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Notre classe

« On ne vient pas se suicider sur son lieu de travail pour rien »

CHU de Grenoble : suicide d’un neurochirurgien

Un jeune neurochirurgien de 36 ans s’est suicidé au CHU de Grenoble. Son corps, retrouvé au matin, était accompagné d’une lettre et d’une seringue médicamenteuse. Une vie de plus broyée, qu’on ne peut détacher de la vague de suicide qui accompagne l’hôpital public français depuis plusieurs années.

L’Hopital Michallon a été touché par la mort tragique d’un jeune neurochirurgien dans ses blocs opératoires dans la nuit du mercredi au jeudi dernier. Si la thèse avancée par plusieurs médias serait celle d’un suicide dû à des raisons « personnelles », elle en fait douter plus d’un. Comme le rapporte notamment le journal Le Parisien, un proche s’interroge : « On ne vient pas se suicider sur son lieu de travail pour rien. Or, le bloc opératoire est emblématique de la souffrance de beaucoup d’entre nous. Il y a plusieurs mois, il a été réorganisé, avec des modifications d’horaires et l’impression que l’argent prime sur tout. Cela a même entraîné des grèves. Depuis, beaucoup sont à bout », nous confie ce médecin. « Ces derniers mois, Laurent était éreinté, crevé par ses gardes à répétition. Il avait beaucoup maigri. A certains, il avait parlé de son inquiétude, de son souci pour l’avenir de la neurochirurgie au CHU », reprend le soignant, notant « qu’ici, on oscille donc entre tristesse, colère et inquiétude pour l’avenir ». Un malaise à l’hôpital qui n’a rien de nouveau et qui n’est pas sans rappeler la multiplication des suicides en son sein. Cette année avait vu naître différents collectifs comme « Santé 2017 » qui appelaient à comprendre l’urgence de la situation de ce service public et le mal être des travailleurs hospitaliers de toutes catégories face aux réorganisations froides à coup de coupes budgétaires et d’augmentation effrénée des cadences de travail, le tout avec de moins en moins d’hospitaliers. En somme une volonté par l’Etat de rentabilisation de l’hôpital public dont l’impact ne fait que se ressentir un peu plus chaque jour sur ses employés.

La direction du CHU, qui préfère de son côté rester silencieuse et qui a lancé une cellule psychologique en interne semble être déjà impliquée dans des cas de maltraitance de ses employés. En effet, « Ce drame s’ajoute à la trop longue liste de suicides ou tentatives touchant les agents de l’hôpital public », explique l’association de lutte contre la maltraitance Jean-Louis Mégnien, du nom du cardiologue qui s’est défenestré le 17 décembre 2015 depuis son bureau à l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris (XVe).

Encore une fois le Parisien nous relève les mots du professeur Philippe Halimi, le président de l’association, qui doit se rendre lundi au CHU de Grenoble. « Nous y avons cinq dossiers de médecins maltraités par leur hiérarchie, dont trois que nous avons transmis au médiateur national. Le neurochirurgien ne faisait pas partie des personnes signalées. Mais il y a visiblement des problèmes à Grenoble.
D’où l’importance de faire toute la lumière », nous explique-t-il. Une enquête a été mise en place pour clarifier les raisons de sa mort, tandis qu’une réunion du comité d’hygiène, sécurité et des conditions de travail (dont l’existence a d’ailleurs déjà été mise en question dans les sphères du ministère du travail) se tiendra vendredi matin.




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