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Jeunesse

Bac 2017

Contre la bourse au mérite de Wauquiez, des lycéens reverseront les 500 euros

Dès la veille des résultats du baccalauréat mardi dernier, des lycéens lyonnais ont annoncés qu’ils n'utiliseraient pas la bourse au mérite de 500 euros qui leur serait attribué par la région en cas de mention Très bien.

Ce sont quatre lycéens de l’établissement Antoine de Saint-Exupery qui ont adressé une lettre ouverte à la région, affirmant leur désaccord avec cette initiative. Plusieurs arguments ont été avancés.

Cette mesure mise en place depuis l’an dernier par la région Rhône Alpes dirigé par Laurent Wauquiez (membre des Républicains, déjà bien connu pour sa "probité"...), a concerné environ 6000 élèves l’an dernier, soit une somme de 3 millions allouée pour récompenser les élèves les plus "méritants" a l’épreuve du bac. C’est cette somme qui est dénoncée par ces élèves de Terminale, car dans le même temps, la région a depuis plusieurs année diminuer le budget destiné aux associations. C’est d’ailleurs à celle-ci que les lycéens de l’appel souhaitent reverser les sommes obtenues. Le milieu associatif de la région se serre la ceinture depuis deux ans, de nombreuses structures ont du fermer, mais ce sont également près de 600 postes qui ont été supprimé avec la politique anti-sociale menée par Wauquiez.

C’est également l’aspect d’égalité des chances de réussite qui est mis en avant, ces bourses étant attribué sans distinction de revenu des familles, alors que tous le monde sait que l’école est loin d’atténuer les différences sociales. Les écoles française sont d’ailleurs parmi les pires institutions en terme de creusement des inégalités. C’est bien à partir de ce constat que les élèves à l’initiative de cette lettre base leur raisonnement ’’on ne va pas accepter cet argent dont d’autre ont plus besoin que nous’’.

Crédit photo : AFP

Au final, les quatre lycéens ont bien obtenu leur mention et suite à leur appel quelques autres bacheliers ont rejoint ce petit mouvement de protestation face a la méritocratie instaurée par Wauquiez.

Cette action très symbolique est un premier pas qui aurait bien des raisons de s’étendre, car ce fonctionnement de « bourses au mérite » s’inscrit dans une dynamique nationale, déjà annoncé par le nouveau gouvernement et qui était une des mesures du programme du candidat Macron en ce qui concerne l’enseignement supérieur. Celui-ci souhaite en effet que cette politique du mérite soit la norme, que ce soit par la sélection a l’université ou d’autres mesure, qui sont et resteront plus qu’inégalitaire tant que les chance d’apprendre et de vivre dans de bonne conditions ne seront pas les même pour tous et toutes.

Nous reproduisons ci-dessous leur lettre :

« Nous, futur.e.s bachelier.e.s, et pensant obtenir la mention Très Bien, voulons vous témoigner notre opposition à la « bourse au mérite » d’un montant de 500 euros attribuée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes aux bacheliers ayant obtenu la mention très bien, sans conditions de revenu.

En tant que lycéen.ne.s concerné.e.s par cette « bourse au mérite », nous avons décidé d’agir pour une Région plus juste. Nous refusons d’utiliser cette prime pour un usage personnel, d’autant que cette distribution de fonds publics se fait en parallèle d’un désengagement massif de la Région du secteur associatif, qui se traduit par un recul des services publics d’intérêt général.

Nous considérons que cet argent ne nous revient pas, puisque nous en éprouvons moins le besoin que d’autres. Nous avons ainsi décidé de reverser les 500 euros que vous nous accordez à une association d’intérêt général.

Depuis un an en effet, la région Auvergne Rhône Alpes a mis en place cette nouvelle prime que nous estimons injuste. Parmi les titulaires d’une mention « Très Bien », beaucoup sont issus d’un milieu social favorisé. Les études sociologiques ont depuis longtemps montré que la réussite scolaire des élèves venant de milieux favorisés est facilitée par leur culture et environnement familiaux.

Ils sont moins susceptibles d’avoir besoin de cette prime que des élèves de milieux populaires qui peuvent connaître plus de difficultés au niveau scolaire comme financier et pourraient en avoir besoin pour la poursuite de leurs études.
De plus, le travail, le sérieux et l’investissement d’un élève ne se mesurent pas seulement à son résultat. Doit-on récompenser un mérite reposant exclusivement sur l’obtention d’une mention « très bien », et qui ne rend pas nécessairement compte du travail fourni par l’élève ? Nous pensons que le mérite se trouve dans le chemin parcouru et non dans le but atteint, c’est pourquoi nous trouvons peu de sens à l’attribution de cette prime à des élèves sans doute favorisés dès le départ.
Cette mesure inappropriée et partiale coûte environ 3 millions d’euros à la Région Auvergne Rhône Alpes, tandis que le budget alloué à la vie associative connaît de sévères diminutions. De nombreuses associations à but non lucratif ont vu leurs subventions fortement baisser depuis votre élection. Certaines ont étés obligées de mettre la clé sous la porte, de licencier certains de leurs salariés (l’opposition au sein de la région estime à 580 le nombre de licenciements dans le milieu associatif durant ces deux dernières années) ou d’abandonner des activités et services rendus à la population.

Parmi les associations impactées on peut citer : le CADR (Collectif des Associations de Développement en Rhône-Alpes), l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme en Rhône-Alpes), le Transfo (Agence régionale de développement culturel en Auvergne), le GRAINE Rhône-Alpes (Réseau régional pour l’éducation à l’environnement), les réseau INPACT et globalement les structures de promotion de l’agriculture bio et de l’agriculture paysanne, la FRAPNA (Fédération de protection de la nature), la LPO (Ligue de protection des oiseaux), le Ciné Duchère, le Croiseur, les radios associatives non commerciales, la NACRE (Agence du spectacle vivant en Rhône-Alpes), l’ARALD (Agence Régionale pour le livre et la documentation), la MRIE (Maison régionale d’information sur l’exclusion), les CIDFF (Centres d’information sur le droit des femmes et des familles), le Planning familial, la Cimade, Moutain Wilderness, Artisans du Monde, les festivals de cinéma LGBT Ecrans mixtes, Face à face, SOS Racisme, La Cimade, les MJC…

Cette liste incomplète donne le vertige !

Depuis plusieurs mois, ces acteurs associatifs sont confrontés à des méthodes de la part du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes qui les fragilisent fortement. Ces associations se sont regroupées au sein du collectif Vent d’Assos et se battent actuellement pour leur survie alors qu’elles assurent des missions d’intérêt général.

Appel aux bacheliers à rejoindre le collectif

Nous avons donc décidé de faire don de la somme qui nous revient de cette « bourse » au Réseau Rhône-Ain-Saône, qui rassemble les MJC de l’Ain, du Rhône et de la métropole de Lyon. Ces structures pour et par les habitants agissent localement pour un meilleur accès à l’éducation et à la culture, pour l’expression de la citoyenneté, dans une optique de renforcement du lien social et de la solidarité par la rencontre et l’insertion sociale.

Nous appelons l’ensemble des nouveaux bacheliers d’Auvergne Rhône Alpes ayant reçu la mention « très bien » à se joindre à notre appel en reversant eux aussi cette « bourse » illégitime à une des nombreuses associations actuellement mises en danger par la politique régionale que vous menez depuis deux ans.
Nous nous adressons aussi à tous les lycéens n’ayant pas obtenu la mention Très Bien mais éprouvant un désir de justice, voulant ainsi symboliquement se joindre à nous, en ajoutant leur nom à la liste des soutiens à cette action.

Pour nous contacter vous pouvez envoyer un mail à l’adresse : jeunesaura@gmail.com. »

Emma, Jules, Lola et Robin, pour un collectif de lycéens.




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