Politique

Rivalités entre Républicains

Entrée fracassante de Juppé dans la campagne contre les salariés

Publié le 10 mai 2016

Camilla Ernst

Alors que le gouvernement a annoncé le recours au 49.3 pour faire passer en force sa « loi travail », la bataille fait rage entre les candidats des Républicains qui dévoilent un à un leur programme économique pour la présidentielle. Après Fillon la semaine dernière qui ouvrait le bal du « pire que El Khomri », c’est au tour de Juppé d’entrer dans la danse dans son nouveau livre « Cinq ans pour l’emploi ». Et rien d’étonnant à ce qu’il ait choisi en ce mardi 10 mai un parterre de chefs d’entreprise et de donateurs pour présenter son programme quand celui-ci aligne cadeaux aux entreprises et casse des droits des salariés, dans une magnifique valse de libéralisme décomplexé.

C’est clairement et sans surprise du côté des patrons que Juppé se positionne, en annonçant son projet de réformes économiques, censées « débloquer » un marché du travail trop rigide pour l’aligner sur les modèles suédois et allemands, et qu’il affirme, s’il est élu, appliquer dès la première partie de son quinquennat et par ordonnance s’il-vous-plaît. Du vite fait bien fait pour un candidat qui réaffirme son désintérêt pour les travailleurs et les chômeurs.

Retour aux 39 heures légales (là où Fillon propose carrément de supprimer la durée légale de travail) par accords d’entreprise qui fixeront en même temps le seuil de déclenchement des heures supplémentaires y compris dans la fonction publique, facilitation du travail dominical au volontariat des salariés, report de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, dégressivité des allocations chômage... Autant de mesures qui vont contre la protection et les droits des salariés, tout en les isolants face à leur patron, quand Juppé veut faire de l’accord d’entreprise la norme « de droit commun de fixation des règles générales des relations du travail  ». De pénibilité au travail, dégradation des conditions d’exercice, burn-out et suicides à la chaîne on ne parlera pas, quand c’est pour plaire au patronat.

Car ce sont bien les patrons les grands gagnants dans l’histoire. À commencer par la création d’un « CDI sécurisé »... pour les employeurs (comprendre « CDI précarisé ») avec des motifs prédéterminés de rupture « adaptés à l’entreprise, encadrés par la loi et homologués par l’administration ». Les mesures se poursuivent par la diminution des cotisations patronales, jusqu’à zéro pour le Smic, la réduction des impôts sur les sociétés et les impôts des entreprises, quand ceux des ménages ne pourront être diminués faute de marges de manœuvre suffisante. Évidemment. Au contraire, Juppé souhaite voir le financement de la politique familiale transféré vers la TVA, retombant ainsi sur les consommateurs plutôt que les entreprises. Non seulement notre impôt ne bougera pas, mais en plus nous serons plus taxés !

Après les patrons, les riches aussi auront leur part du gâteau. Car Juppé parle aussi de supprimer l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune).

De gauche comme de droite, nos dirigeants rivalisent quand il s’agit de précariser et flexibiliser le travail pour séduire le patronat et les grandes entreprises. El Khomri, Valls, Hollande, Fillon, Juppé... tous représentent une même caste de politiciens à la solde du Medef et défenseurs du capitalisme français qui ne doit nous laisser aucune illusion quant à l’opportunité d’une pseudo-alternance aux prochaines élections.