Politique

Bientôt un effet boomerang ?

Fête de l’Humanité. Pierre Laurent : entre appel à « l’unité » de la gauche et calculs électoraux

Publié le 13 septembre 2016

Comme chaque année, c’est à la Courneuve que s’est tenu le nouveau cru de la Fête de l’Humanité version 2016. Militants, sympathisants, curieux, et fêtards participent trois jours durant à cet événement public marquant la rentrée politique du PCF. Pas de record d’affluence cette année, mais un nombre record d’anciens ministres du gouvernement PS présents à l’événement. Montebourg, Hamon, Duflot se sont succédés au chevet du secrétaire national du Parti communiste. Mélenchon, sans pour autant avoir été accueilli les bras ouverts, a su se faire une place de premier rang. Tandis que la gauche opposée à Hollande courtise Pierre Laurent, seul d’entre tous à ne pas s’être déclaré candidat, la direction du PCF a déjà la tête ailleurs et aux « législatives » de 2017. Loin de se placer sur le terrain des luttes sociales, ce sont les calculs électoraux qui priment, l’objectif étant pour la direction du PCF, profondément en crise, de garder son réseau d’élus pour ne pas sombrer dans les abîmes.

Damien Bernard

Plusieurs mois ont passé depuis le congrès du PCF, début juin à Aubervilliers, mais le parti n’a semble-t-il toujours pas pris position quant à l’éventuel soutien d’un candidat pour les élections présidentielles. Selon, Pierre Laurent, il semble que le choix même interviendra en novembre sur la base d’un questionnaire citoyen, lancé avant le congrès, auprès de 200 000 personnes. « À l’automne, on dira qu’on soutient tel candidat mais dans le même temps on dira qu’on garde notre autonomie », explique Dartigolles. Une chose semble pourtant être sure, le PCF ne présentera vraisemblablement pas de candidat.

Un appel vain au « rassemblement »

Dans le contexte de la multiplication des candidatures à gauche, Pierre Laurent, n’a cessé durant ces trois jours de tenter de « recoller les morceaux » de la gauche anti-Hollande. Dans une tribune publiée par Le Monde le 7 septembre, Pierre Laurent écrivait déjà : « Dispersés, sans projet ni pacte commun, nous perdrons tous  ». « Je ne demande à personne de s’effacer. Je connais les différences entre nous. Je propose de remettre en route la machine à rassembler  », ajoutait-il. Ce vendredi, il a de nouveau lancé un appel aux « forces progressistes » pour la mise en place d’« axes communs » de programme afin d’aboutir à une candidature unique en 2017 et d’éviter un duel droite-extrême droite au second tour. Les candidats invités de Montebourg à Mélenchon, de Hamon à Duflot sont tous d’accord. Aucun n’a contredit Pierre Laurent sur les risques de la division. Pourtant, ils restent tous candidats…

La gauche « frondeuse » et Mélenchon viennent faire leur marché

Une chose est sure. Pour tous les candidats, qu’ils soient en solo, participant à la primaire à gauche de la Belle Alliance Populaire, ou encore à la primaire EELV, manquer ce rendez-vous de la Fête de l’Humanité était inconcevable. Tous étaient présents ce week-end. De Jean-Luc Mélenchon à Arnaud Montebourg, en passant par Benoît Hamon, Cécile Duflot et même Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann. Même Christine Taubira, ancienne ministre du gouvernement, s’est invitée in extremis la journée du dimanche. Tout ce beau monde, l’aile gauche du PS, était en réalité déjà rassemblé ce même week-end à la Rochelle, où Jean-Christophe Cambadélis avait renoncé à organiser l’université d’été. On y croisait les mêmes visages, ceux d’Arnaud Montebourg, de Benoît Hamon, de Cécile Duflot ou de Pierre Laurent. Alors que tous font mine de chercher une porte de sortie à l’atomisation de la gauche, et à la défaite de la gauche annoncée à la présidentielle de 2017, chacun fourbit ses armes, jouant sa propre partition. Fort de son poids électoral, malgré une crise chronique, le soutien du PCF pourrait bien faire pencher la balance des primaires à gauche.

Un soutien à un candidat PS en échange d’un retour d’ascenseur pour les « législatives » ?

Déjà fracturé l’an dernier, notamment autour de la campagne des régionales de 2015, le Front De Gauche a depuis été enterré par Mélenchon et sa candidature en solo avec la « France Insoumise ». Sans aucune chance de « peser », la direction du PCF pense déjà aux législatives qui « ont la même importance » que les présidentielles. En ce sens, Pierre Laurent appelait déjà à « ouvrir le débat des législatives dès maintenant », ajoutant que ce sera la préoccupation du Parti communiste dans l’année à venir. « De quels députés de gauche avez-vous besoin dans votre circonscription ? », ce sera là la question selon Pierre Laurent. «  Marre du feuilleton présidentiel ! Avec les communistes donnez-vous plus de députés de luttes !  ». Telle est le slogan affiché sur le stand de la section de Villejuif. Alors que nombre d’élus PCF dans les municipalités doivent leur élection à un accord avec le PS, la direction du parti pourrait bien exiger en échange d’un soutien à une candidature « frondeuse » un retour d’ascenseur pour les « législatives », l’objectif étant d’enrayer la crise chronique du parti, notamment liée à la politique du PCF, face au PS et aux institutions.

Un effet boomerang ?

Comme pourront l’affirmer bon nombre de militants et sympathisants du PCF, malgré un parti vieillissant, l’année 2016 avait pourtant bien commencé. Passé l’épisode douloureux de la déchéance de nationalité, emprunté par Hollande à l’extrême droite, la lutte de classe s’est invitée à un peu plus d’un an des présidentielles. Pendant près de quatre mois, une avant-garde large de la jeunesse et du monde du travail, appuyée par la majorité de la population, s’est opposée avec détermination et malgré la répression policière au gouvernement PS et à sa loi travail. De quoi mettre d’accord sur le terrain des luttes sociales, de nombreux militants, mais aussi redynamiser une partie de la jeunesse communiste. « Le 15 septembre prochain, on passe à l’offensive  », prévient Camille Lainé, secrétaire général des Jeunes Communistes. «  L’effervescence du printemps a libéré une énergie formidable, nous avons eu 2 000 nouvelles adhésions entre mars et juillet 2016, dont beaucoup de jeunes de 17 ou 18 ans. La période de discussions qui s’ouvre avant la présidentielle doit permettre de remettre au centre des débats les préoccupations de la jeunesse. » Alors qu’une majeure partie de la base du PCF est de plus en plus hostile au PS, comme l’a illustré la position des quatre textes alternatifs à la direction, ayant en commun de refuser une primaire avec les socialistes, ces accords électoraux par en haut, s’ils se réalisaient, pourrait bien avoir effet boomerang pour le PCF et ses rangs.