Société

Quand le capitaliste se fait pervers

À Montpellier, les contrôleurs coûtent plus chers que les amendes encaissées

Publié le 18 mars 2016

Dans le contexte de la criminalisation de la fraude dans les transports en commun, Montpellier Journal a levé un sacré lièvre lundi dernier, se livrant à un petit calcul intéressant. La Gazette de Montpellier du 10 mars avait ainsi affirmé qu’il y a aujourd’hui 130 contrôleurs « contre 60 il y a six ans » dans le réseau TAM (Tramway de Montpellier). Ça coûte plus cher au réseau et ce n’est pas rentable ? Qu’importe. L’essentiel, c’est de faire la chasse au fraudeur.

Léo Serge

Jean-Luc Frizot, le patron de TAM, a déclaré lui-même que toute cette histoire d’augmentation des contrôleurs obéit à une logique bien politique. « Quand j’ai pris la direction de la TAM en 2010, il y avait une forme de tolérance molle vis-à-vis de la fraude. Nous ne récupérions que 200.000 € de PV par an, contre 1,9 million aujourd’hui ?! » C’est donc d’après le directeur lui-même, pour des raisons idéologiques – afin d’éviter toute « forme de tolérance » envers les plus pauvres qui ne payent pas– qu’il faudrait lutter contre la fraude. Le directeur a d’ailleurs également augmenté l’amende (désormais de 51,50 euros pour absence de ticket). Mais est-ce que ça rapporte plus d’argent au réseau ? La réponse est très certainement non, ce que démontre un petit calcul rapide fait par Montpellier Journal : supposons que les contrôleurs soient payés en moyenne 1 500 € par mois – une sous-estimation – et qu’ils « coûteraient » donc environ 3 000 € avec les charges. Cela donnerait 130 x 3000 x 12 = 4,68 M€. Contre 1,9 M€ récupérés en PV, donc. Augmenter le nombre de contrôleurs coûte donc plus cher au réseau. Ce qui se passe à Montpellier se passe aussi ailleurs, notamment en région parisienne, même si la RATP n’est pas aussi imprudente que Frizot, qui fait tomber le masque, et préfère garder secret ses comptes.

Vous avez l’impression qu’il y a plus de contrôles qu’avant dans les transports de votre ville ? Ce n’est pas une impression, il s’agit bien de harceler – avec la dégradation du terrain politique, idéologique, de plus en plus droitier – de plus en plus ceux pour qui le billet de transport a un coût non-négligeable. Autrement dit, il s’agit d’une chasse aux pauvres, qui est souvent également une chasse aux sans-papiers, à l’immigré, aux jeunes de banlieues, aux Roms, etc. Bref, il s’agit d’un épisode de plus dans la guerre de classe. Il faut créer une « ambiance », une « atmosphère » de harcèlement et de dégradation des rapports sociaux ; en un mot, créer toujours la guerre de tous contre tous.

Transports publics de qualité, gratuits pour les salariés, les petites pensions et les jeunes, avec transfert des salariés chargés des contrôles sur d’autres postes, voilà l’avenir, bien différent de celui que nous promet Monsieur Frizot et ses collègues, directeurs de régies de transport. En attendant, avec la solidarité des usagers, et malgré la répression des utilisateurs d’application smartphone anti-contrôleurs, on continuera à frauder…