Jeunesse

Témoignage d’un étudiant précaire

Aujourd’hui, je me suis fait contrôler par la RATP

Publié le 26 octobre 2016

Nous relayons ci-dessous le témoignage d’un étudiant précaire, verbalisé 110 euros pour avoir fraudé dans les transports en commun. Ayant 400 euros par mois pour vivre, en attente de remboursement de frais d’inscription et de la régularisation de son pass Navigo, les contrôleurs ont pourtant choisi de faire monter les frais.

Aujourd’hui, je viens de me faire voler 110 €, soit plus d’un quart de mon loyer. Je suis un jeune étudiant travaillant dans un restaurant pour payer mon loyer et ma bouffe. Avec les jobs sous-payés habituels, j’avais déjà du mal à joindre les deux bouts et la galère quotidienne m’est devenue familière.

Aujourd’hui, pour partir travailler, je prends le métro et maudis la RATP quand un contrôleur sans badge ni uniforme vient me demander de le suivre, car j’ai sauté le portique, mes problèmes d’inscription à la fac m’empêchant pour l’instant de souscrire à un nouvel abonnement Navigo.

Verdict : 50 € à payer immédiatement ou 110 € plus tard. Je suis stupéfait. Ces sommes sont énormes pour mon quotidien précaire. J’enrage de voir une institution me racketter légalement une somme aussi folle !

Bref, je préfère bien sûr régler sur place mais, n’ayant pas de liquide sur moi, je leur propose de garder ma pièce d’identité le temps d’un aller-retour à la banque. On me dit qu’ils vont plutôt me rédiger un PV à l’avance, qu’ils annuleront si je reviens avec les fameux 50 €.
Très bien. Me voilà parti à courir jusqu’à la banque la plus proche et, à mon retour, je ne les trouve pas. Je cherche partout dans la station avant de demander à une agente si elle les a aperçus.

Après vérification, elle m’indique qu’ils sont partis, qu’ils m’ont attendu et que j’ai mis trop de temps. Je blêmis en vérifiant l’heure : cela fait moins de 10 minutes que je me suis fait contrôler…

Expliquant à l’agente accueil que je ne suis pas en mesure de payer leur amende exagérée, que je viens de subir une procédure malhonnête, que facturer 60 € de frais de dossier est absurde, elle me répond que c’est de ma faute. Que « nous » (les fraudeurs ? les jeunes ? les précaires ?) sommes responsables des hausses des prix, que l’on vole de l’argent en sautant un tourniquet. Et pas l’argent de la RATP, qui s’en met plein les poches, mais bien l’argent des honnêtes voyageurs en règle. Je ris de cette grosse plaisanterie et de cette tendance sociale consistant à culpabiliser les pauvres d’être pauvres (en l’occurrence, de ne pouvoir payer 2 € le ticket en attendant de voir mon pass régularisé)… Je ris pour éviter d’exploser, et pour éloigner cette pensée : qu’est-ce qu’il va me rester à manger à la fin du mois ?

Je pense à tout ce temps que j’ai perdu et me voilà en retard au taf, m’excusant par texto à mon patron qui me répond par quelques phrases incendiaires…