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Débats

XIe CONFÉRENCE DE LA FT-QI

Anti-utopies et barbarie dans le capitalisme contemporain

Ce texte vient en complément des documents sur la situation internationale et l’orientation, issus de la XIe Conférence de la FT-QI qui s’est tenue à Buenos Aires du 26 février au 3 mars 2018.

La pénurie d’espaces pour l’investissement lucratif, et son corrélat, la croissance accélérée des actifs financiers, permettent de comprendre la charge propagandiste et contradictoire de la série d’« anti-utopies » [ou dystopies] que promet le capitalisme. Alors que l’état de la technique permet de réduire le temps de travail nécessaire à la production des biens existants, la conséquence « naturelle » promise est la condamnation de millions de personnes à devenir des mendiants, faute d’emplois. Si le développement des forces productives a augmenté l’espérance de vie, sa conséquence « naturellement nécessaire » est l’ensemble des réformes visant à augmenter l’âge de la retraite, afin que personne ne puisse prendre du bon temps et profiter pendant des années sans être « productif » pour le capital. Les réformes des retraites autant que celles du travail, ne visent pas à baisser, mais à augmenter le temps de travail, et avec une flexibilité plus grande pour satisfaire les besoins du capital.

Dès lors, en premier lieu, de quelle « fin du travail » parle-t-on, si toutes les « réformes » sont destinées à augmenter heures, jours et années de travail ? Ensuite, quelle est donc la réalité de la menace de cette « fin du travail », quand au même moment les niveaux d’investissement traversent un minimum historique ? Naturellement, pour que la technologie se transforme en force matérielle et pour que le temps de travail nécessaire à la production des biens existants diminue – bien autrement que de la façon réactionnaire dont le capitalisme règle toujours cette question –, une croissance vigoureuse de l’« investissement » productif est nécessaire. Or justement les faiblesses de l’investissement et de la productivité – dont la conséquence est l’augmentation illimitée des marchés financiers – sont les aspects les plus symptomatiques du manque de dynamique de l’économie capitaliste actuelle. Ce faisceau de contradictions permet d’élucider l’intention disciplinaire d’un discours dont l’objectif est d’intimider les travailleurs afin d’augmenter le taux d’exploitation.

Il est pour cette raison fondamental de démontrer que la proposition du « revenu universal » cherche à générer des illusions réformistes autour de miettes que le capitalisme pourrait accorder, et qu’elle est opposée la politique transitoire de réduction du temps de travail (avec un salaire adapté aux besoins des travailleurs et de leurs familles) et de le répartir entre tous les bras disponibles. Le revenu universel constitue un programme opposé à la perspective visant à libérer l’humanité du plus grand volume de travail possible, qui est en dernière instance la perspective du communisme. C’est une discussion clé au regard d’un « marché du travail » mondialement dualisé et divisé en strates multiples, avec des secteurs qui travaillent au-delà du temps réglementaire, et d’autres qui n’arrivent pas à faire des journées de travail complètes, marché que les politiques du capital cherchent à fragmenter tout en augmentant de façon concomitante le chômage structurel. La récente grève d’IG Metall en Allemagne, à laquelle des centaines de milliers de travailleurs ont participé, pour la réduction du temps de travail, a montré qu’il existe un sentiment profondément avancé dans des secteurs importants de la classe ouvrière que nous devons influencer, contre les politiques réactionnaires des patrons et des bureaucraties qui finissent – comme avec IG Metall – par accepter une réduction du temps de travail en échange de réductions de salaire, et d’augmentations des horaires de travail dans d’autres secteurs.

Enfin, et en lien étroit à la pénurie d’investissements, aux tensions croissantes entre les Etats, et à l’importance du développement technologique, le spectre de grandes catastrophes guerrières est chaque jour plus présent – incluant le risque d’accidents catastrophiques. Loin de tout imaginaire réformiste (et pacifiste) dans un proche avenir, le bellicisme comme « nouvelle entreprise » du capital a pris corps aujourd’hui de façon « positive », avec l’augmentation des dépenses militaires, l’accroissement des frictions géopolitiques, mais aussi de la charge symbolique de « l’horloge de l’apocalypse ». En arrière-plan, cela fait quelques années que l’idée de guerre est réapparue chez certains intellectuels plus ou moins « mainstream » – Summers, Krugman, Piketty, entre autres - comme idée négative et comme corrélat du manque d’espoir des capitalistes eux-mêmes dans la possibilité que les nouvelles technologies trouvent un espace pour des investissements lucratifs et donnent lieu à une supposée nouvelle « révolution productive ».

Aujourd’hui la barbarie du capitalisme se manifeste de plus en plus. 8 grands capitalistes concentrent à eux seuls même richesse que 3,6 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale. Un système qui se fonde sur la propriété privée des moyens de production pour soumettre des milliers de millions de travailleurs, où les progrès de la technologie n’apportent pas la libération de l’humanité mais au contraire renforcent ses chaînes, où la prolongation de la vie humaine devient un défaut, où la possibilité de grands bonds dans l’investissement et le développement technologique va de pair avec de grandes catastrophes guerrières… un tel système mérite sans aucun doute de disparaître.

Document sur la situation internationale

Document sur l’orientation de la FT-QI

Accéder à l’ensemble des documents issus de la XIème Conférence de la FT-QI