Notre classe

Chronique de l’absurdité capitaliste

Carrefour : licenciée pour avoir accepté des sandwichs périmés...

Publié le 16 juin 2016

Anne, employée de Mondial Protection dans un Carrefour proche de Marseille, a eu le malheur d’accepter des sandwichs destinés à la poubelle pour nourrir ses deux enfants. Carrefour, qui considère que survivre est avant tout un « vol » a cherché à tout prix à maintenir Anne dans la précarité en tentant de lui faire perdre son emploi. Cependant, l’histoire d’Anne et de sa mise à pied a vite circulé : la pression médiatique autour de ce cas honteux faisant reculer Carrefour, qui l’a réintégrée.

Arthur Nicola

C’est le scénario ou presque du film La Loi du Marché de Stéphane Brizé : une femme dont le mari est mort et qui doit nourrir deux enfants accepte de la nourriture destinée à la poubelle par l’employé chargé du distributeur de sandwich du personnel d’un Carrefour. Sachant qu’elle ne peut accepter ceci sur son lieu de travail, elle prête ses clés à l’employé avec qui elle avait sympathisé depuis deux ans, mais celui ci est arrêté par les employés du magasin. Conduite au PC Sécurité, elle est accusée de vol et sommée de rentrer chez elle.

Aux responsables de la sécurité, elle explique : « si vous ne savez pas ce que c’est de ne même pas avoir 50 centimes pour une baguette de pain, ben moi je sais ». La loi du marché, c’est marche ou crève : dans un système qui préfère jeter à la poubelle des sandwichs périmés plutôt que nourrir une famille précaire, Carrefour pousse Mondial Protection à virer la vigile : Anne reçoit quelques jours après un courrier signifiant sa « mise à pied conservatoire » la convoquant à un entretien préalable au licenciement.

L’histoire aurait pu s’arrêter là et finir sur un licenciement, un licenciement pour « trois fois rien » qui pend au nez de millions de salariés. Cependant, alors que la mobilisation contre la Loi Travail se poursuit et que divers médias ont ébruité l’affaire, Carrefour a du faire marche arrière : après avoir demandé son renvoi du site, la direction se dit maintenant « très sensible à la situation d’Anne ». Dans une hypocrisie qui reflète bien la violence du capitalisme, Carrefour comme Mondial Protection ont décidé de réintégrer Anne dans leur équipe. Ceux qui veulent nous enfermer dans une précarité constante utilisent pour faire cela l’arme du silence, du non-dit : souffrir en silence, c’est accepter leur société. Souligner tout haut la violence de leur système, de leur « loi du marché » ne peut que nous renforcer dans la conviction qu’il faut les mettre à bas.