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Vers une guerre commerciale ?

Etats-Unis. L’acier et l’aluminium européens exonérés de taxes pour encore un mois

Après la visite de la chancelière allemande Angela Merkel, la Maison Blanche a annoncé, ce lundi 30 avril, le maintien jusqu’au 1er juin de l’exonération provisoire des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’Union européenne.

Dans un contexte où la croissance de l’économie mondiale ne réussit pas à neutraliser les profondes conséquences économiques, politiques et sociales produites par la Grand Récession de 2008/2009, l’imposition des droits de douane aux Etats-Unis de 25% aux importations d’acier et de 10% à celles d’aluminium, pourrait poser un dangereux précédent en passe de transformer une dispute commerciale en problème de "sécurité nationale".

En effet cette mesure, annoncée le 8 mars 2018 par Donald Trump et qui avait déjà été repoussée une première fois jusqu’au 1er mai, indiquait la crise profonde dans laquelle était entrée l’ordre néolibéral et globalisateur : celui qui assurait un profit maximal au capital nord-américain et, en même temps, une partie de celui-ci à ses alliés et concurrents à travers des organismes multilatéraux, tels que l’OMC, dirigés par les États-Unis.

La mesure des tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier, ne signale, en ce sens, que les tendances nationalistes, de plus en plus marquées aux USA, en Chine, mais aussi dans l’UE et la Russie, découlant de la fragilité économique mondiale et qui s’expriment par une montée des tensions géopolitiques et des éléments de guerre commerciale. La mesure protectionniste nord-américaine, loin de signaler un repli de la superpuissance, exprime plutôt une politique plus agressive de défense des intérêts nationaux contre les autres pays qui pourraient, à leur tour, répondre avec des mesures punitives sur les exportations nord-américaines, y compris dans le cas où Trump utiliserait les tarifs en tant que méthode de négociation dure.

Dans cette logique-là, l’exonération temporaire des taxes douanières sur l’Union européenne, ouvre une période où les États-Unis vont utiliser cette menace pour renforcer sa position de force afin d’essayer de s’imposer sur d’autres champs : définir la politique nucléaire vers l’Iran, amener l’Allemagne à augmenter son investissement économique dans l’OTAN ou limiter l’absorption du surplus commercial allemand.

Les États-Unis ont utilisé cette même méthode de négociation dure avec le Canada et le Mexique. Selon Donald Trump, ces pays, touchés aussi d’une exemption temporaire des tarifs douaniers, pourraient bénéficier d’une éventuelle exemption définitive en accédant à la renégociation du traité de libre-échange nord-américain (NAFTA). Pareil pour la Corée du Sud, qui a obtenu une exemption de ces taxes en échange d’une plus grande ouverture de son marché aux constructeurs automobiles états-uniens.

Jusqu’aujourd’hui, le modèle européen d’exportation a été toujours assuré par Washington. Celui-ci a permis d’exporter pour un total de 6,4 milliards d’euros d’acier et d’aluminium en 2017 seulement aux États-Unis. De plus, de ce modèle-là dépend vitalement l’Allemagne, le pays à la tête de l’Union. C’est pourquoi l’imposition des taxes, qui pourrait accroitre les contradictions économiques et politiques de l’Europe et approfondir la crise d’un épicentre déjà particulièrement instable, reste une menace réelle et est le signe d’une politique agressive pouvant déclencher une guerre commerciale.

Face à cela, autant Berlin que Paris et Londres ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à riposter.




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