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Kourou

En Guyane, un important mouvement de grève bloque le lancement de la fusée Ariane

Depuis le début de la semaine, de nombreux secteurs de travailleurs sont en grève et empêchent le lancement de la fusée Ariane 5 à Kourou. Prévu jeudi, le lancement vient d’être reporté une troisième fois, quand la lutte s’étend et s’intensifie.

Crédits : Laurent Van de Berg - RTBF

Depuis lundi matin à Kourou, un blocage mené par une coordination de différents secteurs en grève empêche le départ de la fusée Ariane 5 qui devait décoller mardi 22 mars à 17h31 au Centre spatial guyanais (CSG). Un barrage de pneus et de palettes érigé lundi à l’aube bloque le transfert de la fusée du Bâtiment d’Assemblage Finale (BAF) à la zone de lancement. La société chargée du transport, Endel, est en grève à plus de 80 %. Les trois syndicats, FO, CDTG et UTG-CGT (Union des Travailleurs Guyanais) demandent la réouverture des négociations annuelles, qui se sont de leurs dires très mal déroulées, aboutissant sur une fin de non-recevoir de la part de la direction. La discussion centrale de ces négociations est l’augmentation des salaires. La direction avait annoncé en janvier, après un premier conflit, qu’une augmentation générale des salaires était impossible du fait des renégociations de contrat avec le Centre national d’études spatiales (CNES). Or si les salaires stagnent, les actionnaires ont touché l’année dernière dix millions d’euros de dividendes.

Loin de ne concerner qu’Endel, la grève touche un nombre conséquent de secteurs, qui se multiplient. À l’initiative du blocage du rond-point du CSG on trouve aussi les travailleurs d’EDF et les hospitaliers du Centre médico-chirurgical de Kourou (CMCK). À EDF, les grévistes exigent l’arrêt des suppressions de postes vacants, des recrutements et des investissements dans un territoire où les coupures sont fréquentes et où des milliers de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Leurs revendications concernent également leurs conditions de travail, la formation, la sécurité, etc. Les syndicats ont refusé d’aller négocier avec la direction au siège du groupe à Cayenne. « Ils peuvent venir à Kourou », déclare Rimane, l’un des dirigeants syndicaux d’EDF-Guyane. Quant aux hospitaliers, et au collectif les Toucans, ils s’opposent à la cession du CMCK à une entreprise privée, Rainbow Santé, annoncée par la Croix-Rouge il y a quelques jours. Refusant que l’hôpital devienne une entreprise à but lucratif, ils demandent le départ de la Croix-Rouge, une gestion de l’établissement en hôpital public autonome, la fin des suppressions de postes et le renoncement des services existants.

Depuis deux jours, le mouvement tend à s’intensifier avec une multiplication des préavis de grève. Lundi, l’Union guyanaise des transports routiers (UGTR) a bloqué le Grand Port maritime de Dégrad des Cannes. Ils dénoncent l’arrivée sur le chantier d’Ariane 6 et de trois camions toupies. Le contrat du chantier a été donné à Eiffage quelques années auparavant, mettant au chômage les transporteurs locaux. À ce moment, un marché avait été conclu entre les syndicats et le CSG acceptant de ne pas faire venir de camions de la même contenance que les leurs. C’est cet accord qui maintenant a été rompu et auquel s’opposent les transporteurs. Les agriculteurs ont également rejoint le mouvement et demandent eux le paiement de l’ensemble des mesures du programme rural de Guyane (PDRG), le versement des aides en retard, etc. Après une rencontre infructueuse avec le préfet, ils prévoient de durcir le mouvement. Se sont également joints à la mobilisation les chauffeurs de bus de la RCT et les employés de la CAF, qui viennent de déposer un préavis de grève et un cahier de revendications de douze points.




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