Genres et Sexualités

Plus féministe que Hollande ?

El Khomri et migrants, les deux menaces pour les femmes selon Le Pen

Publié le 7 mars 2016

Le lendemain de la publication d’une interview interview d’Hollande dans le magazine Elle, Marine Le Pen s’est empressée de renchérir avec un post sur son blog personnel « Carnets d’espérances », intitulé « Hollande féministe ? ». Pour la cheffe de file du parti xénophobe et réactionnaire qu’est le Front national, Hollande n’apporte aucune réflexion sur le « statut des femmes », qu’elle estime aujourd’hui « sous le coup de deux menaces » : « l’immigration massive », et la loi El Khomri. Ce post est de long en large un ramassis de racisme et de démagogie, notamment à l’égard de Myriam El Khomri, indépendamment du caractère anti-social de la loi Travail dont la ministre est la signataire.

Flora Carpentier

Spécialiste en amalgames xénophobes pour les femmes racisées

Pour Marine Le Pen, l’« égalité homme/femme » serait « un point cardinal de notre culture, de notre civilisation française », à l’inverse des cultures issues de l’immigration, qui imposeraient le port du voile et seraient responsables des agressions sexuelles de Cologne. Afin de servir son discours raciste, Marine Le Pen est donc prête à revenir sur un terrible amalgame – pourtant officiellement démenti depuis – qui avait cherché à tenir les réfugiés pour responsables des agressions sexuelles de centaines de femmes la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne. En opposant comme à son habitude des prétendues « civilisations » dont certaines – la française – seraient plus avancées en termes d’égalité des sexes, Marine Le Pen renouvelle son discours réactionnaire tout en cherchant à se faire passer pour celle qui défendrait les droits des femmes.

C’était déjà la ligne avancée par le parti avec son affiche stigmatisante destinée aux banlieues lors des élections régionales, qui opposait une femme au visage couvert d’un niqab à une jeune femme maquillée en supportrice de football, la seconde étant censée incarner l’image de la femme libérée souhaitée par le Front national pour les quartiers populaires. Marine Le Pen n’en est donc pas à son coup d’essai en termes de stigmatisation des femmes des banlieues, et plus rien ne nous étonne quand elle affirme que « dans certains quartiers », les jeunes femmes « ne sont plus tout à faire libres de se vêtir comme elles l’entendent ». Non seulement la stigmatisation se retourne donc contre ces femmes que le FN prétend défendre, en les faisant passer pour des femmes soumises, apeurées et sans libre-arbitre, mais au-delà de cette stigmatisation, le parti réactionnaire agite un prétendu « choc des civilisations » qui ne recouvre aucune réalité et nie de bout en bout les racines coloniales de la République française. La cause de cette emprise de « civilisations », décrites par le FN comme retardataires en termes de droit des femmes, serait la « politique impuissante » du gouvernement actuel à stopper l’immigration. La population française « de souche » serait, elle, émancipée de longue date, puisque selon Marine Le Pen l’égalité hommes/femmes ne serait que « mise en danger », comme si celle-ci existait avant la crise migratoire et la loi El Khomri. Autant dire que Marine Le Pen est à mille lieues des préoccupations des femmes, et encore plus éloignées des difficultés des femmes travailleuses.

Elle ne s’est pour autant pas gênée à décrire les nombreuses raisons pour lesquelles les femmes travailleuses sont particulièrement touchées par l’attaque immense que représente le projet de loi El Khomri, elles qui sont déjà les premières victimes de la précarité. Une tirade de démagogie pour celle qui n’a que faire de nos conditions de travail, le programme historique du FN ne promettant que plus de précarité et de reculs en termes de droits des femmes, surtout censées rester à la maison, d’où l’idée d’un salaire pour les femmes au foyer dont les frontistes se sont toujours fait le relais.

Le Front national, un ennemi du droit des femmes

Pour Marine Le Pen, la politique de Hollande conduirait à « piétiner des siècles de combats menés énergiquement par nos mères et nos grand-mères ». Marine Le Pen serait donc plus féministe que Hollande ? Aurait-elle oublié que nos mères et nos grands-mères se sont courageusement battues pour le droit à l’avortement, un droit fondamental pour les femmes, constamment décrié par le Front national ? Par ailleurs, les députés FN s’opposent constamment aux textes de loi visant, ne serait-ce qu’en paroles, à l’amélioration des droits des femmes.

Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que certains députés frontistes se sont prononcés pour le déremboursement de l’IVG, et que Marine Le Pen n’hésite pas à parler « d’avortements de confort » pour qualifier la majorité des IVG en France. Aux dernières élections régionales, Marion Maréchal Le Pen a affirmé qu’elle supprimerait les subventions au Planning familial en région PACA si elle était élue, avant d’être reprise par sa tante qui a bien vu que ces déclarations avaient peu de choses à voir avec la ligne soi-disant féministe qu’elle cherchait à se donner.

La candidate avait également annoncé qu’elle ne renouvellerait pas non plus les budgets des associations pour la défense des droits des femmes. De son côté, Aymeric Chauprade, député FN au Parlement européen, a qualifié l’avortement « d’arme de destruction massive contre la démographie européenne ».

À l’Assemblée nationale, les deux députés frontistes ont voté contre les textes de loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes au travail, sur le harcèlement sexuel, contre une résolution réaffirmant l’engagement de la France pour le droit d’avorter, contre un texte sur l’accès à la contraception pour les femmes, l’importance de politiques de prévention et d’éducation pour garantir la santé sexuelle des adolescents et des adultes, contre la mise en place de plans d’action pour lutter contre les violences faites aux femmes, contre le fait d’enseigner aux enfants l’égalité des droits entre hommes et femmes, et la liste est encore longue…

Alors, non, ni Marine Le Pen, ni son parti réactionnaire et raciste ne nous représentent, nous les femmes, encore moins en tant que travailleuses, et moins encore les femmes de banlieue. Encore une fois, les propos scandaleux de Marine Le Pen doivent nous renforcer dans la conviction que nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, pour défendre nos droits, dans la rue avec nos sœurs de classe, et nous battre contre toutes les violences qui nous sont faites au quotidien.