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Politique

La trahison ne passe pas

Berger remis en cause ? La CFDT Métallurgie veut un appel national de mobilisation

Après Mailly, serait-ce au tour de Berger ? Alors que le secrétaire national de Force Ouvrière doit faire face à une fronde interne face à sa politique d’accompagnement du gouvernement, le patron de la CFDT a lui aussi été interpellé pour mobiliser les troupes par la fédération métallurgie de sa centrale. Un changement qualitatif important par rapport à 2016.

Pression sur la gauche pour Laurent Berger

Avec plus de 50 unions départementales et 8 fédérations appelant au 12 septembre, Jean-Claude Mailly, secrétaire national de Force Ouvrière, avait vu sa position de collaboration avec le gouvernement largement remise en cause, et ce dès le début de la mobilisation. Une bonne nouvelle, tant la position de la confédération FO affaiblissait l’arc de force de résistance face aux attaques contre le code du travail du tandem Macron-Philippe. Si Mailly reste aujourd’hui encore hors du cadre intersyndical, cette fronde ouverte au sein de FO a ouvert la brèche pour construire la première date de mobilisation contre les ordonnances, mais aussi à une remise en cause de la ligne de trahison adoptée par le secrétaire national depuis l’été.

Lors des défilés du 12, nous avons pu constater la présence de drapeaux CFDT dans les cortèges, à l’instar de la mobilisation contre la loi travail de 2016. Toutefois, le manque d’interpellation claire de la part de fédérations importantes à l’époque n’avait pas permis de réellement ébranler la position de Laurent Berger. En ce sens, la prise de position de la FGMM (Fédération métallurgie) de la CFDT est une donnée nouvelle et positive, car le texte publié exhorte clairement le patron de la centrale syndicale à mobiliser les troupes. « C’est ce choix [celui de ne pas appeler à la mobilisation NDLR] qui a occasionné la colère de nombreux militants qui, appartenant à la première organisation syndicale du privé, s’attendaient à une réaction bien plus forte de la CFDT […] Ce qu’attendent les militants, relayés massivement par l’expression des membres du bureau fédéral, c’est un appel national à manifester de la part de la CFDT » explique ainsi le bureau fédéral de la FGMM, tout affichant leur soutien à « l’ensemble des syndicats de la métallurgie dans leur choix d’action, exprimant (leur) mécontentement ».

Il est incontestable que cette prise de position d’une fédération entière exerce une forte pression sur la gauche à Laurent Berger. En 2016, le patron de la CFDT n’avait pas hésité à réprimer, par l’expulsion pure et simple, les voix contestataires (et isolées) de la centrale. On voit ici que la situation est radicalement différente. Reste à savoir si, à l’instar de FO, d’autres fédérations et unions départementales s’inscriront dans cette démarche d’interpellation, permettant dans les faits une véritable convergence des forces dans la rue.

La fédération métallurgie, un secteur de poids au sein de la CFDT

La FGMM est, selon les chiffres de 2015, la quatrième fédération de la CFDT. C’est ainsi que 9,6 % des membres de la CFDT sont des travailleurs de la métallurgie. En terme purement quantitatif, la FGMM est donc un secteur de poids de la confédération. Mais au-delà de cet aspect, la fédération de la métallurgie regroupe en son sein les travailleurs de l’automobile ou bien encore de l’aéronautique. En d’autres termes, des secteurs clé de l’économie française. En ce sens, et alors que l’UD CGT du Nord, fortement implanté dans la métallurgie, appelle à la grève reconductible dès le 21 septembre, la prise de position de la FGMM en faveur de la mobilisation est non seulement positive, mais est aussi un élément extrêmement qualitatif dans l’optique de la construction d’un rapport de force à même de faire plier le gouvernement Macron.

source : cfdt.fr

Une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron ?

En soi, le fait qu’une nouvelle fédération appelle à la mobilisation est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron, dans le sillage des sondages révélant qu’une majorité des Français sont opposés aux ordonnances. Mais au-delà de ce fait, l’interpellation de Laurent Berger et la pression sur la gauche exercée au sein de la CFDT fragilise directement l’exécutif.

En effet, et alors que le pouvoir macronien s’appuie sur un bloc social faible, excluant les classes populaires, les bureaucraties syndicales jouent un important rôle de caution de gauche permettant la mise en place des réformes prévues. Bien sûr, ni Mailly, ni Berger n’ont pour l’heure lâché le gouvernement. Mais il est clair que les contestations internes à la CFDT et à FO contre les politiques de trahison des travailleurs fragilisent ce pilier gauche censé apporter une certaine stabilité à Emmanuel Macron.

Enfin, l’interpellation de la CFDT Métallurgie témoigne d’une réelle volonté d’entrer dans la bataille rapidement, et de rejoindre le mouvement interprofessionnel en cours. En d’autres termes, et même si elle est encore à construire, les velléités de convergence entre les différents secteurs du monde du travail sont réelles et pressantes. Ces derniers jours, de nombreuses dates de mobilisation ont essaimé, éclatées entre les organisations syndicales et les branches. De plus, la jeunesse étudiante, véritable moteur de la mobilisation de 2016, va dans les jours à venir retrouver les campus. Alors que les facs étaient fermées, des cortèges jeunes ont été visibles dans les manifestations et l’une des premières assemblées générales étudiantes, à Rouen, a rassemblée pas moins de 600 personnes. Des éléments qui permettent de penser que le scénario d’une convergence travailleurs/étudiants est plausible, ce qui, combiné aux velléités affichées de grève, pourrait faire basculer le rapport de force en notre faveur.




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