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Polarisation de la situation à Hong Kong : quelles issues ?

Après ce weekend de mobilisation à Hong Kong, dépeint par la presse comme “chaotique” transformant la ville en “un véritable champ de bataille”, le mouvement, empêtré dans ses contradictions, se trouve à un tournant.

lundi 2 septembre

Le développement de la crise à Hong Kong, scruté des quatre coins du globe pour le caractère spectaculaire des forces de répression déployées comme pour les enjeux économiques qui affectent aujourd’hui le cours des bourses, va en s’intensifiant, suite à ce nouveau weekend explosif. La situation, après 3 mois de mobilisation, semble toujours sans issues pour les manifestants comme pour le pouvoir en place.

Si le projet de loi permettant l’extradition vers les Chine a été suspendu - symbole de l’ingérence croissante de “l’ogre chinois” et de la répression politique, dans un pays où la peine de mort, abolie à Hong Kong, est toujours pratiquée - le reste des revendications portées ne trouvent toujours aucune réponse. Parmi elles, la démission de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de la région, la libération des manifestants arrêtés, le lancement d’une enquête sur les violences policières et la l’interdiction de caractériser “d’émeutes” les manifestations.

Ces revendications, concentrées autour de la question des droits démocratiques, permettent de mettre en lumière la dimension coloniale de la gestion d’Hong Kong, ex-colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997. Néanmoins, l’absence de mots d’ordres sociaux ou économiques, alors que les inégalités sociales y sont parmi les plus exorbitantes d’Asie, reflète les limites d’un mouvement dont la relative direction revient à des figures libérales. Celles-ci n’hésitent pas à appeler l’intervention des Etats-Unis ou encore de l’Europe. Par ailleurs, certains courants versent dans un nationalisme aux accents racistes à l’encontre de la Chine, rendant par là impossible de nécessaires convergences avec les travailleurs de ce pays, deuxième puissance économique mondiale, sous le joug d’un même pouvoir central autoritaire et liberticide.

Par ailleurs, si les milliers de militaires de l’armée chinoise détachés à proximité demeurent en retrait, la répression policière du mouvement continue de se renforcer. En plus des nombreux tirs de gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc, des tirs de sommation ont été effectué par les forces de l’ordre. Des canons à eau “marquante” ont également fait leur apparition. De plus, le régime en place procède à des centaines d’arrestations, plus de 850 personnes ont été interpellées depuis les débuts de la contestation, ainsi que deux députés. Plus récemment, des figures du mouvement ont été arrêtées, comme le secrétaire du parti Demosisto vendredi dernier : “Il a été poussé de force dans un monospace banalisé, dans la rue, en plein jour."

Aujourd’hui, quelques semaines après une première tentative, les étudiants, “colonne vertébrale des protestataires”, lancent de nouveau un appel à la grève générale et au boycott des cours pour les deux prochaines semaines. Cependant, faute d’organes d’auto-organisation pour les travailleurs et faute d’une direction politique avec une délimitation de classe, ces nouvelles tentatives, si elles permettent de faire rejaillir les contradictions du mouvement entre ses leaders libéraux et la nécessité de revendications anticapitalistes et internationalistes pour les travailleurs, risquent de ne pas être massives. Cette difficulté à faire émerger un direction révolutionnaire au sein de la classe ouvrière, résonne tout particulièrement avec le mouvement des gilets jaunes en France comme avec le mouvement populaire en Algérie. Après avoir démontré les limites du spontanéisme, la tâche de construction de partis révolutionnaires semble plus que jamais à l’ordre du jour.

Crédits photo : Anthony Wallace, AFP




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