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Politique

On est obligé de pleurer quand un réac’ passe l’arme à droite ?

Ah que nous ne regretterons pas Jean d’Ormesson

Johnny ou Jean d’O. A chacun son mort, ces jours-ci. L’hommage, en revanche, est transpartisan. D’un côté, on salue la mémoire de Jean-Philippe Smet, ce Monsieur-Tout-Le-Monde qui est devenu homme de droite à force de fréquenter le showbiz. De l’autre on rend hommage à Jean d’O, l’homme de droite qui essayait de faire oublier combien il l’était en passant pour Papi-Tout-Le-Monde.

C’est pourtant un bon réac qui a longtemps dominé les colonnes du supplément littéraire du Figaro, fréquenté tout ce qui se faisait comme salon-où-l’on-cause télévisuel ou radiophonique, se présentant systématiquement comme ce vieux monsieur si délicieusement poli qu’on en oubliait presque combien il était réac. Voire qui se faisait pardonner de l’être autant. Une belle opération idéologique de la bourgeoisie bien de chez nous, qui faisait passer en contrebande quelques bonnes vieilles idées rétrogrades avec le sourire inégalable de Jean d’O.

Il se voulait, en effet, l’homme de toutes les contradictions (apparentes) : l’aristo accessible, le bourgeois généreux, l’homme de lettres raffiné mais qui descend dans l’arène médiatique, le directeur du Fig’ littéraire mais qui est capable de faire l’éloge de Mélenchon (qui lui rendait la pareille). Pour Bernard Pivot, autre grand pape de la littérature officielle, d’Ormesson était « un homme de paradoxe. Parce qu’il est de droite mais il était admiré par les gens de gauche, etc. Et lui qui est quand même réactionnaire, il s’est flatté et il a écrit dans au moins 10 livres je crois, que l’un de ses aïeux a voté la mort de Louis XVI. Un motif de gloire, c’est incroyable ».

C’est précisément sous cette insistance à se bâtir une généalogie subversive ou, du moins, intransigeante, que se cache le péché originel de d’Ormesson. Il rappelait, dans des interviews, que son père, très présent dans ses récits, était « ami de Léon Blum », qu’à l’âge de « 15 ans, [il dessinait] des croix de Lorraine sur les murs de Clermont-Ferrand » (lui qui était né le 16 juin 1925 ne pouvait dire les avoir tracées avant même que De Gaulle lance son appel du 18 juin…), et qu’à 19 ans il avait intégré Normale Sup’.

Lorsqu’il recevait des amis dans son appartement de Saint-Martin-D’Hères et qu’il parlait de ses années de jeunesse, en khâgne, à Paris, Pierre Broué, un autre homme de plume (grand, celui-là, en sus d’être un historien majeur du mouvement ouvrier et des processus révolutionnaires dans la première moitié du XX°), se souvenait, effectivement, de ce jeune homme, dans l’internat d’Henri IV, sous l’Occupation. « Nous n’étions plus très nombreux. Ceux qui en avaient eu la possibilité étaient partis, en Zone Libre. Avec ceux qui restaient, nous étions tous avec les communistes, et on militait, on menait des actions. Le seul qui ne faisait rien et buchait son concours, c’était D’Ormesson ».

Avec un tel passé de résistant, pas étonnant que notre Normalien de la promo 44 ait pu être de ceux qui, avec constance, ont nié dans leurs écrits le génocide arménien de 1915 ou le génocide des Tutsis en 1994 comme l’a justement rappelé Albert Herszkowicz dans son dernier article. Pas étonnant non plus que Jean D’Ormesson ait été l’écrivain de droite préféré de Mitterrand, grand porteur de la Francisque devant l’Eternel. Après tout, un pays a les « grands écrivains » et les « grands présidents » qu’il mérite.




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