Jeunesse

Abdoulaye libéré : une première victoire, mais la lutte continue !

Publié le 8 octobre 2016

Correspondants

14h30 au tribunal administratif de Paris. Après 6h d’attente dans l’angoisse, c’est le soulagement pour Abdoulaye. Menacé de mort pour s’être opposé au régime en place dans son pays d’origine, la Guinée, il était venu en France pour y demander l’asile politique et s’était inscrit administrativement à l’université Paris 1. Placé en centre de rétention depuis plusieurs semaines, il était menacé d’expulsion vers l’Espagne, un pays qu’il ne connaît pas. En effet, en vertu des accords Dublin 3, les demandes d’asile doivent se faire dans le premier pays de l’espace Schengen où les migrants sont passés : une mesure qui permet notamment pour la France de déléguer la gestion des réfugiés aux pays à la périphérie géographique de l’Europe.

La demande d’annulation de l’expulsion faite par Abdoulaye a donc été acceptée. Officiellement parce que celui-ci n’avait pas eu accès aux brochures auxquelles il avait droit. Si le vice de procédure est l’argument juridique mis en avant par le juge, il est indubitable que les 50 personnes rassemblées ce jour là pour le soutenir, et plus largement le mouvement de solidarité lancé sur les universités, ont joué en sa faveur. Car depuis l’annonce de la décision d’expulsion, l’université Paris 1 s’est largement mobilisée sur la question. Face à la pression des étudiants et des professeurs, même la direction de l’université a fini par accepter de produire un communiqué de soutien.

Une première victoire mais la lutte doit continuer. D’abord parce qu’Abdoulaye, s’il ne retournera pas en centre de rétention ce soir, n’est pas sorti d’affaire. Il est toujours considéré par l’administration française comme étant en séjour illégal et son obligation de quitter le territoire français demeure. N’ayant pas de titre de séjour, il reste dans une situation très précaire, dans l’incertitude de poursuivre ses études et de ne pas être à nouveau contrôlé par la police.

Ainsi, beaucoup reste à faire. Surtout qu’autour d’Abdoulaye, les autres réfugiés jugés ce jour là n’ont pas forcément eu autant de chance. On pensera notamment au cas de ce Libyen, torturé dans son pays par les milices qui gouvernent le pays depuis 2012. Sans sourciller, le juge lui a signifié l’expulsion vers son pays d’origine ce qui signifie le livrer à ses tortionnaires.

Cette victoire partielle pour Abdoulaye est cependant un signe d’espoir. Elle montre que la mobilisation à payé. A nous de l’amplifier désormais pour obtenir non seulement la régularisation d’Abdoulaye mais aussi plus largement la liberté de circulation et la régularisation de tous les sans-papiers et l’accueil dans des conditions décentes de tous les migrants pour qu’enfin cesse l’exercice humiliant de destruction des vies qu’à connu Abdoulaye aujourd’hui.