Genres et Sexualités

ÉLECTIONS AUX ÉTATS-UNIS

Clinton : est-ce bien la candidate des femmes qui a perdu ?

Publié le 14 novembre 2016

Donald Trump a gagné les élections aux États-Unis. Dans la déception des secteurs progressistes, survient la question : « Clinton était-elle la candidate des femmes ? ».

Contre tous les pronostiques, Donald Trump a gagné les élections présidentielles aux États-Unis. Le républicain a mis au clair son opinion au sujet des femmes, en faisant des remarques misogynes et sexistes, mais la candidature de Clinton représentait-elle la cause des femmes ?

Beaucoup ont parlé de prise de puissance et d’exploit quand le Parti démocrate a nominé Hillary Clinton comme candidate. La première dame des États-Unis, Michelle Obama, a dit à ses filles qu’elles « [pouvaient] dormir à points fermés, car une femme peut devenir présidente ». La même « inspiration » chez les féministes, les célébrités ainsi que divers secteurs qui se sont illusionnés avec l’arrivée d’une femme à un des postes les plus importants du pouvoir aux États-Unis et dans le monde.

Mais dans les États-Unis de la polarisation sociale et des inégalités, beaucoup de femmes ont fait payer Clinton. Pendant les primaires, beaucoup ont soutenu Bernie Sanders (majoritairement chez les jeunes, environ 70%). Aux élections présidentielles, 54% des femmes ont voté pour Clinton, ce qui est moins que les 55% d’électrices pour Obama aux dernières présidentielles. Ce qui est important de noter ici, c’est que la possibilité qu’une femme soit à la Maison-Blanche n’a pas enthousiasmé les femmes pour lesquelles Clinton est une représentante de l’establishment.

Clinton a polarisé le vote des femmes, un des plus grands blocs électoraux : les jeunes la voient comme représentante d’un féminisme « néolibéral » (celui de femmes blanches de la petite-bourgeoisie, qui nient les problèmes et les demandes des travailleurs et des minorités ethniques). Les « latinas » ont très peu voté, peut-être que la communauté noire est une exception, le Parti démocrate ayant un héritage traditionnel.

Le vote Clinton était-il le vote de la cause des femmes ?

Le sens commun pourrait très vite répondre que oui, parce que face à Donald Trump, célèbre pour sa rhétorique misogyne et réactionnaire, et parce qu’il est clair que les femmes ont été de la chair à canon durant la campagne républicaine. Leurs droits sont méprisés, comme ceux de la communauté afroaméricaine et « latino ». Mais est-ce que cela s’est traduit par un appui pour Clinton ? La réponse a été non.

Une campagne féministe ?

Clinton a lancé sa campagne avec l’image d’un cristal de verre volant en éclat, créant l’illusion qu’il est possible de « rompre ce toit de cristal » (symbole de l’obstacle pour les femmes à l’accès à des hauts postes de travail), mais aussi en reprenant l’image des suffragettes et du mouvement féministe des années 60.

Clinton ciblait son discours, mais les démocrates, dans leur ensemble, ont sous-estimé le poids négatif de son image en tant que représentante de l’élite.

Le spot de Campagne d’Hillary Clinton

Pour les jeunes, en particulier, il ne suffisait pas que Clinton soit une femme. Ils espéraient que son programme défende les droits de la majorité des femmes. Hillary Clinton, représentante de Washington et Wall Street, est loin de le faire. Une jeune féministe définissait la candidate de cette manière : « Clinton est peut-être une femme, mais elle est aussi blanche, riche, privilégiée et hétérosexuelle ».

Pour beaucoup de féministes, l’arrivée au pouvoir de Clinton aurait pu donner l’occasion de révéler la manière avec laquelle les femmes traitent les problèmes de façon différente des politiciens hommes. Mais la trajectoire de Clinton ne montre en rien cela.

Les jeunes qui ont grandi sous les gouvernements de la dynastie Clinton et Bush ne sont pas dupes de l’appui qu’elles ont donné aux lois comme DOMA (qui précise qu’aucun État n’est obligé de reconnaître une relation entre personnes du même sexe), ou encore à la réforme de la loi du système criminel augmentant massivement le nombre de jeunes prisonniers afro-américains et « latinos », parmi lesquels il y a un grand nombre de femmes.

En 2011, Clinton a été l’une des trois femmes à conseiller le bombardement de la Libye (alors qu’avait éclaté le « Printemps arabe » dans toute la région). Clinton (alors Secrétaire d’État), Samantha Power (Conseillère de la Sécurité nationale) et Susan Rice (Ambassadrice des États-Unis à l’ONU) étaient au cœur des opérations militaires.

Plus de femmes dans les postes de pouvoir signifie-t-il une avancée dans la lutte contre les discriminations et le machisme ? Oui et non. Oui, car cela montre qu’au fil de l’histoire récente, seule la mobilisation a permis de conquérir des lieux qui étaient interdits d’accès (nous ne connaissons pas de droits offerts). Et non parce que la présence des femmes dans ces postes de pouvoir, dans les États capitalistes, ne contribue qu’au soutien et à la reproduction de l’ordre social actuel, qui continue de perpétuer l’exploitation et l’inégalité pour la grande majorité, au sein de laquelle les femmes occupent la pire place.