits des immeubles ou de l’Opéra Bastille pour quelques snipers. Après le raccourcissement de la manifestation, justifié par l’état d’urgence et l’Euro de football et accepté par l’Inter-LGBT, l’État militaire s’est invité tout au long du parcours, instrumentalisant le deuil et la colère ressentis après la tuerie d’Orlando.

« D’Istanbul à Orlando, pas de frontières pour nos drapeaux », rappelait le cortège du « pôle radical » de la manifestation qui rassemblait les organisations critiques de la politique conciliatrice de l’Inter-LGBT (dont Act-up, le NPA, le Parti Pirate, Femmes en lutte du 93, Solidaires étudiant-e-s, HomoSFèRe, le STRASS...)1. Au-delà du fait qu’il est peu probable que quelques CRS fassent vaciller la détermination d’un terroriste suicidaire, ce n’est pas, ce ne sera jamais à l’État et à ce gouvernement qui a trahi ces promesses envers les personnes LGBTI de décider de la manière dont nous devons défiler pour nos droits, et de notre « protection ». Car en renonçant à la PMA sous la pression des réactionnaires de la Manif pour tous, en enterrant ses promesses sur les droits des trans, et en limitant les budgets alloués aux associations LGBTI, le gouvernement est bien loin de nous « protéger » comme il prétend le faire en postant quelques CRS au coin de nos rues. Il autorise au contraire l’idée selon laquelle les oppressions homophobes, lesbophobes et transphobes ne seraient que des questions annexes, superficielles, bonnes à récolter quelques voix pour quelques heures de vernis rose sur un programme électoral. Les LGBTIphobies tuent et violentent chaque jour, et les massacres de nos camarades à Orlando ou ailleurs ne peuvent servir de prétexte à la déferlante autoritaire.

Deux, trois, plusieurs Stonewall

En fin de cortège donc, dans le pôle radical, c’est un nouveau souffle de combativité du mouvement LGBTI qui s’exprime, incarné aussi par des camarades issus de la nouvelle génération militante née pendant la mobilisation contre la loi Travail. Celle-ci a fait exister déjà un « Pink Bloc » dans certaines manifestations, cortège féministe et LGBTI pour rappeler que les lois pro-patronale d’Hollande et Valls feront des femmes et minorités de genre leurs premières victimes, déjà plus opprimées et exploitées.

Au sein de la Marche des Fiertés ne défilent pourtant pas que des camarades. Comme chaque année, un cortège de l’association « Flag ! », qui regroupe les policiers LGBT tenait aussi la rue. Défiler au côté de ceux qui nous matraquent et nous gazent, qui fouillent nos camarades jusque sous leur sous-vêtement, non merci ! Un petit groupe de manifestants avait donc prévu de ne pas laisser passer sans mots dire cette provocation devenue habituelle. Mais, il aura fallu seulement le temps de quelques slogans criés devant ce camion pour que nos camarades se fassent sortir du cortège par les CRS censés « nous protéger », une dizaine d’entre eux et elles devant même subir un contrôle d’identité – sans suite, d’après nos informations.

Comme nous le disions dans un précédent article, ce que nous célébrons et fêtons lors de la Marche des Fiertés, c’est « une révolte qui doit continuer ». Il y a 47 ans, le quartier de Stonewall se soulevait contre la police patriarcale et LGBTIphobe aux États-Unis. Pour gagner nos droits, à vivre, aimer et être sans avoir à subir au quotidien la violence LGBTIphobe, et pour que personne ne parle en notre nom, continuons à nous organiser !

1 Devant les renoncements de l’Inter-LGBT, certaines associations trans comme OUTrans et Acceptess-T ont décidé de boycotter la Marche des Fiertés cette année, ne participant qu’à la Pride de Nuit. Elles critiquent notamment le fait que « La procédure d’un changement d’état civil libre et gratuit, sur simple déclaration en mairie, récemment appuyée par le Défenseur des Droits, n’apparaît pas même explicitement dans le communiqué de l’Inter-LGBT d’appel à la marche - pas plus que la notion essentielle d’auto-détermination. »