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A 70 ans de la Nakba, retour historique sur la Palestine

Arabes et Juifs ont coexisté pendant des siècles sous la domination mauresque d’Andalou dans l'empire espagnol. Après l'Inquisition, les Juifs séfarades furent reçus par l'Empire ottoman en Egypte, en Afrique du Nord et au Levant et vécurent paisiblement pendant 500 ans avec les Arabes, les Turcs et les Chrétiens.

Source : La Isquierda Diario

Au début du vingtième siècle, en Palestine, les Juifs constituaient une petite minorité (5% de la population) intégrée dans une société à prédominance arabe, avec une pleine liberté de culte. Cette situation a commencé à changer après le déclin de l’Empire Ottoman, lorsque l’impérialisme britannique et français ont signé l’accord Sykes-Picot en 1915, divisant le Moyen-Orient entre eux. En Palestine, les Britanniques imposent un protectorat soutenu par une armée de 500 000 soldats. Afin de tenir à distance les mouvements nationalistes arabes palestiniens, le gouvernement britannique a lancé la déclaration Balfour en 1917, parrainant la formation d’une « maison nationale juive en Palestine », qui était partenaire des Anglais. Cette déclaration a été écrite par des dirigeants sionistes démontrant l’unité dans les objectifs entre l’entreprise colonialiste et le pouvoir impérialiste. Malgré cette évolution, l’histoire du mouvement ouvrier palestinien avant la fondation de l’Etat d’Israël démontre les véritables liens de solidarité entre les travailleurs arabes et juifs qui luttaient pour des objectifs communs.

Concentrés dans les ports, les communications, les chemins de fer, la métallurgie, les raffineries de pétrole et les grandes boulangeries, des centaines de milliers de travailleurs arabes et juifs travaillaient ensemble. Cette classe ouvrière résidait dans les deux grands centres urbains : Jaffa (le quartier fondateur du futur Tel Aviv) et Haïfa, le principal port et centre industriel. Les relations de solidarité entre Arabes et Juifs ont été exprimées dans l’Union des Boulangers, déclarée « de caractère international » et « ouverte à tous les travailleurs ».

Les tendances unitaires ont inquiété les sionistes de telle sorte qu’elles ont donné lieu à l’intervention de leur stratège maximum. David Ben Gourion, dirigeant de la Histadrout (le Syndicat Ouvrier Sioniste) et futur chef de l’Etat d’Israël, a soutenu que les travailleurs juifs devaient être organisés en « syndicats liés » mais « séparés » des Arabes, selon les « sections nationales ». Jaim Arlozoroff a développé cette orientation en assimilant l’expérience de l’Afrique du Sud, où les tâches les plus qualifiées étaient réservées aux Blancs, organisés en syndicats séparés de ceux des Noirs. Ainsi, la Histadrout a fini par expulser des militants communistes d’origine juive qui se battaient pour des syndicats communs.

Les syndicats sionistes ont déployé tous leurs efforts pour briser les grèves menées conjointement par les Arabes et les Juifs, à l’instar du conflit d’avril et mai 1933 dans la carrière de Nesher. Sous le slogan de kibush haavoda (conquête du travail), la Histadrout a conclu des accords avec les employeurs pour remplacer la main-d’œuvre arabe, en échange de la discipline du travail. À la suite de cette politique raciste et pro-patronale, la PAWS a vu le jour, le premier syndicat de travailleurs palestiniens basé à Haïfa, Jaffa et Jérusalem, qui a plaidé pour l’unité, contre le sionisme et l’indépendance de la Palestine.

1948 a défait les liens de solidarité

Apeurés, les sionistes et les Efendis (propriétaires fonciers palestiniens) ont ouvert la voie pour saboter l’unité embryonnaire des travailleurs. En 1929, le mufti de Jérusalem, Aj Amin al Husayni, avec l’élite nationaliste palestinienne la plus réactionnaire, lança un pogrom pendant quatre jours. Des centaines de travailleurs juifs sans défense ont sauvé leur peau grâce à la collaboration de leurs camarades arabes, qui ont risqué leur propre vie en les aidant à se cacher. Aussi, lors de la grande grève générale de 1936 qui a mis en péril le régime, les troupes britanniques ont formé en tant qu’unités militaires les milices sionistes de la Haganah (« l’autodéfense juive » créée en 1920) pour réprimer les piquets de travailleurs arabes, assistés à plusieurs occasions par leurs camarades juifs. En même temps, les briseurs de grève d’Histadrout occupaient des postes de travail avec des employés juifs dans les ports de Haïfa, la grande carrière de Majdal Yaba, les plantations d’agrumes et les raffineries de la transnationale Iraq Petroleum, brisant le plus long conflit ouvrier dans l’histoire de Moyen-Orient.

Malgré cette politique divisionniste, en avril 1946, des dizaines de milliers de travailleurs arabes et juifs se sont organisés dans la PAWS et l’Union Internationale des chemins de fer, des postiers et des compagnies de télécommunication, lançant une grève qui a paralysé les services publics et mis en péril le fonctionnement des bases militaires britanniques.

Cependant, ces liens de solidarité avaient déjà commencé à se briser après l’assassinat du dirigeant syndical Sami Taha et la résolution arbitraire de l’ONU en novembre 1947 de la partition de la Palestine en faveur de la minorité juive, opposée à la volonté unitaire qui primait dans les masses, et qui a provoqué d’importantes mobilisations populaires en protestation. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ont été les attaques terroristes de décembre 1947, où Etzel (le secteur le plus à droite de la Hagana) a fait exploser une voiture piégée parmi des centaines de travailleurs arabes dans une raffinerie de Haïfa, pendant que le Palmaj (brigade d’élite de la gauche sioniste) a pris d’assaut la ville de Balad al Shayk, tuant des dizaines de femmes et d’enfants. La fondation de l’Etat d’Israël en mai 1948, basée sur le nettoyage ethnique d’un million de Palestiniens expulsés de leur terre d’origine, a définitivement bouclé ce processus, donnant naissance à un Etat raciste et colonialiste, source de toutes les difficultés qu’affronte le peuple palestinien actuellement.

Le général Yitzhak Rabin avait l’habitude de comparer l’État d’Israël avec le royaume des Croisés de Jérusalem en 1099, basé sur l’immigration continue de combattants qui ont massacré les Arabes et les Juifs pendant 192 ans. C’est pour cela que les Palestiniens revendiquent Saladin, le grand général kurde qui a vaincu les croisés et restauré la paix entre Arabes, Juifs et Chrétiens, une perspective que, à l’heure actuelle, seuls les ouvriers et les paysans du Moyen-Orient peuvent mener contre cet Etat ségrégationniste et criminel, partenaire stratégique de l’impérialisme nord-américain et européen.




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