Notre classe

La justice de classe maintient la pression : 24 mois de prison avec sursis requis

Procès des Goodyear à Amiens : « la relaxe est possible » et la lutte paie

Publié le 20 octobre 2016

Plusieurs milliers de personnes avaient fait le déplacement ce mercredi 19 octobre pour soutenir les 8 ex-salariés de Goodyear lors de leur audience en appel au tribunal d’Amiens. La peine encourue, jusqu’à 9 mois fermes et 24 mois au total. Sa signification en termes de criminalisation de la lutte pour la défense des emplois et contre les licenciements, a fait écho auprès de milliers de travailleurs qui vivent sous le joug d’une répression patronale qui n’a fait que s’accentuer ces dernières années. Premier signe de recul : le parquet a requis une peine de 24 mois de sursis, un curseur qui se situe au-dessous des peines encourues actuellement. Mais le chemin pour la relaxe est encore long. Le compte-rendu du jugement est prévu pour le 11 janvier 2017 prochain, une nouvelle manière pour la justice de laisser en suspens l’épée de Damoclès et d’attendre que la colère remontée aujourd’hui à Amiens passe son tour.

Yano Lesage

C’est toute l’avant-garde ouvrière qui a occupé le devant de la scène lors des luttes des dernières années (Xavier Mathieu des Contis), mais aussi celle qui a émergé lors des derniers mois de mobilisation contre la loi Travail (des dockers du Havre aux raffineurs de Total) et celle des luttes actuelles (les employés en grève depuis 3 semaines de Babou Bagnolet, les hospitaliers de Rouen, les travailleurs de PSA-Mulhouse), qui se sont données un véritable rendez-vous de lutte à Amiens. Après un court rassemblement dans le parc de Saint-Pierre et un cortège accompagnant les Goodyear jusqu’au tribunal d’Amiens, la journée s’est déroulée au rythme des interventions politiques et syndicales et des concerts (Jolie Môme), le tout animé par le célèbre journaliste Daniel Mermet, bien connu pour son émission Là-bas si j’y suis, dernièrement éjectée de l’antenne du service public France Inter.

Mickaël Wamen, lors de la suspension de séance de midi, l’a rappelé : « organiser ce rassemblement n’a pas été une chose facile ». De Marseille à Lille, les Goodyear ont, depuis plus d’un an maintenant, monté avec détermination et ténacité des collectifs de soutien, appelés à la base un peu partout en France et qui ont permis de faire de cette journée un succès.

Il n’a pas non plus manqué d’interpeller les directions syndicales, et en premier lieu la sienne, la CGT, en appelant à « bousculer les structures », à faire bouger les lignes qui ont voulu enfermer la mobilisation contre la loi travail dans un baroud d’honneur final le 15 septembre dernier et à se remettre dans la rue pour inverser la tendance face à un gouvernement et un patronat qui souhaitent, plus que jamais, prendre des mesures exemplaires pour faire plier la contestation sociale. « Il ne faut rien attendre des élections de 2017 », a-t-il conclu.

« Pour les politiques, il y aurait deux problèmes : les immigrés et les réfugiés ; et la CGT », a rappelé Philippe Martinez, secrétaire générale de la CGT, qui a fortement dénoncé la criminalisation à laquelle a fait face sa Confédération et le mouvement social. Même si toutes les forces de la Confédération n’ont pas été mises au profit du succès de l’événement, largement porté par le militantisme des fractions les plus combatives, Martinez a apporté son soutien à la lutte des Goodyear et dénoncé le fait que ce soit, dans cette affaire, non plus la direction de Goodyear qui porte plainte, mais bien le ministère public. Ce dernier n’a pas pour autant relayé l’appel de Mickaël Wamen à une nouvelle date de mobilisation qui aille au-delà des deux jours prévus à Amiens et qui pose les perspectives concrètes de luttes contre la répression syndicale dans les mois à venir.

Pour la première fois, dans ce type de rassemblement essentiellement composé des secteurs salariés, la parole a été donnée à des collectifs dénonçant les violences policières. Et pourtant, « comment ne pas voir que les violences racistes de la police complètent les violences à l’intérieur des entreprises et servent à nous faire baisser la tête et à nous empêcher de résister ensemble ?! », a questionné Guillaume Vadot, enseignant agressé à Saint-Denis le mois dernier. Ni, comme l’a souligné Amal Bentounsi, que « le processus est le même dans la criminalisation des victimes » qu’il s’agisse des salariés d’Air France, des Goodyear ou « d’Amine Bentounsi, [son] frère, tué d’une balle dans le dos, […] de Wissam El-Yamni, tabassé à mort par 26 policiers, […] d’Abdoulaye Camara, tué par balles par des policiers [et plus récemment] d’Adama Traoré… ». « Les quartiers ont servi de laboratoire » à la répression policière avant la loi travail.

La lutte paie et la mobilisation peut faire reculer la justice et le gouvernement. La preuve, alors que la peine encourue au dernier procès était la prison ferme, le parquet a requis ce 19 octobre 24 mois de sursis. Un recul, certes, mais qui reste limité. D’autant que le rendu du jugement est reporté pour le 11 janvier prochain, une manière de jouer la montre pour étouffer la mobilisation naissante. Une manière également de nous faire comprendre que, jusqu’à la victoire, il ne faut rien lâcher et continuer la mobilisation pour les Goodyear et contre la loi Travail en posant dès maintenant une prochaine échéance de mobilisation qui puisse faire advenir la convergence entre les luttes contre les violences policières envers les populations les plus précarisées, et son pendant, celles commises contre les salariés qui refusent d’y succomber.