Monde

Meeting internationaliste

Joe Molina, ouvrier de Panrico licencié après la plus longue grève dans l’État espagnol depuis Franco

Publié le 8 décembre 2015

Le week-end du 5 et 6 décembre a eu lieu la deuxième conférence européenne de la Fraction Trotskiste - Quatrième Internationale (FT-QI) avec la participation de militant-e-s du Courant Communiste Révolutionnaire (CCR) du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), de Clase contra Clase de l’État espagnol et du groupe RIO d’Allemagne. Samedi soir, 350 personnes sont passées à la soirée internationaliste organisée par Révolution Permanente et le CCR du NPA. La parole a été donnée à des travailleurs combatifs de différents secteurs d’Europe pour qu’ils racontent leur lutte. Voici la retranscription du discours de l’un d’eux, Joe Molina, ex ouvrier chez Panrico en Catalogne, qui a mené la grève la plus longue dans l’État espagnol depuis la chute de la dictature franquiste en 1975.

Bonsoir,

Mon nom est Joe Molina, travailleur licencié de l’usine de Panrico qui a connu une grève de 8 mois, la grève la plus longue depuis la fin de la dictature de Franco. Cette grève, comme celles de Coca Cola et Movistar dans l’État espagnol, ne sont pas des luttes isolées. Elles font partie de la résistance ouvrière qui sort la tête de l’eau en Europe ces derniers temps comme celle d’Amazon en Allemagne, de Correos dans l’État espagnol ou d’Air France…

C’est pour cela que je suis fier d’être à ce rassemblement internationaliste, tout comme je suis fier d’appartenir à une classe ouvrière qui lutte pour conquérir ce qui nous est enlevé par le système capitaliste.

En tant qu’ouvrier en lutte j’ai compris la signification profonde de l’internationalisme prolétarien quand on a vécu cette longue grève. Les innombrables démonstrations de soutien n’ont pas été seulement verbales, mais aussi parfois physiques, les gens s’installant dans le campement dressé aux portes de l’usine, et économique avec le soutien à la Caisse de Résistance. Ce fut le cas des camarades du CCR français, de RIO d’Allemagne et des autres groupes latino-américains de la FT. Les vidéos et les lettres de soutien qu’ils nous ont envoyés de la part de luttes ouvrières du monde entier nous ont donné beaucoup de courage pour poursuivre la lutte.

L’internationalisme ouvrier a signifié pour moi d’apprendre de l’expérience de Zanon en Argentine, de laquelle nous avons reçu l’appui de Raul Godoy. Jamais je n’aurais imaginé que nous, ouvriers, pouvions occuper une usine, la faire tourner et en exproprier le parton.

On sentait qu’on n’était pas seuls, malgré la trahison de notre grève par la bureaucratie syndicale de CCOO et UGT qui, dans notre lutte, nous a sublimement poignardés dans le dos, se positionnant dès le premier instant contre une grève qui tentait de sauver 750 familles du chômage, méprisant les assemblées de travailleurs et travailleuses.

On a reçu l’appui de beaucoup d’organisations jeunes et étudiantes grâce auxquelles on a pu continuer une grève si longue. Parmi elles, les camarades de Clase contra Clase (CcC) et de Pan y Rosas, que j’ai rejoint après mon expérience de la grève. Une expérience qui m’a fait comprendre que la lutte des travailleurs, la lutte des classes, n’était pas obsolète mais seulement endormie. Connaître l’histoire de Zanon, commencer à lire Trotsky et la révolution ouvrière, apprendre à démasquer et combattre la plaie qu’est la bureaucratie syndicale au travers du travail mené avec les camarades de CcC, du premier jour de la grève jusqu’au dernier, m’a beaucoup enrichi. Aujourd’hui je milite avec elles et eux et je continue d’apprendre tous les jours, participant dans la mesure du possible à toutes les mobilisations ou conflits du monde du travail qui se déclenchent, transmettant l’expérience que je me suis forgée grâce à eux.

Durant des décennies la classe travailleuse a été ridiculisée, dépréciée et utilisée comme bouc émissaire, expulsée de la politique. Cependant, travailleurs et travailleuses, nous sommes la colonne vertébrale sur laquelle se tient ce système et nous avons un rôle à jouer clair, qui dépasse la portée de la lutte syndicale. Nous devons prendre position et nous proposer pour la construction d’une organisation révolutionnaire internationale.

Ouvriers et ouvrières, nous avons la capacité de construire une alternative politique ouvrière, internationaliste, anti-impérialiste et anti-guerrière qui affronte le tournant réactionnaire et xénophobe tout en portant un programme d’expropriation des expropriateurs. Avançant vers la révolution internationale, nous devons ouvrir le chemin à la conquête de gouvernements des travailleurs et à la construction des États-Unis Socialistes d’Europe.

Traduction : Léo Valadim