^

Politique

Après la verticalité, la chute

« En Marche » vers l’abyme et le Grand-Est : Macron-roi face au réel

En tournée dans le Grand-Est, Emmanuel Macron a lancé l'offensive de reconquête. Mais comme en 1917, la mutinerie – populaire et virulente – s'impose, et face à l'insolence monarchique du président, les tranchées, sont déjà établies.

Macron est parti en tournée pour rencontrer « le peuple ». Comme le soulignait cet été Médiapart, en publiant un article du « Benalla, le deuxième corps » du roi à propos de Macron pris dans la tourmente des méfaits de son homme de main, ou encore Roland Gori qui, dans son livre publié ces derniers jours La nudité du pouvoir, consacre un chapitre entier au « en même temps » macronien, l’imaginaire monarchique hante le président.

Il y a, d’un côté, les conditions de l’élection, dont on sait à quel point elles font fonctionner les images et la médiatisation : Macron a pu y incarner l’image de la jeunesse, du renouveau, de la pondération – bref, tout son habitus de grand bourgeois immédiatement à l’aise, qui en a fait le candidat idéal pour l’agenda de la bourgeoisie. Seulement, cette surabondance de signes finit quand même par désigner quelque chose, et le plus souvent, c’est le réel.

Macron corps fétichisé s’est fait élire, mais après un peu plus d’un an au pouvoir, il ne reste plus rien du fétiche : et on se traîne un corps vide, un quasi-cadavre symbolique. Pour le coup, Macron est bien l’homme du moment, puisque pour le capitalisme décadent, il fallait un homme qui sache bien chuter – et quand on est pris du vertige de la verticalité, il arrive que la chute soit brutale.

Après les lenteurs grotesques de la nomination d’un nouveau ministre de l’intérieur, après les défections et la prise de conscience générale que « En marche » n’est qu’une mauvaise pantomime en apesanteur, il faut pourtant continuer à virevolter pour essayer de faire durer l’illusion et redonner confiance à la bourgeoisie qui attend beaucoup de son bouffon. Alors Macron bouffonne, et comme un bouffon qui s’est mal compris il se prend pour le roi : après « les deux corps du roi », qui ont servi à le faire élire, il nous joue cette semaine « la visite royale », un autre remake de l’ère monarchique.

Seulement, on a beaucoup vu les coulisses, ces derniers temps, et c’était pas reluisant. On a fini par faire le tour du personnage, et il est plutôt navrant. Les ficelles sont des cordes. Et les spectateurs ont fini par déserter la salle. Macron ne porte plus rien, rien n’est plus « en marche » ni même en état de marcher – magic is gone, comme disent les anglais. La visite royale fait flop, et en plus il pleut. Au train où vont les choses, d’ici quelques mois, on le sent prêt à toucher les écrouelles.

Bref, après les démissions qui l’ont ridiculisé, ce gouvernement semble s’être fait une règle du « sauve qui peut » et de la fuite en avant – alors on lui invente des « rencontres avec les gens » (ça doit le changer) et des « bains de foule » (lesquels sont plutôt houleux) mais le pouvoir a de plus en plus de mal à faire croire à sa légitimité. Macron essaie de s’en fabriquer un peu avec des bouts d’allumettes : le camp progressiste, l’élection démocratique, le rempart, le résistant. Mais les signes sont hors-sol, le discours s’effondre devant le réel, la Start Up Nation est en banqueroute : il reste quelques selfies de Macron à la mer ou Macron devant le pré à vaches. Cette tournée montre bien à quel point le gouvernement droit dans ses bottes avoue les avoir dans la bouse.




Mots-clés

Emmanuel Macron   /    Politique