Politique

« Cachez ces violences policières que je ne saurais voir »

Festival des banlieues : PS et Républicains veulent censurer Urgence Notre Police Assassine

Publié le 15 novembre 2016

Le Festival des Banlieues organisé par la mairie de Villeneuve-Saint-Georges aurait pu ressembler à un festival comme les autres, avec son lot de concerts, débats, activités culturelles diverses. C’était sans compter le scandale qu’allait générer la présence du collectif Urgence Notre Police Assassine sur la liste des invités, et qui allait conduire à l’annulation de la subvention prévue pour le festival. Dans une France où l’on se doit d’être « tous Charlie » et défenseurs de la démocratie à travers le monde, il y a apparemment des questions qui sont moins Charlie que les autres...

Sarah Macna

Du 4 au 20 novembre, la mairie de Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne, organise un festival, censé casser les « préjugés » sur les banlieues, sous le titre « Banlieusard(e)s et fièr(e)s de l’être ». Au programme, organisé par la mairie PCF sous la direction de l’adjointe (PCF) en charge de la jeunesse et du festival Elsa Bardeaux et des associations et services municipaux, des concerts, des débats, des rencontres, sur la vie dans les quartiers populaires, la République, le féminisme, l’égalité... Rien de bien excentrique, si ce n’est la présence du collectif Urgence Notre Police Assassine, dans un débat intitulé « Rapports Police/population, comment en finir avec les contrôles abusifs ? ». Une question simple, qui a pourtant fait monter aux créneaux le Parti Socialiste du 94 et Les Républicains, jusqu’à la suppression de la subvention du festival.

Pour la section PS du 94, dont l’adjoint PS à la mairie de Villeneuve-Saint-Georges, Guillaume Poiret, s’est fait le porte-parole, « cette programmation est de nature à renforcer les haines et dessert la cause qu’elle prétend défendre », et la présence du collectif UNPA est « une provocation inutile » dans le contexte des violences survenues envers les policiers à Viry-Châtillon. Ce que le PS dit avec euphémisme, Les Républicains ont le mérite de le dire sans mâcher leurs mots : « cette initiative appelle au repli communautaire et attise les tensions, enfermant les jeunes de banlieue dans un esprit de rébellion antisystème et dans une attitude de victimisation. ». L’adjoint PS a poursuivi en disant : « Je m’attendais à voir invités des représentants de Talents des cités par exemple […], au lieu de cela, rap, hip-hop, slams, comme si pour combattre les stéréotypes il fallait nécessairement en convoquer d’autres. », comme si un concert de rap n’était au fond pour lui, pas de la « vraie culture »...

Au delà du caractère profondément paternaliste et méprisant de ces prises de position, il s’agit surtout pour le PS et les Républicains de faire taire ceux et celles qui dénoncent la réalité des violences de la polices dans les quartiers...tout en leur disant de cesser de se « victimiser ». Le communiqué du Parti Socialiste a d’ailleurs de quoi faire sourire, si l’entreprise de censure n’était pas si brutale, car il explique que « la Fédération PS du Val de Marne (…) déplore une vision de la banlieue étriquée loin de sa diversité et de sa réalité quotidienne ». La vérité c’est que ce qui est « loin de la réalité quotidienne » de la banlieue...c’est le Parti Socialiste du Val de Marne !

Face à ces critiques, le conseil départemental vient de décider qu’il n’allait pas allouer les fonds prévus au festival, d’une hauteur de 4000 euros. Pour éviter toute polémique – et notamment avec le Parti Socialiste – le conseiller départemental PCF Christian Favier a même décidé de ne pas mettre cette question du vote de la subvention à l’ordre du jour du précédent conseil ! Cette décision est hautement politique, d’autant plus qu’elle intervient après que le débat en question, où était invité Urgence Notre Police Assassin, ait déjà eu lieu le deuxième jour du festival, le 5 novembre.

Cette tentative de censure, par la suppression de subvention, est une nouvelle manière de faire taire les victimes de violences policières, et de faire marcher tout le monde au pas de l’état d’urgence. A nous de faire preuve de résistance en continuant à leur donner la parole !