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Politique

En ces temps de "gilets jaunes"

Pouvoir d’achat : le revenu disponible moyen a diminué de près de 500 euros entre 2008 et 2016

Alors que le mouvement des gilets jaunes fait du bruit, une étude de l'OFCE en collaboration avec l'INSEE dévoile une baisse du revenu disponible moyen des ménages en France de 1,2 %, soit 440 euros par an, entre 2008 et 2016.

Crédit photo : LuisPortugal/Getty Images

Ce mardi 20 novembre, L’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Économiques) et l’INSEE ont publié une étude appelée « Portrait Social de la France », qui fait entre autres le bilan de nos revenus disponibles de 2008 à 2016. Les chiffres rapportent une baisse de 1,2 % chez les ménages français. Le revenu disponible est ce qu’il reste aux ménages une fois que les impôts et les cotisations sociales ont été déduits.

Comment lire et interpréter ces chiffres ?

La baisse du revenu disponible de 2008 à 2016 est le reflet des quinquennats respectifs de Sarkozy et Hollande. Les 500 euros en moins se calculent facilement avec les mesures socio-fiscales prises sur cette période. D’une part, on compte environ 750 euros de hausse d’impôt sur les revenus, des cotisations et contributions sociales ; contre un gain d’environ 250 euros sur les aides sociales et prestations familiales (plan pauvreté de Hollande avec la revalorisation du RSA, prime d’activité de Sarkozy en 2009). Les gouvernements de ces derniers ont contribué à la ponction des revenus disponibles avec leur politique fiscales, même si, l’effet de ces réformes est plus contrasté pour les ménages pauvres.
La deuxième explication, primordiale, est celle de la démographie en constante augmentation et du vieillissement de la population. Ces phénomènes sont d’autant plus appuyés par l’augmentation des familles recomposées et/ou monoparentales. D’après l’OFCE cet « effet démographie » a représenté une baisse de 400 euros du revenu moyen par ménage.

Pourtant, les réformes fiscales et les mutations démographiques n’expliquent pas tout. Les auteurs de l’enquête « Portrait social de la France » estiment hypocritement que la hausse du chômage entre 2008 et 2016, l’augmentation du temps partiel et les changements de structures socio-professionnels n’auraient pas eu « d’effets significatifs » sur les revenus disponibles. Cette étude révèle surtout une lacune dans leurs calculs : celle des modèles statistiques adaptés aux évolutions du marché du travail. La précarité des plus pauvres et les salaires fixes des plus riches sont mal pris en compte, ce qui biaise en un sens l’analyse des chiffres.
On voit bien la complexité de ces chiffres quand on sait que le même organisme (l’INSEE) a publié des chiffres contradictoires pour la fin de cette année. Selon eux, le pouvoir d’achat a augmenté de 1,7 % sur ce dernier trimestre 2018, ainsi que les revenus disponibles moyens des ménages. Ces chiffres sont à remettre en contexte, en rappelant toujours qu’ils sont calculés sur la base d’une moyenne, et qu’ils peuvent se compenser selon les trimestres pour au final n’avoir aucune augmentation significative annuelle.

La promesse d’un meilleur pouvoir d’achat en Macronie

Macron a été élu en portant avec lui une promesse de programme des plus alléchantes, écrite rose sur blanc : « Nous augmenterons le pouvoir d’achat des ouvriers, des employés et des salariés les moins bien payés. » . Après un an de mandat, un printemps de grève et cinq jours de mobilisation « gilets-jaunes » on peut constater qu’on est bien loin de cette promesse électorale.
Le pouvoir d’achat continue d’être grignoté chez les plus précaires. Les retraités en sont les premiers touchés, puisque les pensions ne sont plus indexées sur l’inflation. Pour faire court, en janvier 2019, les pensions des retraités augmenteront de 0,3 % contre 1,6 % en janvier 2018. Autrement dit, sur trois ans, leur pouvoir d’achat va diminuer de 6 %.

Autre mesure de Macron qui suit la logique du robin des bois inversée, est celle de la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF). Les plus riches ont ainsi vu augmenté leur revenu disponible de 6 %. Les ajustements budgétaires de 2019 promettent ainsi pleins de bonnes choses pour les très riches, mais peu de bonnes nouvelles pour les plus pauvres.
La loi budget 2018-2019 prévoit d’accorder 20,4 milliards d’euros d’exonération d’impôt au patronat ! A cela s’ajoute la hausse de 1,7% de la CSG, impôt injustement calculé en défaveur des plus pauvres, et la hausse des diverses taxes, dont celle du carburant.

Décidément, on est à mille lieues de la promesse de Macron qui prétendait remplir le portefeuille des plus démunis. Au contraire, on voit que le pouvoir d’achat baisse, que les revenus disponibles baissent, et que les plus riches ont de plus en plus de privilèges et d’argent. La théorie du ruissellement ne semble pas marcher comme il voudrait, puisque pour l’instant ici-bas, on ne croule pas sous une pluie d’or. Heureux hasard ou non, l’étude de l’OFCE et de l’INSEE tombe en même temps que la mobilisation des gilets-jaunes, qui dénonce justement une baisse du pouvoir d’achat et réclament une baisse des taxes.




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