Jeunesse

« Pas de fac d’élite, pas de fac poubelle, à bas à bas les facs concurrentielles »

Plus d’une centaine d’étudiants manifestent à Paris 7 – Diderot contre la fusion des universités

Publié le 5 décembre 2016

Ce jeudi 1er décembre, un rassemblement appelé par Solidaires Etudiants, réunissant près d’une centaine d’étudiants, ainsi que quelques enseignants chercheurs et personnels administratifs, s’est tenu à Paris 7 afin de dénoncer et de lutter contre le projet de fusion entre Paris 3,5 et 7 qui promet une dégradation des conditions de travail et d’étude.

A travers ce rassemblement, les étudiants, enseignant-e-s et personnels administratifs ont pu, enfin, se faire entendre et visibiliser leur colère et leur opposition à l’égard de ce projet, et de manière plus générale à l’égard des réformes néolibérales, managériales et austéritaires qui frappent le monde universitaire depuis une quinzaine d’années. Dans la continuité de ce rassemblement, une AG est d’ores et déjà appelée par le personnel administratif et les enseignant-e-s le jeudi 8 décembre à midi à Paris 7.

Lili B

« Pas de fac d’élite, pas de fac poubelle, à bas à bas les facs concurrentielles ! »

Les personnes présentes à ce rassemblement, pour la plupart étudiant-e-s, ont rapidement donné le ton et montré leur détermination et leur volonté d’en découdre avec la fusion et avec la présidence de Paris 7 qui impose ce projet de manière bureaucratique !

Après avoir scandé quelques slogans, des étudiant-e-s et doctorant-e-s, la plupart d’entre eux étant à l’Unef ou à Solidaires, uniques syndicats étudiants présents, ont pris la parole pour rappeler ce qu’est la fusion et les conséquences néfastes que celle-ci aurait sur les conditions de travail et d’étude.

Ainsi après avoir dénoncé l’hypocrisie de la présidente Mme Clerrici, qui s’était faite élire sur les promesses qu’il n’y aurait pas de fusion, les étudiant-e-s présent-e-s ont rappelé ce qu’était réellement la fusion, ce qu’elle engendrerait, et ce qu’elle a déjà engendré ailleurs, notamment à Aix-Marseille : suppressions de formations, suppressions importantes de postes et de TD et donc dégradation et précarisation des conditions de travail et d’études, sélectivité de plus en plus accrue, augmentation des frais d’inscriptions et du temps de transports dû à l’éclatement des formations sur plusieurs sites, accroissement de la bureaucratie...

Une vidéo effectuée par les étudiant-e-s de cinéma de Paris 7, postée sur la page Facebook « Paris 3-5-7 Non à la fusion », dénonce également la réalité et les conséquences de la fusion

En effet dans une université fusionnée, toutes les décisions seront prises par le conseil administratif (constitué en grande partie par des sbires de la direction et des personnalités extérieures comme des dirigeants d’entreprise, des élus etc), le « conseil collegium » que nous vend la présidence, où siègera les étudiants, n’aura qu’une valeur consultative, rappelle un étudiant. Le Conseil administratif aura alors toute la liberté d’appliquer la politique néolibérale, managériale et élitiste du gouvernement, sans avoir besoin de consulter celles et ceux qui en paieront les frais, à savoir les étudiant-e-s et les travailleur-ses de l’université.

Ce manque de démocratie inhérent au fonctionnement de nos universités a été fortement dénoncé lors du rassemblement ! En effet la manière antidémocratique et bureaucratique dont ce projet a été imposé était l’un des éléments suscitant le plus de colère chez les étudiant-e-s présents, qui ont réclamé que leurs voix, ainsi que celle de l’ensemble des travailleur-e-s de l’Université, en tant que premiers concernés, devaient être entendues ! En effet il est important d’exiger que l’université soit gérée par ceux et celles qui la font au quotidien, et non par des instances de gestion bureaucratiques et éloignées de la réalité et des intérêts des travailleur-ses et étudiant-e-s !

C’est dans ce but de faire entendre nos voix et notre mécontentement que nous sommes allés, après une manifestation festive et dynamique dans les locaux de Paris 7, à la rencontre de la présidence. Là-bas, c’est le vice-président de l’université qui nous a accueilli. La discussion a été assez musclée. Face à notre colère, le vice président a tout bonnement essayé de dédouaner la présidence de Paris 7 de toute responsabilité, mettant en avant le fait que celle-ci n’avait pas le choix et ne faisait que s’adapter à la politique de l’Etat concernant l’Enseignement supérieur. L’unique responsabilité était alors à chercher du côté de l’Etat, et non de la présidence qui n’aurait d’autre choix pour « survivre » que d’effectuer la fusion. Il est clair que l’un des principaux responsables de la destruction de l’université comme service public est l’Etat, cependant la présidence de Paris 7 s’accommode des politiques gouvernementales vis à vis de l’enseignement supérieur, faisant tout son possible pour tirer son épingle du jeu, et ce au détriment des étudiants et de son personnel.

En effet, à travers le projet de fusion, la présidence de Paris 7 joue le jeu de la logique concurrentielle imposé par l’Etat visant à mettre les universités en concurrence, essayant par là d’en tirer les bénéfices et les prestiges d’être une fac d’excellence, d’élite... qui laissera sur le carreau les formations les moins utiles au patronat et au gouvernement, à savoir les sciences sociales, mais également les lettres et les sciences dures. Ainsi à travers ce projet, la présidence de Paris 7 se fait le relais de la logique concurrentiel que l’Etat souhaite imposer aux universités pour sauver sa peau. Et c’est bien le message que les étudiants de Paris 7 ont fait passer ce jeudi ! Mettant en avant le fait que, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, la fusion relève bien d’un « choix politique de la présidence » : « Vous niez les décisions prises à l’échelle de la présidence ». « On a un désaccord politique et il faut arrêter de le nier », déconstruisant de ce fait le mythe de leur neutralité.

Face à la présidence qui prétend que l’unique solution pour que l’université Paris 7 survive, serait le projet de fusion afin de récupérer l’Idex, nous leur répondons que la solution qui permettrait aux universités de sortir de leurs difficultés financières serait un investissement massif de l’Etat pour les universités.

Parce que ce n’est pas aux travailleur-e-s et aux étudiant-e-s de payer les pots cassés de leur gestion néolibérale des universités et ses conséquences désastreuses, il est primordial de continuer la lutte contre ce projet et de donner forme à la mobilisation naissante à Paris 7 ! Pour ça, il est nécessaire que les étudiant-e-s, mais également les BIATSS, doctorant-e-s et enseignant-e-s se mobilisent ensemble contre ce projet d’une université bureaucratique et élitiste, et en faveur d’une université gratuite et ouverte à tous et à toutes !

L’une des limites actuelles de la mobilisation étant le fait qu’elle soit principalement étudiante, rassemblant peu de doctorant-e-s, BIATSS et enseignant-e-s.

Cependant une AG est organisée jeudi prochain, le 8 (à midi en Amphi 6C), par des syndicats professionnels, à laquelle il est important que nous soyons le plus nombreux-ses afin de construire un rapport de force plus important pour mettre un coup d’arrêt à ce projet de fusion !

Même si une éventuelle victoire ne résoudra pas vraiment le problème, puisque les gouvernements successifs ont décidé de massacrer l’Université ainsi que l’ensemble des services publiques, celle-ci pourra permettre de prendre confiance et d’être une première pierre pour développer une mobilisation bien plus forte, à l’échelle nationale et qui permette enfin de renverser le rapport de force. Dans l’éventuelle approche d’un futur gouvernement de droite dure qui promet des contre réformes et attaques toujours plus importantes, il est nécessaire de s’y préparer et de commencer la riposte dés maintenant !