Politique

Interdiction des manifestations au nom de l’état d’urgence

COP 21. Des manifestations dans le monde entier… sauf à Paris ? Un comble !

Publié le 19 novembre 2015

Claire Manor

Le gouvernement a décidé, mercredi 18 novembre, d’interdire la grande manifestation qui devait se tenir à Paris, le 29 novembre, veille de l’ouverture de la Conférence des Nations-Unies sur le climat, et les mobilisations prévues le 12 décembre un peu partout en France. Sous couvert de l’état d’urgence qu’ils justifient par les attentats du 13 novembre, Hollande et Valls taillent à grands coups de serpe dans les libertés fondamentales, et notamment celle de manifester.

Une interdiction qui se prétend « protectrice »

« La situation créée par les attentats odieux du 13 novembre et les investigations menées depuis imposent que les conditions de sécurité soient renforcées » déclare le communiqué publié par le ministère des affaires étrangères. Et de poursuivre : « afin d’éviter tout risque supplémentaire, le gouvernement a décidé de ne pas autoriser les marches pour le climat prévues sur la voie publique à Paris et dans d’autres villes de France les 29 novembre et 12 décembre ». CQFD !

On peut trouver paradoxal que nos gouvernants, qui semblent si soucieux de prévenir tout danger pour leurs « compatriotes » dans les trois mois à venir, se montrent si légers sur les risques qu’eux-mêmes et tous les représentants patentés du capitalisme mondial, rassemblés sous la bannière de l’ONU, ne manqueront pas de continuer à faire courir à l’ensemble de la planète, et pour longtemps.

Il est vrai que les contraintes écologiques, même minimales, pèsent encore trop lourd aux yeux des tenants du néo-libéralisme. Ils ne tolèrent aucun frein au pillage des ressources et de l’énergie, et à l’exploitation débridée des travailleurs dont ils se nourrissent. Les décisions de la COP21 ne seront évidemment pas affranchies des visées impérialistes dont les attentats, pour odieux qu’ils soient, ne sont qu’un effet boomerang. Nul ne doute que dans le contexte d’Hallali généralisé, cette rencontre au sommet ne prenne des allures de coalition.

Une décision à double tranchant

Cette décision d’interdiction de la manifestation en faveur du climat n’était cependant pas sans risques pour Hollande. Il sait d’ores et déjà que les flonflons et le numéro de leadership onusien dont il escomptait se glorifier dans cette retentissante occasion seront revus à la baisse. De son côté, l’effet « Charlie » ne marche pas vraiment cette fois-ci et la résistance s’annonce sur sa gauche avec le maintien, malgré l’interdiction, de la manifestation du dimanche 22 novembre contre le racisme, la guerre et l’état d’urgence.

C’est la raison pour laquelle, Hollande et Valls n’ont pas immédiatement tranché à propos de la marche du 29 novembre et des manifestations de clôture prévues pour le 12 décembre. Des solutions de compromis, notamment la tenue de rassemblements dans des lieux fermés, ont été envisagées aussi bien par le gouvernement désireux de ménager de potentiels alliés politiques dans les rangs écologistes, que par les organisations sensibles aux arguments de sécurité. Mais le gouvernement, embarqué dans la surenchère sécuritaire des dernières heures, a finalement fermé la porte aux négociations et décidé l’interdiction.

Il est « urgent » de maintenir les manifestations

Quand bien même les enjeux seraient moindres, la défense de la liberté d’expression et de manifestation ne se négocierait pas. Mais de fait, face aux ravages actuels et aux menaces futures, les décisions qui vont se prendre, ou plutôt ne pas se prendre, à la COP21 représentent un risque majeur.

Sur les dix mois les plus chauds enregistrés depuis 1880, sept appartiennent à l’année 2015, selon l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA). Un nouveau record mondial d’émissions de gaz à effet de serre a été atteint en 2014. Pourtant, la COP21 va entériner des décisions qui conduisent à une augmentation de plus de 10 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, planifiant un nouveau record pour chaque année pendant quinze ans.

A minima, il s’agit d’un réchauffement climatique supérieur à 3°C avec le cortège de catastrophes que l’on sait. Manifester le 29 novembre n’est donc pas seulement un acte de liberté mais également un acte de légitime défense. La COP 21, avec les lobbies pétroliers et de la biotechnologie agricole, type Monsanto, parties prenantes des négociations, n’est rien d’autre qu’une mascarade de plus sous étiquette d’un capitalisme "vert" destructeur de notre environnement. Loin de mettre un éteignoir sur la pression de la rue, la décision d’interdire les manifestations prévues en marge de la COP 21 risque d’attiser les braises. Nous ne pouvons que « regretter qu’aucune alternative n’ait été trouvée pour permettre nos mobilisations » déclare la Coalition Climat 21, rappelant que des milliers d’initiatives seront organisées aux quatre coins de la planète les 28 et 29 novembre, ainsi que tout au long de la COP21.