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Opération rameau d'olivier

Afrin : silence, l’armée turque massacre les kurdes

Les forces turques ont encerclé l'enclave kurde d'Afrin, dans le Nord-Est de la Syrie. L'aviation et l'artillerie pilonnent les accès à la ville. De nombreux civils ont d'ores et déjà été tués. La bataille d'Afrin est l'illustration de la déstabilisation énorme de la région. Des soldats pro-régime ont été tués par l'aviation turque, les kurdes sont lâchés par leur pseudo allié états-unien et dénoncent une opération de nettoyage ethnique.

Crédit photo : kedistan

Depuis mardi, la ville d’Afrin, tenue par les Unités de protection du peuple (YPG) est encerclée par l’armée turque et ses alliés rebelles syrien. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) les turcs ont déjà pris plus de 70 % de l’enclave kurde. De nombreux civils tentent de fuir mais la seule route non contrôlée par les turques est constamment bombardée. Challenges explique que selon le directeur de l’organisation, Rami Abdelrahmane, « les forces turques et leurs alliés de l’Armée syrienne libre (ASL) ont encerclé 90 villages en plus de la ville d’Afrin, soit environ 700.000 personnes ».

Les combattants kurdes n’ont pas l’intention de baisser les armes. Redur Khalil, porte-parole des YPG a déclaré qu’ « Erdogan rêve éveillé en parlant d’une chute d’Afrin ». Pourtant, les forces sont tellement incomparables que l’issue de la bataille laisse peu de doute. Il y aura de nombreux morts et les forces kurdes feront payer cher chaque m2 gagné par l’armée turque car il est clair, notamment pour Rezan Hedo, conseillé média des YPG, que s’il y a un assaut sur la ville, il y aura un « massacre ».

Erdogan lui même ne cache pas qu’après Afrin, la Turquie « nettoierait » les autres villes tenues par les YPG dans le nord de la Syrie, dont Manbij, où sont stationnés des soldats états-uniens. La semaine dernière, il a déclaré que les forces turques entendaient chasser les YPG de toute la zone frontalière « jusqu’à la frontière avec l’Irak ».

De fait face à ces menaces, les États-Unis doivent faire face à leurs propres contradictions dans leur politique étrangère au Moyen-Orient. En effet, ce sont deux de ses alliés qui sont entrain de se battre. L’allié historique qu’est la Turquie et leur allié de circonstance que sont les forces kurdes. La crise importante entre la Turquie et les États-Unis, est dû notamment à la politique de Washington dans le conflit syrien.

En effet, ils ont fait le choix de s’appuyer sur les kurdes pour lutter contre Daesh et de ne pas soutenir Assad. Or, Assad et ses alliés comme la Russie et l’Iran ont gagné une première phase dans le conflit et continue de reprendre du terrain sur les rebelles, quitte à massacrer ouvertement les populations civiles comme c’est le cas de la Ghouta orientale près de Damas. Les États-Unis ont eu comme stratégie de créer des enclaves pro-américaines en Syrie pour limiter l’avancée du régime. La volonté de Trump de créer une force de sécurité entre la frontière turque et syrienne composée de 30 000 hommes, visant à empêcher l’expansion de Daesh, dont la moitié devait être à priori composée de milices kurdes (YPG : Unités de Protection du Peuple) qui évoluent dans les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) en est l’illustration mais c’est également cette annonce qui a poussé Erdogan à faire son offensive militaire, voulant « tuer dans l’œuf » cette force frontalière tout en accusant les États-Unis de « constituer une armée terroriste à notre frontière ».

Les forces kurdes ont demandé l’aide de leur allié états-unien, mais comme l’a souligné l’ex-ambassadeur américain en Turquie et en Irak, James F. Jeffrey, « nous avons dit aux Turcs que [l’alliance avec] les Kurdes [était] temporaire, tactique et transactionnelle pour vaincre Daesh […] Maintenant, nous avons besoin d’eux pour contenir l’Iran ». Face à l’hypocrisie impérialiste américaine, les kurdes sont seuls face au massacre qui s’annonce au nom de la sacro-sainte Realpolitik.

En même temps, le gouvernement turc négocie avec les États-Unis le retrait des combattants kurdes de Manbij. Du fait de la présence de l’armée américaine dans cette ville, une offensive turque n’est pas d’actualité. Mais comme le souligne Challenges, le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, « dans une déclaration à la presse avant de s’envoler pour Moscou, il a ajouté que l’armée turque n’hésiterait pas à passer à l’offensive si les discussions n’aboutissent pas ».
Pourtant ce sera très compliqué d’effectuer une offensive dans d’autres territoires contrôlés par les kurdes, au moins sans provoquer un scandale diplomatique avec les États-Unis.

L’impérialisme nord-américain peut laisser tomber, pour le moment, ses alliés kurdes à Afrin mais il ne peut pas se permettre cela dans tout le territoire dominé par les kurdes en Syrie sans quoi il sera grandement affaibli dans la région au dépend de la Russie qui a donné son feu vert à l’offensive turque, tout en restant très discrète par la suite.

L’offensive turque qui peut permettre au régime syrien de reprendre du terrain sur les rebelles voit d’un mauvais œil l’opération militaire d’Ankara. D’autant plus que 10 combattants pro-régime ont été tués par un bombardement turc ce mercredi et la tension entre les deux pourrait s’aggraver.

Une fois encore, les kurdes et les civils ne sont que des pions que l’on peut sacrifier pour les intérêts des impérialistes. Les Forces Démocratiques Syriennes ont accusé mardi la Turquie de se rendre coupable de « nettoyage ethnique » dans le nord de la Syrie. Redur Xelil, responsable des FDS a expliqué à l’agence de presse Reuters que « le gouvernement turc installe des familles turkmènes et arabes dans les villages de la région d’Afrin qu’il occupe après en avoir chassé les habitants (kurdes) et distribué leurs biens aux nouveaux colons ». Si l’on ne peut pas faire confiance aux alliances avec les forces impérialistes qui en dernière instance vendraient père et mère pour leurs intérêts, on peut leur faire confiance pour fermer les yeux sur un énième massacre dont ils sont responsables.




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