Politique

Pas de miracle !

Le FN donne les adresses des demandeurs d’asile réfugiés à Lourdes

Publié le 20 octobre 2016

L’eau de Lourdes n’a pas guéri le FN de sa xénophobie et de sa haine anti-migrants. Dans un post du 17 octobre sur sa page Facebook, la section FN des Pyrénées orientales dénonce le « scandaleux camouflage des autorités sur les 250 migrants-clandestins de Lourdes ». Il va jusqu’à dévoiler publiquement l’adresse des appartements occupés par ces demandeurs d’asile ainsi que le numéro de la directrice de leur Centre d’accueil. Pousse-au-crime, cette annonce déchaine aussitôt un déferlement de haine à faire vomir.

Les mots d’abord, et après quels actes ?

Sous couvert d’information de la population qui a-bien-le-droit-de-savoir, le post Facebook de la section FN injecte son venin : Qui sait qu’il y a aujourd’hui 250 « migrants », logés, nourris et soignés gratuitement, et même payés aux frais du contribuable dans Lourdes ? » Et pour faire bonne mesure, il ajoute la référence à « des consignes [qui] ont été données aux agents de police pour qu’ils ne fassent rien d’autre que des “mains courantes”, en cas de problèmes même graves ».
Voilà, « l’information » est donnée, il n’y a plus qu’à amorcer la pompe pour déclencher les flots de commentaires qui suent la haine et la volonté meurtrière : « les Pyrénées ne veulent pas des envahisseurs islamistes, on fera tout pour les virer », il faut « flinguer ces fils de putes », ce sont « tous des bêtes sauvages, ils me dégoutent, des ordures sur le sol français ». Les commentaires renchérissent dans l’horrible.

Le FN et l’extrême droite en général nous ont habitués à leurs slogans populistes et xénophobes. Mais en livrant l’adresse des réfugiés, et également le numéro de la directrice du CADA, ils vont nettement plus loin. Car comment comprendre l’utilité de cette « information » autrement que comme une sorte d’autorisation, voire d’incitation au passage à l’acte.

Le FN persiste et signe

Cela ne semble pourtant pas gêner le moins du monde le FN. Interrogé par la presse, Olivier Monteil, conseiller régional FN, persiste dans la version Facebook et s’insurge : « Quand on installe des immigrés chez nous, la population est en droit de le savoir », ramenant ainsi l’acte odieux de dénonciation à un simple devoir d’information.

Pourtant, d’un simple point de vue formel, Olivier Monteil est pris en flagrant délit de mensonge. Selon un article de la Dépêche du midi, ce ne sont pas 250 mais 108 demandeurs d’asile qui sont logés à Lourdes. Quant à la consigne qui aurait été donnée aux policiers, elle est formellement démentie par la préfecture. Même si les préfets peuvent avoir leurs secrets et leurs démentis calculés, ils ne nous ont guère habitués, surtout sous l’état d’urgence, à une telle clémence envers les migrants. La thèse de Monteil qui ferait des migrants des « protégés » de l’Etat, est pour le moins étonnante ! Pourtant, il n’en démord pas.

Une initiative locale qui tombe à pic


De fait, au-delà d’un coup de hargne local, cette offensive contre les demandeurs d’asile de Lourdes intervient opportunément pour alimenter et jeter de l’huile sur le feu, dans une période où la politique anti-migrants de l’Etat s’exacerbe comme à Calais. Le FN, qui traditionnellement guerroyait seul sur les terres du racisme et de la xénophobie, se voit concurrencé par la politique de l’Etat contre les migrants et par la surenchère réactionnaire, voire fascisante qui se développe largement dans le cadre de la campagne pour les présidentielles.

Quant à la question de la bienveillance coupable que la préfecture et donc l’état, déploieraient à l’égard des migrants en « ne déposant que des mains courantes en cas de problèmes, même graves », elle tombe à pic dans un contexte où les policiers manifestent, revendiquent plus de sévérité de la part de la justice, réclamant le retour aux peines plancher, et plus de liberté pour user de leurs armes et de l’usage accru qu’ils pourraient en faire avec une « légitime défense » plus étendue.
Loin d’être le fruit d’une « légitime révolte », et encore moins d’un louable « désir d’informer la population », l’opération Facebook du FN à Lourdes est une pierre que la section des Pyrénées orientales vient apporter à l’édifice politique que Marine le Pen et ses acolytes construisent en vue des prochaines élections présidentielles.

Même si l’évènement sur Facebook a fait l’objet d’une plainte de la part de France terre d’asile, pour « atteinte à la vie privée et divulgation d’informations pouvant mettre en danger nos résidents », et que les auteurs de la publication sur Facebook ont d’abord retiré les commentaires haineux, puis flouté les appartements pour enfin définitivement retirer le post, il est clair qu’ils ne font que reculer momentanément pour mieux attaquer la prochaine fois, sur un terrain essentiel à leur déploiement politique.