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Politique

Remaniement

Bayrou et de Sarnez démissionnent du gouvernement : bye-bye le Modem

Les défections se multiplient au sein du gouvernement Macron. Avant-hier Richard Ferrand quittait le gouvernement pour rejoindre l’assemblée, hier Sylvie Goulard rendait sa lettre de démission et ce matin, ce sont François Bayrou et Marielle de Sarnez qui ont quitté ensemble le navire. Ce soir le remaniement ministériel se fera donc… sans le Modem.

Crédit photo Geoffroy Van Der Hasselt. AFP

Sylvie Goulard a donc bel et bien entrainé les autres ministres Modem dans sa chute. François Bayrou, garde des sceaux actuel et leader du Modem, jouait un numéro d’équilibriste depuis l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « abus de confiance et recel de ce délit », sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants du MoDem au Parlement européen. De plus, malgré la victoire de l’alliance REM-MoDem aux législatives, les rapports en coulisse avec le gouvernement LREM n’étaient pas au beau fixe ces derniers temps.

Cela a commencé au moment des législatives. Puis, après la vague bleu-Macron, Edouard Philippe s’est trouvé obligé de recadrer François Bayrou au sujet d’un coup de fil à Radio France pour faire passer sous silence un reportage concernant les finances de son mouvement. Une attitude qui a déplu à l’exécutif, pour qui Bayrou est devenu depuis la victoire de LREM aux législatives… un boulet.

Edouard Philippe et Emmanuel Macron seraient-ils soulagés de se débarrasser de ses alliés centristes dont ils peuvent désormais se passer, et qui sont empêtrés dans des affaires ? Ce matin, invité de la matinale d’Europe 1, le porte parole du gouvernement Christophe Castaner n’a en tout cas pas caché son soulagement : « Je ne vais pas être langue de bois, ça simplifie la situation ».

Si le départ de Ferrand et la dernière affaire qui touche Muriel Pénicaud, apparaissent comme dérangeants car susceptibles de fragiliser le gouvernement, les cas des ministres Modem semblent être plutôt l’occasion de se débarrasser des ministres peu précieux voire devenus indésirables.

La situation était devenue compliquée pour le ministre de la justice. Le défenseur et porteur de ce qui doit être la première grande réforme du quinquennat sur la « moralisation de la vie politique », s’est retrouvé dans le même temps, en tant que « patron du Modem », visé par l’enquête préliminaire dans l’affaire des assistants des eurodéputés MoDem au Parlement européen. Après que le gouvernement ait réussi à régler le problème de Richard Ferrand en l’incitant à quitter son poste de ministre, le cas du ministre de la justice et des ministres Modem reste à régler.

Sylvie Goulard a ouvert la danse. Elle a hier renoncé à son poste pour pouvoir « démontrer [sa] bonne foi librement » au sujet de sa mise en cause dans le cas des affaires d’emplois fictifs qui touchent le Modem. Une démission certainement sous pression dont le pari était qu’elle entraine derrière elle Bayrou et De Sarnez. Pari réussi.

Depuis le départ de Goulard, les messages des députés macronistes étaient clairs et allaient dans le sens de pousser les deux autres à rendre les armes. « La décision de Sylvie Goulard est digne d’une femme d’État. Les autres devront prendre leurs responsabilités », exprimait ainsi mardi un député de la majorité. 

Si Bayrou se sentait encore confiant mardi, recevant encore le soutien total et la « complète solidarité » du gouvernement, Marielle de Sarnez, en revanche, avait déjà annoncé qu’elle pourrait quitter le gouvernement et était prête à partir. Elle attendait néanmoins le feu vert de Bayrou pour ne pas l’isoler. La ministre des affaires étrangères sait déjà où elle pourra se placer une fois sa démission rendue. Le MoDem étant désormais à la tête d’un groupe de 42 députés, Marielle de Sarnez est pressentie pour prendre la tête du groupe centriste à l’Assemblée.

Pour François Bayrou, indécis jusqu’à aujourd’hui, la décision s’est prise ce matin alors que le renouvellement ministériel doit être annoncé en fin de journée. Une exfiltration importante pour Macron, qui devait trancher rapidement pour ne pas laisser les partis d’opposition rentrer dans la brèche : après les élections législatives, ne pas laisser grandir les attaques à l’encontre de son gouvernement touché par des affaires de corruption.

Cette vague de démission pose plusieurs questions à un exécutif qui se demande si Bayrou et le Modem seront plus nocifs à l’intérieur ou à l’extérieur du gouvernement. Avec 308 députés LREM siégeant à l’Assemblée, le président de la République, table sur le fait qu’il peut se passer de ses alliés centristes qui disposent de 42 députés fraîchement élus et pourront se constituer en opposition.

Le remaniement de ce soir prend donc une toute autre tournure. Qui seront les nouvelles recrues ? Le visage de la nouvelle équipe sera connu ce soir à 18h. Mais, Macron est loin de s’être débarrassé de toutes les affaires de corruption. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud est mise en cause dans une affaire de favoritisme impliquant Business France, dont elle était présidente à l’époque, et Havas, un grand groupe de communication chargé d’organiser une soirée de rencontre entre Emmanuel Macron et des patrons français à Las Vegas en janvier 2016. Si Macron a fait le choix de garder celle qui est la grande architecte de la Loi Travail 2, cette affaire sera à suivre de près, car potentiellement explosive le nouveau gouvernement.




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