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Politique

Racisme

Eric Zemmour ou le pire de l’extrême droite, connerie comprise

L'échange entre Zemmour et Hapsatou Sy nous met face à la question qui accompagne toujours les apparitions du polémiste à la télé ou sur les ondes : à quoi sert la médiatisation d'Eric Zemmour, sinon à donner une voix au pire des thèses actuelles de l'extrême droite ? Entre la hantise du « grand remplacement » et la condamnation, sous des prétextes filandreux, du multiculturalisme, Zemmour est bien l'incarnation de la pensée raciste contemporaine.

Entre histoire monumentale – Zemmour égrainant les noms de Colbert et Richelieu pour prouver que les « grands hommes » français étaient français (si, si) – et histoire patrimoniale, occupée de conservation et imposant un respect qui n’existe que pour ceux qui n’ont jamais compris que toute histoire est sociale et, comme telle, soumise aux métamorphoses, voilà Zemmour prêt à faire la police des prénoms. Suggérant à Hapsatou Sy de s’appeler plutôt Corinne, pour témoigner d’un effort « d’intégration », il fait la démonstration d’une inculture crasse sur l’histoire coloniale et la domination et l’exploitation dont, il est vrai, il a, lui, été épargné. Mais parler de ce que l’on ne connaît pas, énoncer avec une voix docte des aberrations, c’est apparemment le quotidien du polémiste médiatique.

Ça sent la vieille France, c’est sûr, cette injonction à l’acculturation, ce déni de la violence coloniale et cette peur de voir les dominés d’hier revendiquer leur part d’égalité. Ce qui choque les dominants, dont Zemmour n’est qu’un exemplaire, c’est surtout que cette égalité menace d’abolir leur domination – d’où le fantasmatique « grand remplacement » dont on attend une explication psychiatrique rigoureuse.

Violence de la colonisation, violence des rapports structurant l’impérialisme européen, violence de classe, violence raciste, et maintenant violence symbolique de l’acculturation : qu’elle était belle, la République de jadis, ânonne Zemmour qui a passé sa vie du bon côté de la matraque. C’est pratique, la culture, d’ailleurs. On se paie à peu de frais une réputation d’homme avisé et soucieux de préserver le patrimoine, la langue, l’histoire, plutôt que d’avoir à endosser le fâcheux titre de raciste. A écouter Eric Zemmour, ce dont nous souffrons en France, ce ne sont pas des inégalités sociales révoltantes, de la misère, de la précarité, de l’exploitation qui s’exagère, du racisme et du mépris évident de la classe dominante : non, nous souffrons d’un problème de culture, la culture est menacée, ah la la, tout va mal. C’est la méthode Zemmour : en ayant l’air de provoquer des polémiques, mettre sur le tapis des sujets qui ne fâcheront personne et, même, qui arrangent tout le monde...

Mais, pour suivre Zemmour sur son terrain de prédilection, cette vision de la culture française est réellement aseptisée : qui se souvient, disait Bourdieu, du scandale que fit Flaubert en publiant Madame Bovary ? Qui se souvient du procès que le procureur de Paris fit à Baudelaire pour les « licences » poétiques des Fleurs du Mal ? A moins de ne lire que Maurras et consorts, la culture française a aussi joué un rôle corrosif contre la morale bourgeoise et ne mérite peut-être pas qu’on l’embaume si vite comme une espèce de musée du classicisme scolaire. L’extrême droite a la mémoire fétichiste d’une culture qui se rêve encore universelle, à quoi on ne peut qu’opposer notre culture vivante et partisane. Et à laisser des idiots comme Zemmour prophétiser ses plus basses thèses, on peut dire qu’elle nous facilite un peu la tâche.

Crédit photo : LP/OLIVIER ARANDEL




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