Politique

Attention, danger !

Pour ravitailler Roissy, le gouvernement fait travailler des non-grévistes et sacrifie la sécurité

Publié le 27 mai 2016

« Aucun risque de pénurie ». C’est le discours officiel du gouvernement. Sauf qu’au niveau de la région parisienne et surtout des terminaux aéroportuaires de Roissy et d’Orly, le risque est bien là. Pour assurer un minimum de ravitaillement, le préfet de Normandie, qui couvre la direction de TOTAL, fait pression pour acheminer des produits raffinés depuis le dépôt de la CIM et la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime, en direction de l’Ile-de-France. Et ceci en mettant en danger les installations et, surtout, la population…

Paul Tanguy

La préfecture de Seine-Maritime communiquait ce matin que « la distribution des carburants s’est très nettement améliorée » dans le département, avec « à peine 10% des stations-service en rupture de stock ». Des vœux pieux ? En bonne partie. Mais pour régler le problème du ravitaillement en Normandie et, surtout, pour assurer la continuité des stocks sur les aéroports parisiens, la préfecture a décidé de faire monter la pression.

La solution ? Faire travailler des personnels non-qualifiés ou des personnels non-grévistes en sous-nombre, et ceci au détriment de la sécurité.

De source syndicale, à la CIM, le principal dépôt pétrolier de Seine-Maritime, c’est les cadres qui ont décidé de prendre les choses en main, le personnel du dépôt étant gréviste dans son écrasante majorité. Pour pousser du kérosène en direction de Roissy, ils seraient une quinzaine, à peine, alors que les opérations nécessitent l’intervention d’une trentaine des salariés qualifiés, « Les risques en termes de sécurité sont énormes, souligne-ton de source syndicale. Compte-tenu des intempéries annoncées dans les heures qui viennent, il y a un risque d’accumulation d’eau sur les toits des bacs. Pour cela, il faut être en mesure d’assurer des manœuvres particulières que ces cadres ne sont pas habilités à assurer ».

Du côté de la raffinerie TOTAL de Normandie, à Gonfreville, la direction fait pression pour faire travailler des non-grévistes sur des postes bien spécifiques. L’enjeu est de faire sortir des produits finis, travaillés avant le début de la grève, et stockés sur site. Compte-tenu du fait que la grève a été reconduite jusqu’au vendredi 3 juin, les non-grévistes sont en sous-nombre et parfois non-compétents pour assurer ces opérations.

Compte-tenu de la spécificité des sites pétroliers, les grévistes de Gonfreville comme des autres raffineries continuaient jusqu’à présent à assurer leurs services de huit heures afin de réaliser des opérations spécifiques de sécurité. Aujourd’hui, les grévistes de Gonfreville, au vu de la situation, ont refusé de relever les salariés non-grévistes à l’intérieur de la raffinerie. Ils exigent que la direction renonce à sa volonté absolument illégale de faire fonctionner les installations avec un personnel non-qualifié, non-gréviste et sous-numéraire.

Inutile de dire que l’ensemble des sites pétroliers et les raffineries sont classées Seveso comme l’ensemble des sites industriels présentant des risques d’accidents majeur. Il semble que le gouvernement soit prêt à sacrifier l’environnement et à risquer une catastrophe humaine et écologique d’envergure pour faire fonctionner les pompes à essence et casser le mouvement en cours…