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Politique

Un nouveau jeune tué par la police

Mort d’Aboubakar. Sous pression des nombreux témoignages, le CRS placé en garde à vue et la version policière mis à mal

La mort du jeune Aboubakar est devenue une véritable affaire d’État. Face aux nombreux témoignages et vidéos, la version policière visant à justifier la mort d’Aboubakar est mise à mal de sorte que le CRS auteur du coup de feu mortel a été placé en garde à vue.

On le sait, les violences policières engendrent chaque année plusieurs dizaines de morts dans les quartiers populaires, sans compter les mutilations, blessures ou bien encore les humiliations quotidiennes. Pourtant, c’est une partie infime de ces affaires qui ressortent aux yeux du grand public, à l’instar de la mort d’Adama Traoré, pour citer un cas emblématique.

Une version policière, cherchant à justifier le tir mortel, mise à mal par les images et les témoignages

La mort du jeune Aboubakar, par un coup de feu dans le cou dans la nuit du 3 juillet, est incontestablement en train de percer l’omerta, devenant une véritable affaire d’État. Les images, tout aussi glaçante qu’explicites et sans équivoque, ont provoqués une colère explosive et légitime dans le quartier de Breil, mais aussi aux alentours. Ce sont ainsi tous les quartiers de Nantes qui se sont embrasés, attisé par le très massif déploiement de CRS dans l’ensemble des quartiers populaires.

Dans ce contexte, et au vue de l’ampleur qu’est en train de prendre l’affaire, la version policière cherche à justifier le tir mortel qui a atteint le jeune homme de 22 ans. Le directeur départemental de la sécurité publique, Jean-Christophe Bertrand, a ainsi déclaré que « le chauffeur a fait une marche arrière pour se soustraire au contrôle et a heurté un fonctionnaire CRS à hauteur du genou. Ce qui a entraîné immédiatement une réplique d’un de ses collègues qui était en sécurisation du contrôle et qui a utilisé son arme, blessant grièvement le chauffeur du véhicule ». Une version qui ne colle pas avec les images disponibles, et les nombreux témoignages de riverain qui ont assistés à la sinistre scène.

Le journal 20 minutes a recueillis l’un d’eux, qui réfute totalement la version policière. « Les policiers lui demandaient plusieurs papiers d’identité. Le contrôle a duré longtemps, peut-être trente minutes. A un moment, il a pété les plombs et a enclenché une marche arrière. Il n’y avait personne derrière la voiture, personne n’a été percuté. L’un des policiers s’est mis de côté et a ouvert le feu. Il était juste à côté de lui, il aurait pu tirer en l’air ou dans le pneu. La voiture a fracassé un muret. Quand ils ont compris qu’il était mort, le policier qui a tiré s’est mis à crier "Je l’ai tué, je l’ai tué" ! ». Une version corroborée par d’autres témoignages réunis par 20 minutes.

Garde à vue pour le tireur... pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner »

Ce jeudi 5 juillet, et alors que la colère est toujours vive dans les quartiers de Nantes, le procureur de la République Pierre Sennès a annoncé que « le fonctionnaire de police qui a fait usage de son arme de service et causé le décès de la victime a été placé en garde à vue ce jour à 12 h 40 par l’IGPN du chef de violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entrainé la mort sans intention de la donner ». Sous la pression des nombreux témoignages et vidéos, difficile de faire moins...

Dès la mise en garde à vue, on voit la double tentative d’une part de calmer la colère exprimés dans les quartiers de Nantes, d’autre part une première « déresponsabilisation » du tireur – qui n’a évidemment pas eu la moindre intention de tué Aboubakar en lui tirant au niveau de la tête – par cette mention de « non intention » de tué.

Dès ce jeudi, une première marche blanche a été organisée à Breil par la famille pour rendre hommage à Aboubakar. Le début d’un long combat, pour qu’éclate justice et vérité, pour Aboubakar mais aussi pour tous ceux, jeunes des quartiers populaires, victimes des violences policières.




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