Culture et Sport

Dans les années 60 et 70, ses chansons dénonçaient la ségrégation, les crimes racistes

Prix nobel littérature. Quand Bob Dylan était défenseur de la cause noire

Publié le 14 octobre 2016

Bien que les classes dominantes viennent de récompenser, une fois encore, un de ses enfants prodiges, nous ne pouvons que faire remarquer que Bob Dylan fut aussi en son temps un des critiques les plus acerbes du monde bourgeois. Cet article que nous relayons permet de découvrir la poésie et la radicalité de l’enfant prodige de la folk américaine en relation à la question noire.

Source
Jean-Loup Guillaume

L’oeuvre du chanteur est jalonnée de compositions contre le racisme. Figure tutélaire de la musique aux Etats-Unis, Bob Dylan a profondément marqué la société américaine. Dans les années 60 et 70, ses chansons dénonçaient la ségrégation, les crimes racistes et l’iniquité de la justice. Alors que sort aujourd’hui une nouvelle compilation de l’artiste, Afrik.com revient en chanson sur son passé engagé.

Plus de quarante ans de carrière, une trentaine d’albums originaux, une centaine de concerts chaque année : Bob Dylan est une valeur sûre. Pour son label d’abord, qui abreuve les fans de disques, pour Hollywood ensuite, qui lui a consacré un film en 2007, pour le jury du prix Pulitzer enfin, qui lui a décerné une mention spéciale cette année. Autant d’honneurs qui rappellent ses débuts...

Lorsqu’il émerge de la scène folk new-yorkaise, dans les années soixante, l’Amérique est en ébullition. Le mouvement pour les droits civiques, Martin Luther King à sa tête, réclame la fin de la ségrégation. Les chansons de l’artiste, qui dénoncent les conditions de vie des noirs, connaissent alors un grand succès.

Les protest-songs


Dylan est ainsi présent en août 1963 lors de la marche de Washington, où King prononce son célèbre discours I have a dream. A la tribune, le jeune chanteur interprète Blowin’ in the wind, la chanson qui l’a fait connaître au grand public.

Quelques mois plus tôt, il s’était inspiré d’un événement survenu dans le Mississippi pour écrire Oxford Town. Des étudiants blancs avaient empêché un jeune noir, James Meredith, de s’inscrire à l’université. L’altercation avait dégénéré en émeute et fait deux morts.

L’assassinat, la même année, du leader noir Medgar Evers, abattu par un membre du Ku Klux Klan, est un choc pour les américains. Dylan écrit la chanson Only a pawn in their game, dans laquelle il fustige le racisme d’Etat.

L’année suivante, il s’en prend à l’institution judiciaire lorsque le meurtrier d’une serveuse noire, William Zanzinger, est condamné à seulement six mois de prison. Il compose la chanson The lonesome death of Hattie Carroll, dans laquelle il dénonce la clémence des jurys quand les coupables sont blancs.

A cause de ces chansons, le songwriter est rapidement étiqueté « chanteur contestataire ». Il s’éloigne alors des protest-songs et délaisse les sujets sociaux, ce que son public considère comme une trahison. Ce n’est qu’au début des années soixante-dix qu’il revient à des compositions plus engagées.

George Jackson, Rubin Carter

En août 1971, lorsque George Jackson, un membre du Black Panther Party, est abattu dans une prison de Californie, Dylan écrit immédiatement une chanson pour lui rendre hommage. Le morceau sort sous la forme d’un single et atteint la trentième place du Top 50 américain.

Quelques années plus tard, le chanteur prend parti pour le boxeur Rubin Carter, emprisonné pour un triple meurtre. Dylan est convaincu de son innocence et estime qu’il a été condamné par un jury raciste. En juillet 1975, il compose une chanson de 8 minutes, Hurricane, qui entre dans le Top 50. La médiatisation de l’affaire conduit à un nouveau procès. Carter sera de nouveau condamné puis finalement libéré en 1985.

Liens : Site officiel de l’artiste
Traduction des textes en français