Monde

Royaume Uni et Union Européenne

Cameron fait pression sur Bruxelles pour éviter le « Brexit »

Publié le 17 février 2016

Cameron est arrivé ce mardi à Bruxelles, après une tournée d’une semaine dans différents pays européens. Il cherche un accord pour éviter le « Brexit », c’est-à-dire la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne.

Josefina L. Martinez

Qu’est-ce que le Brexit ?

Depuis un an, l’Europe parlait seulement de « Grexit », une nouvelle expression qui faisait référence au danger de sortie (« exit ») de la Grèce de l’UE, résultat du non-paiement de la dette ou d’une faillite bancaire. Aujourd’hui il s’agit de « Brexit », la possibilité que la Grande Bretagne abandonne l’UE après un référendum.

Le principal promoteur du Brexit au Royaume-Uni est l’UKIP, le parti eurosceptique et xénophobe qui avait obtenu 4 millions de voix aux élections de mai 2015, et un siège au Parlement. Lors de ces élections, Cameron s’était engagé à convoquer un referendum en 2017. La date retenue pourrait être autour du 23 juin 2016 si Cameron arrive à obtenir un accord pour « flexibiliser » les conditions d’appartenance à l’UE. Dans ce cas, il pourra convoquer le referendum et appeler à voter pour le « oui » au maintien du Royaume-uni à l’UE.

Durant sa tournée européenne, Cameron s’est entretenu ce mardi à Bruxelles avec le président du parlement européen, Martin Schulz. Lundi il avait déjà rencontré Français Hollande à Paris et Angela Merkel le vendredi d’avant à Berlin. L’objectif du premier ministre est de négocier un accord avec les chefs d’Etats et des gouvernements Européens avant le sommet européen qui se tiendra jeudi 18 et vendredi 19 février à Bruxelles.

A Bruxelles, le premier ministre s’est pris quelque peu la douche froide, pensant que le Parlement lui donnerait toutes les garanties d’un possible accord. Il comptait sur cette réponse positive, mais il devra de toute façon organiser ce referendum et si le « oui » l’emporte, le Parlement discutera des conditions d’application, et non l’inverse.

Ce qu’ils négocient, c’est la réduction des droits sociaux des travailleurs de la « communauté »

Une des principales mesures que Cameron veut obtenir des membres de l’UE est un changement dans la législation communautaire qui limiterait fortement les droits des travailleurs communautaires travaillant au Royaume-Uni. L’accord permettrait de limiter les aides sociales de ses ressortissants qui vivent hors du Royaume-Uni et d’envisager un mécanisme « d’urgence » pour couper toutes les aides sociales aux migrants communautaires, au cas où il y aurait une arrivée massive de travailleurs d’autres pays de l’UE. Mécanisme dont les critères d’application renverraient au bon vouloir des autorités britanniques, et qui permettrait de réduire les droits des travailleurs européens sur le sol Britannique, une des principales cibles des attaques des eurosceptiques.

Cette demande xénophobe illustre un saut supplémentaire de la crise de l’UE, la restriction des droits ne s’appliquant pas seulement contre les migrants mais aussi contre les ressortissants des pays membres de l’UE. Le président du Conseil européen Donald Tusk, avait envoyé une lettre aux 28 pays membres de l’UE début février, proposant d’accepter les termes de l’accord, en tentant de restreindre au Royaume-Uni l’application « d’exceptions ».

Cependant, la proposition de Tusk et de Cameron alerte les autres membres de l’UE comme les pays du bloc de l’est, qui sont principalement visés par les mesures alors que beaucoup de travailleurs migrants au Royaume-Uni sont originaires de ces pays. Les dirigeants de Pologne, Hongrie, Slovaquie et république Tchèque se sont réunis cette semaine afin d’avoir une position commune face à l’accord. Dans ces pays, qui appliquent des mesures très dures conte les milliers d’immigrants et réfugiés qui continuent d’arriver de Syrie ou d’Afrique, les tendances xénophobes et racistes se sont fortement développées.

Bruxelles tente donc à tout prix de retenir le Royaume-Uni à l’intérieur de l’UE, mais en même temps, veut éviter que cet accord « d’exceptions » soit la voie pour d’autres pays d’obtenir des exigences similaires, ce qui accélérerait la fragmentation de l’UE.

Une fois ratifié ces jeudi et vendredi l’accord qu’il veut obtenir, Cameron devra combattre non seulement la position d’UKIP mais aussi les secteurs eurosceptiques dans son propre parti, qui se sont déjà prononcés pour le « non » dans cette possible campagne du referendum. Selon une enquête de YouGov réalisée le 3 et 4 février 2016, à la question : « la Royaume-Uni devrait-il rester membre de l’Union Européenne ou en sortir ? », 45% des personnes interrogées ont en effet répondu qu’il faut en sortir, contre 36% souhaitant le maintien.

La survie de l’UE impérialiste ou sa rupture vers un repli souverainiste et un projet impérialiste national ne sont en aucun cas une sortie pour les travailleurs Britanniques ni pour ceux du reste de l’UE. La nécessité d’une sortie internationaliste et l’union des travailleurs et des peuples contre l’Europe du Capital est plus nécessaire que jamais.

Traduction : Elise Duvel