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Jeunesse

« Il faut instaurer la sélection sans faire de vagues »

Ce que les « MacronLeaks » disent de la vision macroniste de l’éducation

Les « Macron Leaks », sortis deux jours avant le dernier tour des élections présidentielles, avaient fait assez peu de bruit. Il se pourrait pourtant qu’à mesure que l’on avance dans le quinquennat Macron ces documents prennent un intérêt nouveau.

Crédits photo : afp.com/Thibault Camus

C’est le cas de la contribution de Robert Gary-Bobo, professeur d’économie à l’ENSAE, et signataire d’une tribune de soutien co-rédigée par des économistes, à Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Ce texte de 10 pages d’un soutien d’En Marche, contient un certain nombre de remarques qui éclairent d’une lumière particulière les réformes de l’enseignement supérieur et confirment les intuitions des militants concernant leurs objectifs.

Pour régler le problème du financement, l’économiste n’y va pas par quatre chemins. Le budget de l’État étant trop faible pour permettre d’investir, la solution réside dans l’augmentation des droits d’inscription. Mais comment rendre solvables les étudiants ne pouvant s’acquitter de ces frais ? Il suffit selon lui de développer les crédits pour les étudiants avec l’aide des grandes banques commerciales. En lisant ces lignes on croit halluciner, en se rappelant des chiffres de l’endettement étudiant dans les pays anglo-saxons qui ont mis en place depuis longtemps une telle politique .

Après avoir égrené d’autres mesures visant à rapprocher l’enseignement supérieur du modèle des universités publiques américains, l’économiste se fait grave : « il faut instaurer la sélection sans faire de vagues ». Par le développement de nouvelles formations « bachelors » payantes à côté des anciennes licences gratuites, l’université pourra effectuer sa mue progressivement, et ainsi éviter la contestation étudiantes dont la France a le secret. De tels conseils ne sont pas tombés dans l’oreille du sourd, et rappellent fortement les principes du Plan Étudiants d’Édouard Philippe.

Cynique, Robert Gary-Bobo appelle à « bannir du vocabulaire les mots de concurrence et d’excellence, détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer ces mots systématiquement par ouverture et diversité. » Ici c’est à la stratégie de communication d’Emmanuel Macron qu’on pense. Candidat du système, représentant des intérêts de la bourgeoisie, il aime à se présenter comme jeune, progressiste et ouvert.

Mais comme pour sa réforme de l’enseignement supérieur, personne n’est dupe. Malgré tout, on ne peut que remercier M. Gary-Bobo de venir confirmer les intuitions des militants étudiants sur les objectifs et les idées qui animent notre gouvernement. Plus que jamais, Macron et ses soutiens s’affirment comme les ennemis numéro 1 de la jeunesse.




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