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Monde

Mourir au travail

Au Japon, la réforme pousse l’âge de départ à la retraite des fonctionnaires à… 80 ans !

Au Japon, l’âge de la retraite fixé initialement à 70 ans vient d’être étendue à 10 années de plus pour les travailleurs de la fonction publique. Le premier ministre Shinzo Abe, entend bien pousser aussi loin que possible sa politique ultralibérale en faisant travailler les fonctionnaires jusqu’à un âge extrêmement avancé. Mettre une croix sur sa retraite ou mourir au travail pourrait ne plus être une exception mais bel et bien la règle désormais pour les fonctionnaires japonais.

Le Japon, en raison d’un très faible taux de natalité, peine à recruter une nouvel main d’œuvre. En effet, « plus d’un quart des japonais ont plus de 65 ans » rapporte France Info. Afin de tenter de combler le déficit monstrueux des caisses de retraites, l’âge de départ est ainsi reporté dans un premier temps pour les volontaires à l’âge de 80 ans. S’il ne s’agit pas de la totale suppression de la retraite, on comprend vite que les travailleurs japonais ne risquent pas de beaucoup en profiter dans la mesure où l’espérance de vie est de 83 ans dans l’archipel.

Pourtant au Japon, déjà une personne sur cinq reste active à plus de 65 ans. « Non par choix mais parce que 19 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté quand la moyenne des retraités touchent seulement 6 100 euros annuels de pension » rapporte l’humanité. Pour le premier ministre Shinzo Abe, «  il est important de forger une société où les gens de toutes les générations peuvent participer largement et activement » annonçant ainsi la volonté du gouvernement de créer « une société sans âge où les gens de toutes les générations peuvent être actifs ». Le Parti communiste Japonais quant à lui, plaide pour la mise en place d’un système de retraite à garantie minimale, mais peine à se faire entendre. En allongeant un maximum l’âge de la retraite, le gouvernement espère non seulement désengorger un système de retraite au bord de l’explosion mais aussi employer des travailleurs expérimentés à moindre coût. En effet passé 60 ans, les travailleurs sont payés environ 30 % de moins par rapport à leur rémunération la plus élevée de leur carrière. Ainsi selon l’Humanité, « les salariés en fin de carrière ont par ailleurs rejoint la cohorte des travailleurs intérimaires qui servent de variable d’ajustement au patronat » ; On les retrouve ainsi « postulant à la décontamination de la province de Fukushima ou effectuer des heures de ménage dans les bureaux ou encore du gardiennage ».

Ironie dans un pays où, l’empereur Akihito, souffrant et âgé de 83 ans a bénéficié d’une loi exceptionnelle lui permettant de se retirer de ses fonctions. Les travailleurs quant à eux voient la durée de travail s’allonger. Si le phénomène du Karoshi (mort par épuisement au travail) est décrié au Japon, on peut être sûr que cette mesure va encore l’aggraver. Avec une population en constante chute (moins 40 millions de personnes d’ici 2065 selon les prévisions), le Japon risque de se retrouver en pénurie de force de travail. Signe de son orientation conservatrice, le gouvernement a préféré miser sur un allongement extrême de la durée de travail plutôt que de recourir à l’immigration ou à favoriser le travail des femmes.

crédit photo Toru Yamanaka/AFP




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