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PSA Saint-Ouen : la fermeture du ferrage laisse des dizaines d’intérimaires sur le carreau

La direction l’avait annoncé début septembre, c’est chose faite. Ce vendredi 23 octobre, des dizaines d’intérimaires quittaient l’usine de PSA Saint-Ouen, sans doute pour la dernière fois. Les ouvriers avaient organisé un repas pour l’occasion, histoire de passer un dernier moment convivial avec leurs collègues de chaîne. Ces collègues qui ont effectué pendant des années le même labeur, compagnons de chaîne, compagnons des pauses café, frères de classe subissant la même exploitation quotidienne, celle qui meurtrit les corps et asservit les esprits… Flora Carpentier

Cette exploitation qui fait que l’homme devient machine, s’oublie quand il est face à la bête, dans le vacarme incessant des presses, de ces pièces détachées qui tombent, une à une, dans un bac bientôt plein à ras bord. Paradoxe. Ce brouhaha infernal, les douleurs musculaires, les nuits trop courtes quand il faut se réhabituer, une semaine après l’autre, aux changements d’horaires… mais aussi les pressions de la hiérarchie pour qui toutes les méthodes sont bonnes quand il s’agit de pousser les travailleurs vers la sortie. Ces pressions quotidiennes en ont fait craquer plus d’un, usé avant l’âge ou ayant fait le choix d’accepter le plan de départs volontaires, pour un moment de répit ou l’espoir d’une vie meilleure. C’est celui-là, l’univers de l’usine auquel on a tant de fois voulu échapper, ne serait-ce que pour une journée ou même une heure. Et pourtant, quand c’est la fin, c’est l’incertitude du lendemain qui prend le dessus, la hantise des files d’attente chez Pôle Emploi ou à l’agence d’Intérim.

Comme tous les autres, ces travailleurs au statut d’intérimaire ont donné de leur vie pour enrichir l’un des fleurons de l’industrie automobile française. Comble de la situation, ce même week-end, la direction du groupe PSA Peugeot-Citroën annonçait une nouvelle hausse de son chiffre d’affaires de 3,2% pour le troisième trimestre 2015, atteignant les 12,39 milliards d’euros pour le trimestre. A côté de ces chiffres, le salaire des ouvriers qui produisent les richesses, lui, stagne depuis des années. Les effectifs sont réduits, les départs à la retraite non renouvelés, et les intérimaires, la main d’œuvre la plus précaire, sont mis au banc sans que la boîte n’ait même besoin de se justifier.

Pour ceux qui restent, il faut travailler plus vite, subir encore plus de pressions face à la menace du chômage et des fermetures d’usines. A Saint-Ouen, un atelier ferme, une soixantaine de postes sont supprimés. Le début de la fin ? Tout dépendra de la combativité des ouvriers. En attendant, la plupart des salariés embauchés au ferrage - ceux n’ayant pas cédé aux pressions pour partir - ont été affectés à un autre poste au sein de l’usine, remplaçant des intérimaires. « La plupart », car d’autres n’ont pas eu ce « privilège » et se retrouvent à errer dans l’usine, « mis au placard » par la direction qui mise sur leur découragement. Côté ferrage, la direction a visiblement fait une petite erreur de timing, il reste des pièces à produire avant d’évacuer les dernières machines, alors certaines tournent encore pour leur dernier souffle… entre les murs de Saint-Ouen. Le gros des ilots robotisés est quant à lui en cours de démontage sous les yeux des ouvriers affectés ailleurs, et ce qu’il reste de l’atelier ferrage soigneusement barricadé… Mais il n’est pas dit que les travailleurs aient prononcé leur dernier mot.




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