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Politique

Les ors de la République

Chasse présidentielle. Macron se voit déjà sur le trône

Le candidat a profité de sa rencontre avec la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) pour affirmer sa volonté de remettre à l'ordre du jour les « chasses présidentielles », parties de chasse traditionnelles de la monarchie depuis François 1er. Marah Macna

Emmanuel Macron est décidément en phase avec la stature présidentielle qu’il rêve d’obtenir dans quelques semaines. Devant les chasseurs à l’Assemblée générale de la FNC, il a affirmé être favorable à la réouverture des « chasses présidentielles », qui avaient lieu dans les forêts de Rambouillet, Marly-le-Roi, ou de Chambord qui appartiennent à l’Etat. Ces chasses, auxquelles Nicolas Sarkozy avait mis officiellement fin en 2010, ont été l’occasion pour tous les présidents de la République de réunir, dans un contexte luxueux et festif, patrons du CAC 40, personnalités de la police ou de la justice, et dictateurs africains pour discuter « affaires ». Des futures guerres en Afrique aux contrats d’armement et d’investissement public, tout se décide mieux autour d’un cuisseau de chevreuil ! Depuis 2010 néanmoins, ces chasses auraient continué de manière non-officielle, même si la liste - toujours secrète - des invités se serait « démocratisée », puisqu’on n’inviterait plus les chefs d’Etat mais les parlementaires qui en feraient la demande ou des « chasseurs méritants ». Et tout cela, au frais de la République...

Pour le candidat « anti-système » que se prétendait être Macron, difficile de faire plus intégré aux fastes de la Cinquième République que de vouloir ré-instituer officiellement cette pratique. Le candidat explique à propos de ces chasses «  qu’il ne faut pas être honteux, il faut les reconnaître comme un élément d’attractivité. C’est quelque chose qui fascine partout, ça représente la culture française, c’est un point d’ancrage  ». Une « culture française » de dépenses faramineuses pour les bénéfices de quelques-uns, de secrets bien gardés derrières les fastes de l’Elysée, et de choix politiques « entre amis », certainement !

La proposition du candidat est d’autant plus révélatrice de sa conception du statut royal du chef de l’Etat qu’elle intervient sans que personne ne lui ait posé la question, et face à une Assemblée générale de chasseurs qui ne bénéficieront pas de ces chasses, mis à part quelques « élus » choisis arbitrairement. Il s’agit donc bien là d’une prise de position en forme d’appel aux classes dominantes : la « Révolution Macron » au pouvoir, c’est le maintien des affaires entre amis !

Des « amis » des multinationales et grandes entreprises auxquels Macron a adressé un second message, dans son intervention à l’Assemblée de la FNC, sur un tout autre sujet : l’écologie. En effet, celui-ci a déclaré, face à un chasseur inquiet du rapprochement avec l’écologiste Cohn-Bendit, concernant le programme écologiste « Je me suis arrêté à la ligne sur le nucléaire et ça m’a suffi. Je sais là-dessus à quoi m’en tenir. » Celui dont le programme écologiste s’arrête aux promesses déjà non tenues de Hollande s’adresse ici à ces amis patrons de l’industrie, qu’il invitera certainement sans hésiter à ces petites « sauteries » de palais.

« Ni droite, ni gauche » donc, mais sans hésiter du côté d’une bourgeoisie aux goûts très aristocratiques, le programme de Macron devient de plus en plus net. Reste à savoir quel chef d’Etat viendra au frais du contribuable goûter à la « culture française »... le dernier à avoir profité de ces chasses étant Khadafi, en 2007.




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