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Culture et Sport

Abdalla Al Omari l’artiste réfugié

Peindre les responsables de la misère et de la guerre

La fatigue, l’épuisement, la faim, l’attente, les vêtements troués, la perte de ses proches, l’alcool, les queues interminables pour fuir et chercher à vivre c’est ainsi qu’Abdalla Al Omari a décidé de peindre les dirigeants, les responsables de la misère et de la guerre. Un contraste, un décalage qui en dit long.

Ces œuvres sont réalisées par Abdalla Al Omari, artiste réfugié à Bruxelles qui a lui-même fuit la Syrie en 2011, après le début de la guerre. L’artiste présente un style saisissant tout en contraste de sens, de couleurs, et de ressentis pour les spectateurs. On est à la fois saisis de retrouver ces icônes dans un contexte loin de leur quotidien luxueux mais également saisis par la qualité des œuvres elles-mêmes ; réalistes, poignantes, aux couleurs de fond vives et violentes. Et c’est bien un contraste de ressentis qui s’exprime chez le spectateur entre empathie pour le thème et rejet de ces figures trop connues.

Abdalla Al Omari dit qu’il avait envie de les voir ainsi comme pour pouvoir leur offrir même fictivement le même sort que ce que ces tout puissants réservent à des populations entières.

« Vulnerability »

Je voulais imaginer à quoi ressembleraient ces prétendues grandes personnalités si elles étaient dans la peau de réfugiés ou de déplacés", explique-t-il au Huffigton post.

Dans la série “Vulnérability” l’artiste a peint il y a quelques années Sarkozy, Hollande, Merkel, Bachar el-Assad, Trump, ou Poutine dans la peau de réfugiés. Les figures hyperréalistes se découpent sur des fonds jaunes, bleus, rouges vifs et puissants. La matière-couleur est épaisse, la peinture par empâtement, jusque dans l’utilisation du médium pour traduire la saleté, la précarité et la misère. Des couleurs vives donc qui attirent le regard et participent à cette brutalité de contrastes colorés et sémantiques.

“The boat”

Plus récemment, Aballa Al Omari peint “The boat” à la Biennale internationale 2018, de PyeongChang, à Chuncheon, en Corée du Sud jusqu’au 18 mars. Cette Biennale, intitulée "le dictionnaire du mal" se concentre sur les questions historiques, politiques et sociales qui ont eu lieu au cours des 100 dernières années. Cette œuvre est donc présentée aux côtés d’autres artistes internationaux dont Tammam Azzam, Akram Zaatari, Thomas Hirschhorn, Wael Shawky et Walid Raad. Et l’artiste a choisi de réaliser son œuvre comme une performance en plusieurs jours qu’il ira peindre devant les spectateurs. Comme pour signifier que ce corps d’artiste réfugié syrien peignant cela est en soi une démarche artistique. L’œuvre présente le même décalage que les précédentes mais propose une autre situation ; les dirigeants de l’impérialisme entassés dans un petit bateau de fortune venu ici faire naufrage dans cette biennale en Corée du Sud.

Comme dans un épais brouillard les figures des responsables apparaissent.
Dans ce nouveau travail en noir et blanc à l’image d’une photographie journalistique, des tâches de roses-rouges viennent pointer les figures emblématiques comme pour les mettre en lumière. Une œuvre encore une fois saisissante qui synthétise picturalement la rage de cet artiste militant.

Abdalla Al Omari artiste donc à suivre qui cherche à représenter, témoigner de la violence et de la misère engendrées par l’impérialisme.