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Notre classe

A 3 ans de leur grève, un film et des solidarités

Mémoire de lutte. « Comme des lions », les anciens PSA Aulnay se solidarisent des Goodyear

Flora Carpentier

Ce vendredi 29 janvier, le documentaire de Françoise Davisse « Comme des lions », qui plonge au cœur de deux ans de lutte à l’usine PSA d’Aulnay-sous-bois, était projeté en avant-première à l’espace 1789 à Saint-Ouen (93). C’était l’occasion, pour la vingtaine d’anciens grévistes venus assister à la projection, de revivre les moments forts de la grève qui a marqué les derniers mois d’existence de cette usine où, pour certains, ils ont travaillé pendant une bonne partie de leur vie avant d’être mis sur le carreau. Dans la salle aux fauteuils rouges, l’émotion était palpable tant la réalisatrice a su se faire oublier pendant le tournage. Les anciens grévistes le disent eux-mêmes « Françoise, c’était une gréviste de plus, elle était avec nous tout le temps, on ne se rendait même plus compte qu’elle filmait ». Et le résultat est réussi. Les moments de doutes, les interstices de l’usine, où il faut convaincre, un par un chaque ouvrier de rejoindre le combat, les assemblées où l’on décide des actions à mener, les discussions parfois vives au local syndical… Pour tous ceux qui pendant des mois ont soutenu la grève de l’extérieur, à s’imaginer les scènes d’affrontement entre les grévistes et les hautes instances auxquelles ils auront rendu visite, du siège de la métallurgie jusqu’au ministère du travail, en passant par le congrès des maires et les interpellations de Hollande… « Comme des Lions » est une révélation qui donne une autre dimension à tous ces moments de solidarité partagés 3 ans plus tôt.

Une lutte pour la dignité ouvrière

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La projection était suivie d’un débat autour des anciens grévistes, en présence de camarades de PSA Saint-Ouen et Poissy, et du réalisateur Marcel Trillat, connu pour ses nombreux films sur la classe ouvrière(300 jours de colère, Les prolos…). Celui-ci a salué le courage des anciens grévistes, en insistant sur le fait qu’à défaut de gagner la bataille contre la fermeture de l’usine, ils avaient au moins gagné leur dignité en luttant. Dans la salle pleine de plus de 200 personnes, les interventions ont rappelé à quel point la lutte des PSA Aulnay restait d’actualité. Car leur grève, c’est aussi l’histoire d’une lutte contre la criminalisation des ouvriers qui se battent, ceux que le patronat, le gouvernement et les médias à leur service se sont employés à faire passer pendant des mois pour des voyous, des casseurs. Alors malgré la fermeture de l’usine, les ouvriers se rappellent de leur lutte comme d’un combat pour la dignité, eux qui ont osé défier le pouvoir patronal, parfois pour la première fois dans leur vie.

Parmi les scènes les plus fortes du film, on retiendra le moment où les grévistes parviennent à pénétrer dans l’usine de Renault Flins, enfonçant le large portail d’entrée par la force du nombre, acclamés par la solidarité de leurs collègues de cette autre usine automobile. En sortant de la salle, on garde à l’esprit cette scène où les grévistes, après un moment de répression policière, se font embarquer dans un car de CRS, alors qu’ils n’ont fait que se battre contre la perspective du chômage. Sur la vitre, ces mots à la signification forte : « on est des ouvriers ».

En écho à la condamnation des 8 salariés de Goodyear

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Ces scènes de combativité ouvrière donnent corps à l’actualité de notre classe, celle qui condamne les camarades de Goodyear à de la prison pour s’être battus contre les licenciements. Alors que des centaines d’anciens travailleurs de PSA Aulnay pointent toujours à Pôle Emploi, le film et le débat qui s’en est suivi ont rappelé à quel point la violence est celle des licenciements et du chômage, non pas celle des travailleurs qui luttent pour leur emploi, pour leur dignité. Plusieurs interventions ont été dans le sens de se solidariser avec les Goodyear, et les anciens grévistes de PSA Aulnay ont affirmé qu’ils seraient présents au rassemblement pour la relaxe des 8 salariés condamnés à de la prison, ce jeudi 4 février à Paris. La salle a même voté, comme dans les comités de grève, pour réaliser une photo de solidarité avec les Goodyear, prise à la fin du débat.

« Comme des lions » sortira en salles le 23 mars. Nous vous invitons à aller le voir et à en parler autour de vous. De quoi, peut-être, donner des idées de lutte et de solidarité ouvrière.




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