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"Ils n’ont aucun intérêt pour nous !"

La Poste, Toulouse : le rassemblement interpelle la direction

Publié le 18 novembre 2016

Une trentaine de postiers venant de différents sites de Toulouse et sa périphérie étaient donc rassemblés, déterminés à en découdre avec la direction, afin d’obtenir des réponses concrètes pour stopper la course aux dégradations extrêmes de leurs conditions de travail qui nuisent à leur santé. Leurs revendications sont simples : ils exigent une augmentation considérable du personnel, en plus du remplacement des arrêts maladie (ou pour toute autre raison) et de la titularisation de postes inoccupés, afin de pouvoir se libérer de la surcharge de travail provoquée par des milliers de suppressions de postes de la part de la direction, et cela depuis des années. C’est donc à une véritable casse de ce service que les postiers sont confrontés.

Solange Julien

Ils ont été reçus par le personnel de la direction des ressources humaines, et ont dénoncé des conditions de travail déplorables, causées par une direction qui exige sans cesse des salariés de faire toujours plus mais avec de moins en moins de moyens. Souhaitant réaliser un travail de qualité, les salariés de La Poste s’épuisent à tenir une cadence insupportable, et à faire des heures supplémentaires non rémunérées. Une postière, parlant seulement de son propre secteur, interpelle la DRH : « 14 personnes sont en arrêt maladie aujourdhui, il est déjà arrivé quil y en ait 20 sur une même journée [] pourquoi sont-elles malades ? Parce quelles nen peuvent plus, elles sont fatiguées ».

Une course sans fin où tout le personnel finira épuisé si les conditions de travail ne changent pas radicalement

« La crise sociale que semble découvrir les médias, mais nous on ne la découvre pas, on la vit au quotidien, suppressions demplois, dégradations des conditions de travail, casse du service public postal. Aujourdhui les différentes luttes dans le territoire ont permis douvrir les négociations nationales sur le métier de facteur et de leurs encadrants (depuis le 26 octobre). La CGT a demandé que ces négociations souvrent sur lensemblede La Poste avec un cadrage national notamment surl’emploi [] il manque de lemploi partout, on est à hauteur de 25 % à 30 % de manque demploi, 25 % à 30 % de précarité [] et il faut quon arrive à un accord de Vaugirard* 2 pour « déprécariser » partout et dans tous les services et surtout dans tous les métiers de La Poste.[] Parce que la crise sociale, ce nest pas seulement chez les postiers, mais dans tous les services »,rappelle un porte-parole de la CGT lors d’une prise de parole.

Ils exigent des créations de postes supplémentaires, afin de pouvoir exercer leur travail dans de bonnes conditions. La situation sur le secteur nord de Toulouse reflète bien cette politique de casse du service postal. Une postière de ce secteur interpelle la DRH : « Tous ces postes vacants ne sont pas remplacés, et leur travail est assuré par le personnel présent ». Le manque de postes se traduit par des tournées qui ont perdu leur facteur titulaire, comme c’est souvent le cas sur le secteur nord de Toulouse, et qui est loin d’être un cas isolé, bien au contraire. Ce jeudi 17 novembre, 12 tournées n’ont pas de titulaire, ces facteurs sont alors remplacés par des contrats interim, CDD, CUI trop peu formés (parfois en une journée seulement), dû à un trop important manque de personnel. Les facteurs qui forment les nouveaux arrivants doivent assurer une importante surcharge de travail face à une direction qui ne bouge pas le petit doigt pour combler toutes ces « chaises vides »(terme qu’elle utilise devant les salariés pour parler des nombreux postes vacants).

Tout le personnel essaie d’assurer un service humainement impossible à réaliser, à moins de s’épuiser. Ce n’est pas le seul service qui subit le manque d’effectif, mais bien La Poste sur tous les niveaux qui s’écroule, comme en témoigne ce postier, et porte-parole de la CGT : « Les personnelsdes guichets doivent sacheter des bas de contention parce quils en ont marre de rester debout, parce quaujourdhui on les incite à faire que de laccueil et amener les gens aux automates ». Chantal, postière, se confie : « ils nont aucun intérêt pour nous, on est appelé « chaise ». Les jeunes, on leur en fait voir de toutes les couleurs, ils ont du cran de rester, mais cest surtout parce quils ont des factures à payer ». Un postier a également questionné un responsable de la DRH sur le code du travail et sur ce qu’il pense du fait d’être payé 35 heures pour 48h de travail, il n’obtiendra finalement aucune réponse face à une direction qui fait la sourde oreille.

« On continue la lutte et on continue à mobiliser les salariés »


Aujourd’hui l’enjeu est donc de mobiliser tous les salariés de La Poste, dans un front large regroupant les salariés de tous le syndicats et les non syndiqués, seule condition pour faire front contre une direction qui n’entend rien et qui maltraite ses salariés en détruisant l’ensemble de ce service. « Les salariés doivent se bouger, se sentir concernés, quils se mobilisent pour lutter pour leurs conditions de travail, et quils arrêtent de travailler gratuitement ! ».

Toutes et tous, nous subissons, isolés, la loi du capitalisme imposée de force par un patronat bien organisé, qui plus est avec l’aval du gouvernement. À notre tour de nous rassembler, de nous organiser et de lutter pour nos conditions de vie. Comme le rappelle un postier,s’adressant à la direction : « Arrêtez de nous mentir et de nous dire que vous faites tout cela pour notre bien, pour notre bonheur. Laissez-nous décider de ce qui est bien pour notre bonheur. »

*Accord de Vaugirard (2005) : accord qui consistait à réduire la précarité des salariés de La Poste en changeant les temps partiels en temps plein, et les CDD en CDI.