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Des directions élues avec 1 % de participation !

Sur la seule journée de jeudi 6 avril se tenaient les élections des conseils administratifs et académique de l’Université Paris Lumières, nouveau pôle de regroupement des universités Paris 8 - Saint-Denis et Paris 10 - Nanterre. Pratiquement pas publicisées, et encore moins expliquées, ces élections ont été validées malgré une participation plus que minime de 1 % des étudiants. Mar Martin

Leur démocratie…

Pas encore mises en place, ces politiques de regroupements universitaires, imposées en 2013 par la loi Fioraso, étaient déjà largement décriées. Sous prétexte d’économies ou de simplifications administratives, ces « COMUE » (ou autres modalités de regroupements forcés) s’inscrivent en réalité dans la suite des multiples réformes de casse de l’université publique de masse depuis les années 90. Faire de deux universités ou plus, un seul grand pôle, lui-même dirigé par une nouvelle instance de direction suprême, c’est surtout accélérer les suppressions de filières pour ne pas faire « doublons », en visant en premier lieu les filières jugées moins rentables, réduire de ce fait le nombre d’étudiants accepté dans les universités, faisant trinquer en premier lieu les plus populaires, ou encore supprimer des postes d’enseignants et administratifs sans pour autant réduire la charge de travail, bien au contraire, et bien sûr, éloigner toujours plus la communauté universitaire réelle des instances de décisions.

Un projet que beaucoup avaient vu venir d’un très mauvais oeil, sans pour autant que le mouvement universitaire soit en capacité de bloquer son arrivée. En 2013, à l’aube de la mise en place de l’Université Paris Lumières, qui concerne les universités Paris 8 - Saint-Denis et Paris 10 - Nanterre, un petit mouvement avait tout de même éclaté à Paris 8 pour tenter d’empêcher - en vain - la suppression de 5 filières.

Aujourd’hui, ce regroupement révèle tout son anti-démocratisme au grand jour : alors que se tenaient ce jeudi 6 avril les élections des conseils d’administration et académiques, qui dirigeront pour les prochaines années l’avenir de ces deux universités, les nouvelles directions ont été validées malgré une participation aux votes de seulement 1 % des étudiants ! A Paris 8, sur les 22 000 étudiants inscrits, se sont seulement 230 qui ont voté ; pire à Nanterre, où 32 000 étudiants sont recensés tandis que seuls 250 ont glissé leur bulletin.

La faute aux jeunes qui se désintéressent de tout ? Une réponse bien trop facile lorsque rien n’est mis en place pour privilégier le scénario contraire. L’information a été diffusée par mail, une fois en octobre, une fois en mars, une fois l’avant-veille, dans des mails que la plupart des étudiants ne lisent pas comme en a bien conscience l’université. Aucune explication un peu sérieuse n’est donnée quant au rôle de la Comue et des élections, hormis la propagande de quelques lignes pas très éclairante : « L’Université Paris Lumières a pour but d’accroître le rayonnement national et international de ses membres, tout en se positionnant comme un acteur majeur de l’enseignement supérieur et de la recherche. ». Enfin, l’élection se déroule sur une seule journée, de 9h à 17h, soit l’heure exacte de commencement du premier cours, et avant la fin du dernier, sans compter les nombreux étudiants qui travaillent à côté de leurs études et ne sont pas forcément disponibles ce jour. Dans la fac, seules quelques affichettes pourront être perçues ça et là par les plus avertis, et les bureaux de votes ne sont plus à l’entrée mais tout au fond du campus.

Les résultats en sont éloquents (il manque encore ceux du conseil académique de Nanterre). Trois listes étaient présentées à chaque fois sur les deux universités : l’UNI, syndicat de droite, inexistant sur Paris 8 et qui obtient pourtant un siège à Paris 8 et au moins un à Nanterre ; l’Unef, dont la majorité est affiliée au PS, inactive sur Paris 8 (sauf en période d’élections où tous les permanents des autres villes peuplent tout-à-coup le hall d’entrée), 6 sièges à Paris 8, au moins un à Nanterre ; SUD/Solidaires-Etudiant-e-s, seule présence réelle des trois à Paris 8, 3 sièges à Paris 8 et au moins un à Nanterre.

… et la nôtre

Entre 230 et 250 participants aux élections, pour élire entre 3 et 7 représentants étudiants dans les conseils décisionnels, le tout sur 22 et 32 000 étudiants : voilà le modèle de démocratie vantée par les universités françaises. D’autant plus que ces 55 000 étudiants, qui seront représentés par une petite dizaines de représentants, y seront minoritaires, face à la direction et ses proches, les fameux « personnalités extérieures » (politiciens, chefs d’entreprises). Les professeurs, guère plus représentés, ne font pas non plus le poids, même alliés à leurs élèves, à leur direction… Peut-on encore appeler cela une élection ? Quand les représentants des personnels administratifs, des professeurs et des étudiants restent moins forts que les représentants du CAC40 et de l’Etat, il y a de quoi rire au nez de cette « démocratie universitaire » !

Les mêmes qui tentaient de décrédibiliser le mouvement étudiant contre la loi travail l’année dernière, prétextant qu’une minorité imposait son mécontentement au reste de la communauté universitaire. A l’époque à Paris 8, nous étions pourtant plus de 600 en Assemblée générale, dont les rendez-vous étaient diffusés massivement via les réseaux sociaux et à l’entrée de l’université avec des tracts expliquant la démarche, des militants présents pour discuter avec toutes et tous, et des décisions prises soit au consensus patiemment trouvé soit au vote où tout le monde s’exprimait… Et si chaque étudiant contre la loi travail aspirait à ce qu’aux AG participent toujours plus de monde, celles-ci étaient dores et déjà bien plus représentatives et démocratiques que ces conseils de direction : loin de se faire représenter par des syndicalistes d’appareil venant de l’UNEF ou l’UNI, par les AG et les coordinations, en s’auto-organisant, les étudiants ont pu choisir les formes qu’ils trouvaient les meilleures pour diriger leur mouvement.

Face à leur démocratie, les étudiants et travailleurs de l’université doivent imposer des instances de décisions par et pour eux-mêmes, élues démocratiquement sur des mandats clairs, et révocables à tout moment. Pour que le budget de nos universités soit transparent et gérer par nous-mêmes, et que nous décidions en conscience du contenu de nos cours et de la gestion de nos facs.




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