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Politique

Elysée 2017

Marine Le Pen en opération séduction sur TF1

À quelques jours du grand débat de l’entre-deux-tours qui aura lieu mercredi 3 mai, TF1 a reçu Marine Le Pen, arrivée en seconde position lors du premier tour (21,43 %), dans l’émission Elysée 2017. Emmanuel Macron sera reçu ce jeudi 27 avril.

Crédits Photos : Martin BUREAU / AFP

Alors que le front républicain tant espéré par le candidat d’En Marche ! peine à se faire autour de lui, Emmanuel Macron a pu regarder attentivement la candidate du Front national sur TF1 répondre aux questions des journalistes et des internautes ce mardi 25 avril pendant 1h30 devant plus de 3,6 millions de téléspectateurs.
Marine Le Pen a été habile lors de cette échéance. Dès le début, elle a essayé de se mettre en retrait vis-à-vis du FN en soulignant qu’elle n’était «  pas la candidate du Front national » mais celle « soutenue » par la formation frontiste. Cette pirouette politicarde lui permet d’accélérer sa propre dédiabolisation, prenant une certaine distance avec le parti d’extrême droite et de la poser ainsi comme une prétendante plus sérieuse au poste de chef de l’État. Mais la chose intéressante c’est qu’elle met sa prise de distance en lien avec le fait que « l’on voit s’agiter beaucoup de manœuvres et de négociations entre les partis » pour tenter d’enclencher une dynamique sur le rejet croissant de cette forme d’organisation politique, qui a souri à Jean-Luc Mélenchon ou bien encore… à Emmanuel Macron.

 Je vais juste expliquer aux Français que le choix est entre la mondialisation sauvage et la nation.

Marine Le Pen, qui espérait être au second tour face au candidat d’En Marche !, a essayé d’opposer sa candidature, la France, contre la finance et l’Europe. « Pour la première fois depuis longtemps, les Français ont deux visions politiques qui, incontestablement, sont très différentes l’une de l’autre. Je porte le choix de la nation, de la patrie, de la protection des Français, le choix du pouvoir d’achat que l’on rend aux Français, de la maîtrise de nos frontières ». Elle tente de ratisser large en récupérant les électeurs de la France insoumise. Elle s’est directement adressée à eux : « Est-ce que sérieusement vous allez voter pour Monsieur Macron ? Voter pour quelqu’un qui va faire une loi El Khomri multipliée par 1 000, dont l’objectif principal est l’uberisation de la société  ». Là aussi, la stratégie est habile face au rejet d’une part de la population d’un Emmanuel Macron qui a été l’un des fers de lance de la politique ultra-libérale du gouvernement Hollande et tente de jouer sur l’amalgame médiatique tendant à dire que les deux extrémités de l’échiquier politique ne sont, en définitive, pas si éloignées. Marine Le Pen a même repris la phraséologie de Mélenchon en parlant de l’oligarchie. « L’oligarchie a déjà installé Emmanuel Macron dans le fauteuil du président mais le peuple ne l’a pas fait. Le peuple réserve une grande surprise à l’oligarchie ». De là à ce que les électeurs de la France insoumise puissent mettre le bulletin FN dans l’urne de manière significative c’est évidemment une toute autre affaire. Si la candidate voit « mal des gens qui ont voté la France insoumise aller voter pour la France soumise, car c’est le projet d’Emmanuel Macron », on voit mal comment ils pourraient majoritairement aller voter pour le projet d’une France raciste islamophobe au service du patronat, même si 12 à 18 % de l’électorat de Mélenchon pourraient franchir le pas. Pour l’heure, la dynamique du #Sansmoile7mai semble plus porteuse qu’un vote FN sur cette frange de l’électorat.

 « L’euro a été un boulet, les Français le savent. Ça ruine notre compétitivité que l’on cherche à récupérer. Cette monnaie a été un boulet pour nos entreprises, elle est accompagnée de toute une politique qui vise à sauver l’euro. Je défends la souveraineté de la nation. »

Le requin de la finance contre la Robin des Bois des « Français ». C’est comment Marine Le Pen voit ce second tour. Elle cible l’Europe et l’euro comme responsables de tous les maux de la population. Elle ne tape pas sur le patronat, contre le MEDEF, le CAC40 qui font des bénéfices records. Elle ne parle pas de répartition des richesses entre riches et pauvres. L’augmentation croissante et régulière des prix qui, contrairement à ce qu’elle met en avant, n’a pas connu de bon au passage à l’euro et n’est pas due à la monnaie unique. Une sortie de l’euro provoquerait une forte dévaluation de la monnaie et condamnerait à la paupérisation des millions de travailleurs, comme ça a été le cas en Argentine en 2001. Bien entendu, Marine Le Pen ne peut pas, pendant 1h30, draguer exclusivement l’électorat de gauche qui vomit Macron. Et très rapidement, le discours a dérivé sur son terrain de prédilection.

Elle souhaite faire un moratoire sur l’immigration, « le secret le mieux garder de notre république  », car selon elle, « l’immigration est un poids  », « nous faisons venir 200 000 étrangers par an, c’est une politique totalement insensée. Je souhaite que le solde migratoire soit limité à 10 000 par an  ». Nous sommes très loin de la solidarité internationale. La politique européenne sur l’immigration est d’ores et déjà un crime contre l’humanité mais si en plus la France ferme drastiquement ses frontières aux réfugiés, aux migrants, nos plages ne cesseront de voir des cadavres s’échouer sur elles.
Marine Le Pen a également expliqué pourquoi elle pensait que le scrutin présidentiel représentait un « enjeu de civilisation », que « notre civilisation est fondée sur des principes auxquels nous sommes attachés » mais que « nous sommes confrontés à des candidats qui nous expliquent qu’il n’y a pas de culture française ». En somme, la candidate du FN a montré son réel visage : celui d’une défenseuse du système en place. Elle a également accusé Emmanuel Macron d’être « entre les mains des communautaristes » et en particulier « de l’UOIF », qu’il «  a expliqué qu’il avait dans son entourage un islamiste radical mais que c’était un brave type, un type bien  ». Elle agite son fameux étendard de l’islamisme en accusant Macron d’être piloté par eux. Une telle tactique de désinformation ressemble beaucoup aux manœuvres de Trump lors de l’élection états-unienne et qui permet par l’amalgame de toute une partie de la population de surfer sur la peur ambiante, à laquelle elle n’apporte pour réponse que du réchauffé : haine de l’autre et répression accentuée.

Drague de l’électorat insoumis et panoplie habituelle de l’extrême droite traditionnelle, Marine Le Pen a tenté de jouer sur tous les tableaux. La banalisation de son discours, alimenté par les principaux pontes des formations du bipartisme à la fois par le discours, mais aussi par les actes. En effet, après un quinquennat ou des pans entiers du programme FN ont été appliqués, quoi de plus normal que Marine Le Pen puisse capitaliser un minimum sur ses propositions les plus abjectes. Au sortir de cet exercice télévisuel, il apparaît d’autant plus clairement que, pour réellement faire barrage au FN et ses idées, passer par la case front républicain n’est en aucun cas une solution.




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