Monde

Justice pour Alex ?

Etats-Unis. Quatre policiers relaxés après avoir assassiné un étudiant noir de cinquante balles

Publié le 11 mars 2016

Ivan Matewan

Un jury fédéral a jugé jeudi 10 février non coupables les quatre policiers qui avaient abattu d’une cinquantaine de balles Alejandro, « Alex » Nieto, étudiant et jeune latino, dans le quartier de Bernal Heights à San Francisco en mars 2014. Cette décision scandaleuse, mais devenue complètement banale aux États-Unis, confirme à nouveau l’impunité avec laquelle les policiers déploient leur violence raciste à travers ce pays.

Étudiant et militant contre les violences policières dans les quartiers populaires, Alex Nieto avait seulement 28 ans quand il a été abattu de 50 balles tirées par quatre policiers. Le 21 mars 2014 au soir, Alex, vêtu de sa tenue d’agent de sécurité et portant un pistolet à impulsion électrique Taser, dînait assis sur un banc dans le parc de Bernal Heights. En voyant le jeune travailleur latino dans ce quartier plutôt chic de San Francisco, une personne promenant son chien est devenue méfiante et a appelé la police.

Selon l’enregistrement audio rendu disponible par le procureur, Alex est décrit tout simplement comme « mangeant des chips sur un banc avec son Taser à ses côtés. » Et pourtant, un bataillon de policiers a été renvoyé pour enquêter sur le jeune homme. Une fois arrivés sur place, ils ont demandé de manière totalement arbitraire à Alex de lever les mains. Quand ce dernier a refusé d’exécuter l’ordre, les policiers ont ouvert le feu impitoyablement sur lui. Plus tard, ils prétendront que la victime les aurait menacés avec le Taser qu’il portait avec autorisation dans le cadre de son travail.

En définitive, Alex est mort pour avoir été un jeune travailleur non blanc qui s’est retrouvé dans un quartier « un peu trop » chic pour lui (malgré le fait qu’il y a vécu toute sa vie) dans une société capitaliste brutalement raciste.

Légitime défense et impunité totale

Comme il est de coutume aux États-Unis, les policiers assassins ont plaidé la légitime défense. Le procureur du district de San Francisco a estimé en février 2015 qu’ils avaient « agi raisonnablement » et n’avaient pas fait l’usage d’une « force excessive ». Des estimations auxquelles a finalement souscrit le jury fédéral après un procès de huit jours lors duquel les inculpés bénéficiaient du soutien de tout l’appareil gouvernemental et d’État.

En décembre 2015, une tragédie semblable s’est reproduite dans la ville de San Francisco. La police de la ville a en effet abattu un homme noir, Mario Woods, de plus de 20 balles après qu’il ait refusé de laisser tomber un couteau. Le maire a promis de réformer le fonctionnement de la police, réformes qui se sont limitées, selon ses annonces en février dernier, à la mise en place de formations stériles concernant les armes à feu et leurs alternatives non létales. C’est ainsi qu’après tant d’autres, des policiers qui défendent le racisme tant inhérent au capitalisme états-unien se retrouvent libres et remerciés pour leurs efforts qui doivent « nous protéger ».

Mais les Etats-Unis ne sont pas le seul pays au monde où ce genre d’atrocité a lieu. En France, des centaines de milliers de jeunes, de musulmans ou supposés tels, de travailleurs, sont humiliés, brutalisés, violentés, assassinés dans les quartiers populaires à travers le pays. Et ce dans une aussi grande impunité qu’aux Etats-Unis. Impunité que Hollande et Valls cherchent à banaliser avec leur réforme du Code pénal en assouplissant profondément les conditions dans lesquelles les policiers peuvent plaider la légitime défense. Le procès du meurtrier d’Amine Bentounsi, qui avait lui aussi plaidé la légitime défense, nous a déjà montré le permis de tuer dont bénéficient les policiers dans ce pays. Un permis de tuer qui ne connait aucune frontière...

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