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« On veut être considérés comme des victimes et pas des coupables »

Agression à Beaune : les coupables arrêtés et le caractère raciste des faits enfin reconnu

Le 29 juillet dernier, à Beaune, une agression d'une extrême violence a eu lieu, blessant 7 jeunes. Les différents témoignages des victimes ont mis à nu le caractère raciste de l'attaque. Il a fallu cependant plus de 10 jours pour que ce dernier soit retenu et que les jeunes agressés soient considérés, par la justice et les médias, comme des victimes et non comme des coupables.

Crédit Photo : Rassemblement de soutien aux victimes - Thibault Simmonet

Ce vendredi 10 août, alors que se tenait un rassemblement de soutien aux victimes de l’attaque raciste qui a eu lieu le dimanche 29 juillet au soir à Beaune, dans le quartier Saint-Jacques, les deux auteurs de cette attaque ont été arrêtés par la police.
Rappelons les faits. Dimanche soir, après avoir d’abord tenté d’intimider et de foncer sur un groupe de jeunes qui était réunis dans le quartier, tout en proférant des propos racistes : « Bandes de bougnoules, on est chez nous ici. On va revenir calibrés, vous verrez. », ces deux hommes ont mis leurs menaces à exécution, sont revenus quelques heures plus tard, vers 4h30 et ont tiré quatre coups de feu au fusil à chasse, faisant 7 blessés. Dont un blessé grave, qui se trouvait encore à l’hôpital avant hier, lundi 13 août, selon Médiapart (https://www.mediapart.fr/journal/france/130818/apres-l-attaque-raciste-de-beaune-les-habitants-demandent-justice). Son pronostic vital n’est pas en danger mais les séquelles, physiques et psychologiques, sont importantes, comme en témoigne son père : « il est en état de choc. Il fait tout le temps des cauchemars. Il ne peut pas rester tout seul plus d’une heure. Alors on se relaie. Il y a également une psychologue avec lui. ».

Malgré la présence de nombreux témoignages de victimes qui mentionnent les insultes racistes des assaillants, c’est la piste du règlement de compte qui a davantage été privilégiée et mise en avant par le procureur, les enquêteurs et les médias, infligeant de fait une violence supplémentaire à celle déjà subie par les victimes : celle de ne pas être reconnu comme victime mais traité comme des coupables (http://www.revolutionpermanente.fr/Agression-raciste-a-Beaune-quand-l-Etat-transforme-les-victimes-en-voyous), car renvoyé à une présupposée délinquance, qui serait à l’origine de l’agression.

Ce combat que les personnes victimes de racisme mènent pour obtenir justice et être reconnu comme tel, n’est pas un cas isolé mais la règle, d’autant plus pour les jeunes issus de quartiers, qui sont toujours stigmatisés et jugés coupables. Cette injustice, qui s’ajoute à la violence de l’oppression raciste - qu’elle se manifeste dans des cas extrêmes comme lors de cette attaque raciste mais également dans le quotidien (discriminations, harcèlement policiers etc) - a provoqué, légitimement, beaucoup de colère chez les jeunes qui ont été la cible de cette attaque.

Rachid, une des victimes, a ainsi déclaré ceci lors du rassemblement de soutien :
« Comment on en arrive là en France en 2018 ? C’est ça qui nous révolte. Quand des pseudo-musulmans font des attentats, on nous demande à nous tous de réagir. Nous, on ne demande pas une marche blanche dans toute la France. On demande justice, et on demande que ça change. On veut être considérés comme des victimes et pas comme des coupables. On ne demande même pas de l’empathie, mais juste de la solidarité. »

Plusieurs interventions qui ont eu lieu lors de ce rassemblement de soutien ont également dénoncé le traitement médiatique et judiciaire de l’affaire. Ce n’est dés lors qu’après l’arrestation des auteurs de l’attaque, arrêtés dans le Var après plus de douze jours de cavale, que le procureur chargé de l’affaire, Philippe Bas, a enfin reconnu le caractère raciste de l’agression : une agression commise « en raison de l’appartenance à une soi-disant race, religion ou ethnie, réelle ou supposée, injures publiques à caractère racial et, pour le second, tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de la force publique ».

Si, dans le combat qu’ils mènent pour l’obtention de justice depuis leur agressions, les victimes ont obtenu une première « victoire » sur le plan judiciaire, cette affaire vient à nouveau mettre sur le devant de la scène deux réalités criantes, celle de l’accentuation des violences racistes - dans l’indifférence généralisée et dans un climat de banalisation du racisme, de l’islamophobie et des idées des plus réactionnaires – et celle d une justice à deux vitesses.




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